‹ Les maîtres de la pensée moderne [microform]Chapitre 23 sur 47 · Voir plus haul le chapitre sur la vie de Descartes · texte numérisé non relu

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lanterie, les duels, se partagent son temps, suivant la mode de la vie éiégaote de l'époque. Bien entendu, il se donne l'avantage dans toutes les affaires; et s'il n'était point Anglais, on pourrait le croire Gascon. Bientôt sir Herbert quitte la cour pour le métier des armes : le voici volontaire dans larmée de Maurice de Nassau, l'illustre prince d Orange; il paraît s'être plus occupé de duels que de batailles et n'avoir va dans la guerre qu'une « occasion favorable à des prouesses de chevalier errant ». De retour en Angleterre, il nous raconte, toujours d'un ton avantageux, l'histoire des mystérieuses et platoniques amours dont il aurait été Tobjet de la part de plusieurs belles et grandes dames du temps, entre autres de lady Ayres qui portait constamment son portrait à son cou. Le mari, peu satisfait, quoique, suivant sir Herbert il n'eût aucun droit sérieux de se plaindre, voulut le tuer. Herbert réussit à grand'peine à s'échapper de ses mains après l'avoir blessé ; il fallut que le conseil privé, singulier arbitre en cette affaire donnât tort au mari vaincu et lui fît honte de sa conduite. Après ce court séjour dans son pays natal Il recommença de courir le monde, soit comme volontaire, soit comme voyageur : il visita l'Italie plus en curieux qu'en artiste, mais un jour, étant à Uome, et ayant assisté à un consistoire présidé par le pape, il se vit sur le point d'en recevoir la bénédiction : là-dessus il s'esquive un peu brusquement; devenu suspect à cette occasion, il est obhgéde quitter Rome en toute hâte. Cependant

LA PHILOSOPHIE ANGLAISE

l'âge était venu, letemps des aventures, des voyages, des folies chevaleresques commençait à passer. Il fallait songer à une carrière sérieuse. Pendant qu'il délibérait sur le choix de cette carrière, le roi Jacques P^ en décida pour lui, et le galant aventurier fut nommé ambassadeur en France à la cour de Louis XHI. Les détails qu'il nous a laissés sur son ambassade ne concernent guère que sa table, sa maison, ses domestiques, ses querelles de préséance et d'étiquette avec les autres ambassadeurs, et nous savons peu de chose du rôle politique qu'il a pu jouer. Entre autres anecdotes, il raconte qu'il donnait le bras à Anne d'Autriche dans le jardin des Tuileries pendant que le roi, chassant à côté d'eux, manqua tuer sa femme en tirant trop près d'elle. Cependant im événement important vint troubler son ambassade : ce fut la prise d'armes contre les protestants. Sir Herbert proposa la médiation de son gouvernement qui ne fut pas acceptée. Une lutte avec le connétable de Luynes à la suite de ces affaires, détermina son rappel. C'est pendant son séjour en France qu'il composa et lit imprimer à Paris même son plus important ouvrage, le De veritate. Ses mémoires se terminant avec son ambassade : on sait peu de chose des dernières années de sa vie, qui cependant se prolongea encore pendant vingt-cinq ans. Il fit partie du célèbre parlement de 1640 ; mais on ignore le rôle qu'il y joua : il est probable qu'il prit le parti de la neutralité, si dangereux dans les troubles civils. Il survécut à la révolution et mourut en 1648.

Sir Herbert de Cherbury ne paraissait pas destiné par sa vie mondaine et un peu frivole à un rôle philosophique. Cependant on ne peut lui refuser le nom de philosophe, ni même un rôle plus important en philosophie qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. Gassendi et Descartes l'ont connu et estimé et le savant philosophe écossais Hamilton s'étonne que le nom d un esprit aussi original « ait échappé à tous ceux qui depuis en Angleterre, ont philosophé dans la même direction que lui ». Deux traits caractérisent la doctrine de sir Herbert : avant Buffier, avant Reid, avant Jacobi, il a enseigné la philosophie du sens commun ; avant Locke, avant Rousseau, il a professé la religion naturelle. Ainsi cette branche importante de la philosophie du xviii« siècle, qui échappe au scepticisme en invoquant les croyances naturelles au mysticisme et au surnaturel en se bornant aux vérités de la raison, a eu pour précurseur le chevaleresque et frivole courtisan de la cour d'Elisabeth et de Jacques I-. U enseignait une conformité naturelle et une sorte d'harmonie préétablie entre les facultés de l'âme et leur objet, c'est-à-dire la vérité; cette conformité, sans pouvoir être prouvée lui paraissait impliquée dans la foi commune etuniverselledes hommes. Il ne se contentait pas cependant d invoquer cet instinct naturel qui nous fait croire spontanément et sans réflexion à la véracité de nos facultés; il ne disait pas seulement comme Pascal • « La nature confond les pyrrhoniens; » mais il recherchait les caractères de ces vérités premières fondamentales, et il les signalait à peu près tels que

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Kant ou Reid les ont désignés plus tard : c'étaient suivant la priorité {'prioritas) * , l'indépendance, l'universalité, la certitude, la nécessité, enfin le caractère immédiat et intuitif. Il anticipait d'une manière plus remarquable encore sur la doctrine de Kant en disant que « ces principes, bien loin de dériver de l'expérience, sont tels au contraire que sans eux, ou tout ou moins sans l'un d'entre eux, l'observation et l'expérimentation seraient impossibles*». Tels sont les traits généraux de la psychologie et de la métaphysique de Sir Herbert» Quant à sd philosophie religieuse, elle se ramène à cinq m-iximes fondamentales qui sont, suivant lui, la base et le critérium de toute religion, et qui composent le C7'edo de ce qu'il a appelé la religion des Mques. « Cette église des notions communes est la seule qui ne puisse errer ; hors d'elle, point de salut. » Sir Herbert ne s'inscrit point en faux contre la religion positive, mais il incline toujours à i'intei'prétcr dans le sens le plus rationnel, le plus humain. Sa philosophie religieuse pouvait, aussi bien que celle de Locke, prendre le nom de christianisme raisonnable.

Le nom le plus illustre qui termine celte première période est celui de Hobbes. La doctrine de ce philosophe est si connue que nous n'avons pas à y insister dans un travail consacré surtout aux noms ignorés el à c6 que M. de Rémusat appelle les dii ignoti de la philosophie anglaise. Contentons-nous

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