LA FARANDOLE
nivissanl petit hôtel, une fenêtre c-clairée. Albert Guillaume est dans son atelier, qui travaille.
Les rapins qui déambulent de ce côté, à celle heure, le savent bien et ne manquent jamais de lui crier : « Eh bien, Guillaume, ça va, les petites femmes? »
Les demi-mondaines i[ui lui tiennent compagnie, à ce momeni.
c'est lui qui les crée, et je vous prie de croire qu'il no s'amuse pas autant avec elles qu'elles n'amusent les autres.
Il ne les quitte ces demi-mondaines que lorsque leur toilette est complètement terminée; qu'après leur avoir mis du noir aux yeux, du rouge aux lèvres cl, un peu partout, de la gouache pour remplacer la crème Simon.
Il faut qu'elles soient " nature maquillées comme elles se maquilleraient elles-mêmes.
Ce faisant, il fume force cigarettes, tout en buvant de modestes grogs.
La voilà sa noce de tous les jours.
Elle est exempte de tziganes, de décolletage et de Champagne.
11 est quatre lieures quand il se couche. Aussi, ne faut-il pas venir l'importuner avant l'heure du déjeuner — : « Monsieur n'y est pas. »
« C'est peut-être une mauvaise habitude, nous dit-il, que de faire ainsi de la nuit le jour, mais, du moment que c'est une habitude!... et, vous voyez, je ne m'en porte pas plus mal pour ça ! i
Au physique?... il est blond, oui, mademoiselle, propriétaire d'une jolie barbe ; enfin, comme on dit au village : « C'est un beau gars ! >
Lucien Puech.
MINERVE VISITANT LES NEUF MUSES SI li LE .MONT IIÉl.lCO.N.
— Il paraît que c'es" un homme à femmes... pas une ne lui résiste....
— Oui... m:i:s elles le ([nitlent Irop facilemenl... il ne doit pas avoii' non plus Ijeaucoup do résistance.
Les Rendez^vous de Madame de Z..
III. — A Michel Séryeux, salle 22, Hôtel des Ventes... c'est un rendez-vous qui me réussit toujours avec lui... en m'altendani. il se fait adjuger quelques Saxes, quelques bijoux, quelques dentelles anciennes pour mes collections... ça n'est pas du temps de perdu pour tout le monde...
IV. — A mon mari, au Grand Palais... c'est-à-dire, ce n'est pas moi, c'est Georges qui lui a donné rendez-vous... Ces deux salons, c'est très commo'le : Georges est censé avoir cherché le Bouguereau, côté - Champ deJMars ou le Dubufe, côté « Champs-Élysées » et mon mari a le plaisir de le traiter d'idiot toute la soirée... Chacun son tour, n'est-ce pas?...
V. — Ouant à mon "rond-de-cuir"... — lu sais? celui qui a été si gentil pour les palmes de Geort;es... — je l'ai iiiévenu de ma visite à son bureau... et je suis tranquille : demain il sera vraiment "attachii au ministère!
VI. — .le n'ai )ias encore eu le temps de te dire aussi... que, depuis Monte-Carlo, je suis poursuivie par un être odieux, Paolo Razta... Un jour, à la roulelle..., ayant oublié ma bourse, j'ai eu la faiblesse de... et depuis je n'arrive pas à m'en débarrasser; je lui ai donné rendez-vous il l'Exposition d'Horticulture... el comme il ne sait pas très bien le français... j'ai même ajouté "du côté des poires"....
VIL — Enlin j'ai écril une lettre anonyme à ina rosse de iielle-suMir (.|iie1le peste, ma chère!) pour la prévenir <[ue si elle voLiI;iit -en iipprendi'C (le lielles sur notre compte" elle n'avait qu'à se promener de 2 à 7... au ISois .. demain... allée des Veuves....
Vin. — Je les ai tous, d'ailleurs, invités à dîner : comme cela, ma chérie, nous ne raconterons qu'une fois... pour tous... rhisloire de rnutumohile tam|ionnée par le tramway... restée en panne, et nous "sans connaissance" pendant des heures... tu peux l'aire passer un fait divers ]iar ton journaliste... mais, méuic sans cela, y a des chances pour <iue les journaux racontent après-demain deux ou trois accidents semhiables !
— Sais pas pourquoi il reste avec elle... parait qu'elle rembètc!!!
— Peuh !.. Cliacun prend son plaisir...
— Où il ne le trouve pas !
Ingénue
Au Café-Concert
— Elle chante comme une seringue....
— Vous êtes difficile, mon cher... partout où elle a clianté elle a beaucoup pin....
— Il a beaucoup pin, vous voulez dire ?
Puppy
Après avoir fermé arer. violence la porte de son apparteinenl , M. Robert De.- Champs descend l'escalier, passe en coup de vent devant la loge de son concierge. Une fois dans la rue, il exhale sa fureur, en un monologue nullement prépari.
Robert. — Sapristi ! A-t-on idée de ça? Non, on n'en a pas idée. Il m'y a que ma femme pour trouver des distractions pareilles! Apvès un perroquet, un singe, des tourterelles, me présenter aujourd'hui en liberté un petit chien!... Un Puppy!... Quand elles s'y mettent, les femmes sont d'une extravagance!... Ce n'est pas que je n'aime pas les chiens, mais je les veu.v grands, gros, solides sur pattes..., le chien de chasse ou le terre-neuve par exemple.... Au moins ces animauxdà représentent quelque chose. Mais, le petit chien de salon, l'horrible petit chien qu'on peut mettre dans un manchon, voila une bêle horrible! Or c'est ce que ma femme vient d<; me présenter (Amer): El à qui dois-je cela?... A mon e.TOellent ami, le vicomte des Armoises.... Il est terrible avec son anglomanie, des Armoises... 11 revient de Londres. Il a vu que la mode était aux « Puppy » comme il dit, et pour faire sa cour à Mme Des Champs, il n'a rien trouvé de mieux que de rapporter cet horrible animal. Résultat: Une scène avec ma femme à laquelle j'ai dit que si elle ne congédiait pas cet abominable quadrupède je ne rentrerai pas ce soir.
M. Robert Des Champs continue d'aller tout en pestant. Cependant, peu à peu, .^■a ptujsioaomie se rassérène, les yeux deviennent clairs et brillants, la bouche sourit.
Rouert. — Bah ! Je suis bien bête de me faire de la bile pour si peu de chose ! Dans un inslanl je vais voir Sylvie. Soyons tout à la gaieté.
fjn quart d'heure après, M. Robert Des Champs pénètre chez mademoiselle Sylvie que, ainsi que l'on disait au grand siècle, il comble de ses faveurs depuis quelques mois.
SXL\IE {ne. ie précipitant pas au cou de Robert). Bonjour, chéri, tu vas bien?
Robert. — Pas mal et loi ?
Sylvie. — Moi, je suis heureuse comme toul !
Robert. — Pourquoi? Ta nouvelle robe est épatante ?
Sylvie. — Oh! cela ! je m'en moque !
Robert. — Tu as gagné aux courses ?
Sylvie. — Tu n'y es pas.
Robert. — Donne l'e-xplication de l'énigme.
Sy'LVIE [Prenant par la main Robert et l'entraînant vers son cabinet de toilette'i. — Viens... que je te montre.
Robert. — Pas la lune à un mètre, je suppose? Tu retarderais. Sylvie. — Mieu.x que cela.
{Robert et Sglvie pénètrent dans le cabinet de toilette).
Sylvie, désignant un petit chien- — Regarde mon puppy.
Robert, avec un accent oie il y a à la fois de l'étonncrnent et de la fureur- — Un puppy !... encore un !
Sylvie {prenant le chien). Hein, crois-tu qu'il est joli? {L'embrassant) Oh! le beau petit chéri à sa mémère {Le caressant). Quel amour!
Robert {furieux). — Où as-tu acheté cette horreur?
Sylvie. — .le ne l ai pas acheté, on me l'a donné.
Robert. — Qui ?
Sylvie. — Ton ami, le vicomte des Armoises. Robert. — C'est lui qui te l'a envoyé? A toi, aussi ! lia eu ce toupet! Sylvie [regardant Robert d'un ton très calme). — Ell bien, qu'est-ce que tu as?
Robert. — J'ai--. l'ai. ..{éclatant). Il y a que des Armoises est stupide. Sylvie. — Mais pourquoi ?
Robert. — Parce que je déteste ces chiens-là... Il en a envoyé un à ma femme et je lui ai dit, à ma femme.... Écoute bien ce que je lui ai dit : • Madame, si ce chien-là n'est pas parti d'ici ce soir môme, je ne rentrerai jamais à la maison. »
Sylvie. — Tu lui as dit cela ?
Robert. — Oui, car je n'admets que les chiens de chasse ou les
grands chiens, mais ces sales cabots-là, je n'en veux à aucun prix.
Sylvie. — Alors, moi aussi, il faut que je me débarrasse démon puppy?
Robert. — Parfailement. Quant à des Armoises, je trouve sa conduite tout à i ait inconvenante et je ne me gênerai pas pour le lui faire .savoir. Comment ! Sans me consulter, il t'envoie un puppy. Qu'il en ait donné encore un à ma femme, c'était une petite attention délicate et je ne pouvais pas trop lui en vouloir.
Sylvie. — Alors, moi, je ne vaux pas ta femme ?
Robert. — Ce n'est pas ce que je veux dire... mais Mme Des Champs n'est pas sans savoir que j'ai une liaison avec toi... Si elle le rencontre au Bois avec ton puppy, qu'est-ce qu'elle pensera ?
Sylvie. — Mon cher, elle pensera toul ce qu'elle voudra... Moi, je trouve que des Armoises a été tout à fait genlil... 11 dîne aussi souvent ici que chez ta femme {montrant le chien). Qu'il m'ait donné ce petit mignon, c'est très galant de sa part.
Robert. — Après ce que je viens de le dire, lu as l'inlention de garder encore cette vilaine bête?
Sylvie. — Parfaitement.
Robert. — C'est bien vrai ?
Sylvie. — Je n'ai pas l'habitude de répéter deux fois la même chose.
Robert. — Fais bien attention... Je ne veux pas que ce chien reste ici... Je trouve ces bètes ridicules, absolumenl ridicules... De plus, elles donnent aux femmes, ipii sorlent avec, un air canaille que je ne supporterai pas.
Sylvie. — La conclusion ?
Robert. — La voici. Il faut choisir entre moi ou le chien. Sylvie. — Le choix est tout fait, je garde mon chien. Robert {aba.iourdï). — Hein ?
Sylvie. — Je t'ai dit que j'ai choisi, je garde mon chien. Robert. — Alors, c'est un congé?
Sylvie. — Ce n'est pas moi qui te l'ofl're, c'est toi qui le prends. Robert. — Et mon successeur est probablement déjà désigné ? Sylvie. — Oui.
Robert. — Je peux savoir son nom ?
Sylvie. — C'est des Armoises, naturellement. Robert {avec un petit rire sec). — Ah! très bien, très bien! Compliments...
Robert remet son cJinpcau suc la tète, et sans plus d'explications il s'en va de chez Mademoiselle Siilclc jauc laquelle il n'avait déjà pas une de ces passions qui brisent la carrière d'un hoinme.
Robert {monologuant). — Je n'ai plus de maiircsse. Je divorcerai peut-être ce soir avec ma femme, si elle tient absolument à conserver son puppy {poussant un soupir et se frottant les mains)- Oui! la vie est belle.
'l'out en marchant, il est ucrivè dans l'avenue des Champs-Ély.-<ées.
Tout à coup, il aperçoit une Jeune femme, très joliment habillée, dont la robe dessine des formes impeccables, il la dépasse, la regarde.
Robeet. — Charmante, celte jeune femme... charmante, c'est sûrement une demi-mondaine... Elle est d aulant plus charmante qu'elle est demi-mondaine.
Il ralentit le pas.
La jeune femme le dépasse.
Robert continue de la suivre.
Soiuiain, il voit un petit chien, un autre puppy {encore'.) qui se précipite vers la jeune femme et asaie de mordiller te jupon qui dépasse.
La jeune femme {au loulou). — 'Veux-tu t'en aller, vilaine bêle?
Robert {s'approchant de la jeune femme)- — Vous détestez les chiens, Madame ?
La jeune femme. — Oui, ceux-là je les ai en horreur. Robert {regardant très tendrement la ^eune femme qui lui adresse un joli sourire). — Ah! comme nous allons nous entendre !
Auguste Germain
A la Fête des Fleurs
— 11 l'^L iriiitiiniL-iil [llll^^ doux de diniiici' <|iir <lt' n'rrvnii-,
liÉVElL.
Ferdinand Bac intime
Esl-co iiii baiser de l'ex-impéralncc Eugénie qui a poi lr boiilicur il l'erdinaiid Bac, liomme lieureux?
Il avait quatre ans alors. Vèlu d'un magnifique costume écossais, il se promenait avec sa bonne sur la plage de Biarritz quand, Tapci- <'('vant, l'ex-impératrice Eugénie, <pii était accompagnée de madame Piétri, s'écria: « Ob ! le bel entant! ■ et, le prenani lians ses l)i'as, l'embrassa sur ses grosses joues.
'l'rés ennuyé de l'accolade, le jeune Bac essuya ce Ijaiser d'impératrice et s'en fut tranquillement plus loin faire de petits piUés de sable.
11 n'eut pas longtemps le même dédain pour ces caresses de jolies femmes, caresses dont il a chanté toiUe la gamme en de suggestifs (.lessins.
N'allez pas croire toutefois que, dès son plus jeune ûge. Bac ne songeait qu'à jeter sur le papier des silhouettes élégantes et qu'au lycée il passait son temps à cro(pu'r de frais minois au lieu (le traduire ses xcrsions grecques et lai ines.
\'ous le dirais-je il élail an contraire tonj(.)m'S le dernier en dessin.
Ce n'est (pu' beaucoup plus tard et tandis (pi il faisait ses études de droit que Bac s'amusa à crayonner les petites femmes du Quartier Latin.
Peut-être mèuu dessinateur et se \oisin de cliamlu'c
[/histoire est il".
Comment une méelianle petite (ienioiselle (-te Caslelnaudary se figurait Bac.
n'efit-il jamais songé à embrasser la carrière de rail-il aujourd'hui avoué ou uolaire sans son d IkjIcI, pseudo-élève en pharmacie.
lilieiirs amusante et vaut la peine d èire contée: « .J'habitais donc, uousdit Bac, d,-nis un iK'itel de la rue Gay-Lussac et j'avais, pour voisin, un gar- (:on (pii rentrait toujours les bras chargés de cornues et de tubes plus ou moins extraordinaires. Il passait dans la maison pour être chimiste ou i''lève en pinirinacie.
Oi\ U i/i'-lait ni l'un ni l'autre ; niais, loncaiil clans un hôtel oii ne se trou\aieiit que des (dudiants. il jugeait pruilen! . atin de ne pas être lilagné, de faire croire qu'il -iiivait les cours d'une Ecole quelcon([ue.
En réalité, il était envoyé à l'aris par son père pour étudier la coupe chez un grand tailleur.
Petit à petit nous liâmes connaissance et souvent, le soir, il venait bavarder avec moi.
« Pourquoi donc, me dit-il un jour, ne faitesvous pas de dessins jiuiir lesjoiirnauN illusiri'-s?... Et comme je le regardai ahuri.... : « — Parfaitement, continua-t-il ; je m'y connais sans en avoir l'air et suis certain que vou.s réussiriez. Vous pourriez, tout en vous amusant augmenter