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LE BILAN DU DIX-MCUVIKME SIECLE

niveau et que sou règne ne se signaleguère que par des déplacements d abus.

Doué dune supériorité incontestée, pour ce qui concerne les conquêtes de l'homme sur la nature, le siècle ne saurait prétendre à une primauté générale, pour les côtés les plus élevés de la civilisation. La floraison de l'art n'éclate pas dune façon régulière et continue. Elle dépend du caprice des saisons, elles'accomplit par cycles plutôt que par siècles. Sans doute un Goethe, un Victor Hugo, un Beethoven, un Wagner semblent déjà entrés dans la gloire. iMais il manque aux œuvres la pureté classique. Trop hâtives, trop soucieuses des intérêts du moment, elles ne peuvent aspirer qu'à une célébrité viagère, elles s'adressent à la foule profane ou à des cénacles de mandarins, plus qu'à lélite. Elles ont du moins le mérite de la variété et de la fécondité. Les littératures du Nord nous ont procuré des frissons nouveaux. La poésie lyrique a exprimé les nuances infiniment délicates et fugitives de sentiments personnels Le moule antique de la tragédie a été brisé. La transformation littéraire la plus remarquable a été celle du roman qui unit tous les genres, épopée, satire, étude de mœurs, récit d'aventures, pastorale, dissection d'amphithéâtre, etc.. Une autre création appartient à notre époque, la critique littéraire, conforme à un génie propre, au désir de tout expliquer, de tout comprendre. Si les arts plastiques, malgré l'abondance, n'ont pas enfanté de purs chefs-d'œuvre, la musique, langue du rêve par excellence, n'a jamais disposé de pareils moyens d'expression, n'a jamais été aussi goûtée que dans notre civilisation utilitaire.

D'autres siècles disputent la prééminence au nôtre pour la création de l'illusoire Beauté ; mais la 'Vérité

scientifique, dont les méthodes datent surtout du dixseptième siècle avec Galilée, Kepler, Descartes, a fait, de nos jours, des pas de géant. Sa domination se fera de plus en plus sentir; car, pour régir les choses, la première condition est de les connaître. Les progrès en mathématique, géologie, astronomie, physique, chimie, physiolcgie, etc., sont incomparables. Deux sciences nouvelles ont été créées, qui couronnent l'éditice, la psychologie et 1 histoire, l'étude méthodique de l'homme et de la vie sociale. Enfin, l'eflort d'Auguste Comte et de ses successeurs a été de classer et d'unifier toutes les sciences dans une sorte de Somme scientifique, en dehors de toute conception métaphysique et théologique. Par ses applications, la science change les conditions d'existence de l'homme et des sociétés humaines, par ses théories elle nous révèle de plus en plus l'ordre et l'harmonie de l'Univers, rerum concordia discors ; elle porte à concevoir le divin, selon la belle expression de Taine, comme l'Esprit des lois universelles.

On ne saurait pa.rler de faillite de la science qu'à propos de prétentions qui ne lui appartiennent pas. Rigoureusement, elle ne peut dépasser l'expérience sensible. Sur les questions suprêmes que l'homme s'est posées dès qu'il a commencé à réfléchir, — l'origine du mal, les attiibuts divins, la nécessité des actions humaines, le fondement de l'obligation morale, ■ — nous savons, en dehors de la foi, « ce qu'on en a su dans tous les âges, c'est-à-dire fort peu de chose ». Bien loin d'éclaiier le problème de notre destinée, la science, en révélant à l'homme sa place dans la nature, a rendu ce problème insoluble. A mesureque la sphère de nos connaissances s'agrandit, elle est en contact avec une plus vaste étendue de ténèbres.

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