‹ Les maîtres de la pensée moderne [microform]Chapitre 24 sur 47 · Lord Herbert, p · texte numérisé non relu

Lord Herbert, p

de rappeler le rôle important et l'influence considérable de Hobbes au xvn« siècle, influence bien plus grande que celle de Bacon lui-même — non que Hobbes ait eu à proprement parler une école; c'est au contraire par voie d'opposition et de contradiction qu'il a provoqué tous les débats qui se sont élevés sur la morale et même sur la théodicée dans la secondé partie du xvin® siècle. Non seulement en Angleterre, la grande école de Cambridge dont Cudworth est le chef, non seulement Clarkc, Cumberland, Locke lui-même ont écrit pour le combattre, le réfuter, ou bien encore pour reprendre ses idées en les modifiant ; mais, en dehors même de l'Angleterre, les plus grands esprits ont eu en philosophie morale et religieuse sa doctrine devant les yeux. Grotius le réfutait indirectement en fondant la science du di'oit naturel et du droit des gens. Spinoza, tout en le côtoyant par des opinions à peu près analogues, tient cependant à s'en séparer, et à spécifier les points de dissentiment. Leibniz pense souvent à Hobbes ; c'est à lui qu'il fait allusion dans sa Théodicée lorsqu'il dit « qu'on a recours à la puissance irrésistible de Dieu, quand il s'agissait plutôt de faire voir sa bonté suprême, et qu'on a employé un pouvoir despotique au lieu d'une puissance réglée par la sagesse ». Hobbes a donc eu au xvn« siècle le même genre de célébrité et d'influence que Machiavel au \yf siècle, et M. de Rémusat a dit finement et justement qu'il a fait « la métaphysique du machiavélisme ». Si Thomas Hobbes a eu cette autorité daus son

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siècle, pour la morale et la politique, il est certain que sa psychologie et sa métaphysique proprement dite étaient appelées à exercer plus longtemps encore une sérieuse influence. C'est de lui, en effet, que parait relever l'école psychologique moderne de l'Angleterre, et c'est son nom que M. Stuart Mill et ses amis citent toujours le premier parmi leurs ancêtres. Sa doctrine de l'association des idées, son nominalisme, sa théorie du raisonnement réduit au calcul, sont des idées qui se sont retrouvées plus tard, soit parmi les idéologues de l'école de Condillac, soit parmi les associationistes contemporains. Quel que soit d'ailleurs le peu de sympathie que l'on éprouve pour les idées de cet auteur, on ne peut qu'admirer la vigueur de ses déductions et reiichaînement systématique de ses idées. Si le fond de sa philosophie est bien anglais, on peut dire que la forme ne l'est pas. Les Anglais n'ont pas d'ordinaire cette raideur de logique et ce goût d'abstraction théorique. Quoi qu'il en soit, Hobbes est le plus grand logicien de l'Angleterre, et l'un de ses moins aimables philosophes. M. de Rémusat le condamne en invoquant « les titres du genre humain ». — « Où les retrouver en effet ? dit-il éloquemment; étaient-ils, il y a deux cents ans, écrits quelque part sur la terre ? »

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C'est surtout dans l'intervalle qui sépare Hobbes de Locke que le livre de M. de Rémusat abonde en témoignages curieux et nouveaux sur des personnages inconnus ou mal connus, dont un grand nombre n'ont pas encore eu leur place dans l'histoire de la philosophie. Pour établir un ordre parmi ces noms,on peut y distinguer plusieurs groupes, pourvu qu'on n'exagère pas l'importance de ces divisions. Nous signalerons, par exemple, le groupe des philosophes politiques, celui des platoniciens de Cambridge, les théologiens et enfin les savants ; mais il est des noms qui appartiennent à la fois à plusieurs groupes, et quelques autres qu'on rangerait difficilement dans aucun d'entre eux.

Parmi les écrivains politiques de la révolution et de la restauration, les uns sont des utopistes, les autres des controversistes. Hobbes lui-môme peut

r être rangé parmi les utopistes. Son Léviathan, dit M. de Rémusat, n'est après tout que « l'utopie de la tyrannie ». Dans le même ordre d'idées, mais plus honnête et plus noble est le Patriarcha de Filmer, ouvrage curieux, et qui a conservé longtemps une sorte de réputation, car Rousseau a cru pouvoir, sans le nommer, y faire une allusion ironique dans le Contrat social L'utopie de Filmer consiste à assimiler rigoureusement le pouvoir royal au pouvoir paternel, et à faire dériver toute légitimité du premier roi du monde, c'est-à-dire d'Adam. Cependant comme la filiation, hélas ! a été souvent rompue. Filmer, cumulant la doctrine patriarcale avec celle du droit divin, reconnaît que le vrai signe du souverain légitime est la possession ; mais alors qu'est-il besoin de patriarcat ? En face des utopies de la monarchie et du despotisme devait se produire naturellement une utopie républicaine. Une république sociale fondée non sur la communauté des biens, comme VUtopie de Thomas Morus, ni môme sur l'égalité absolue, mais sur une loi agraire fixant un maximum des biens-fonds, — la souveraineté politique attachée à la propriété, — une religion nationale, n'excluant pas cependant la liberté de religion, —un enseignement d'État, n'excluant pas non plus l'enseignement libre, — tels sont les principaux traits de VOceana d'Harrington, à qui Montesquieu a reproché d'avoir cherché son idéal dans une fiction tandis qu'il n'avait qu'à consulter la vieille liberté anglaise et la constitution traditionnelle de son pays : « Il n'a cherché la liberté qu'après l'avoir

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méconnue, et il a bâti Chalcédoine ayant le rivage de Byzance devant les yeux.. »

A côté des utopistes se placent les controversistes dont les plus célèbres sont Algernon Sydney et Milton, plus connus d'ailleurs, l'un par sa mort, l'autre par ses poésies, que par leurs pamphlets politiques, tous deux défenseurs de la liberté et du droit contre les doctrines absolutistes de Hobbes et de Filmer. La lecture de leurs écrits est intéressante à plus d'un titre. Les publicistes modernes de l'Angleterre en effet ne cessent d'opposer l'esprit anglais à l'esprit français et de caractériser le premier par un sens historique et pratique qui manquerait au second. On reproche à la France de se placer toujours au point de vue philosophique et abstrait, au point de vue du droit absolu, du droit de l'homme et du citoyen; mais quiconque lira les publicistes de la révolution anglaise au xvii® siècle y trouvera exactement les mêmes caractères. Locke n'invoque jamais le droit historique, il se borne au droit philosophique. Il en est de même de Hobbes en sens inverse. De même aussi pour Sydney et Milton. La vérité est qu'en temps de révolution et à la veille des révolutions, les esprits irrités contre ce qui leur pèse, se placent d'emblée dans le droit abstrait et absolu; que dans les temps calmes au contraire, et lorsque les peuples ont rencontré enfin le gouvernement qui leur convient, ils comprennent les avantages de la tradition et du droit historique. La différence, que l'on croit fondamentale, entre nos écrivains politiques et ceux de l'Angleterre semble donc tenir

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surtout à une différence de date et de situation.

Ce n'est du reste qu'indirectement et en passant que M. de Rémusat nomme et mentionne les écrivains politiques, son objet principal étant la philosophie proprement dite. A ce point de vue, l'une des parties les plus intéressantes de son livre est celle qui concerne ce groupe de penseurs que l'on a nommé l'académie platonicienne de Cambridge.

Quelle destinée que celle de Platon ! quelle puissance, quelle perpétuité d'influence et d'action! Combien plus grande et plus durable cette puissance toute spirituelle que celle des conquérants et des despotes que le monde admire le plus ! Après avoir fondé à Athènes une école qui, plus ou moins transformée ou dégénérée, dure encore trois siècles après lui, son génie éteint quelque temps va se rallumer à Alexandrie, et, mis en contact avec la pensée orientale, rend encore cinq ou six siècles de vie à la philosophie grecque épuisée. Trois grandes écoles se fondent à Alexandrie : l'école juive, l'école chrétienne, l'école païenne, toutes trois inspirées de Platon. L'une d'entre elles, retournant à son berceau, revient à Athènes jeter encore avec Proclus un dernier éclat, et c'est elle qui, chassée de la Grèce, va alimenter par ses savants commentateurs les écoles arabes et juives par lesquelles la philosophie doit revenir en Europe. Cependant au moyen âge le péripatétisme seul est le maître des écoles, et c'est lui qui domine dans la philosophie scolastique. Platon est oublié : ses ouvrages sont ignorés, sa langue est oubliée ; mais au xiv« et au xv« siècle

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Platon renaît, et avec lui la liberté de l'esprit humain. Une nouvelle académie platonicienne se fonde à Florence, protégée par les Médicis, présidée par Marcile Ficin, le grand traducteur, l'illustre commentateur de Platon. Au xvn« siècle, ce mouvement, comme nous l'allons voir, passe d'Italie en Angleterre, et l'école de Cambridge rappelle, avec moins d'imagination, mais non moins de conviction, l'école de Florence. Au xvni« siècle, c'est en Hollande, dans la vieille et brumeuse université de Leyde, que nous retrouvons une nouvelle académie platonicienne. Le savant Hcmsterhuys, Runken, le condisciple et l'ami de Kant, Wittenbach, l'un des maîtres de la critique moderne, Van Heusde, le dernier représentant de cette savante école, sont tous animés de l'enthousiasme platonicien. L'érudition les avait conduits au platonisme. Antiquitatis amor me ad Platonem detulit, dit Runken. Mirificus me cepit et quasi daimonios amor Platonis, dit Wittenbach. C'est de cette école critique de Leyde qu'est né le grand mouvement de critique platonicienne qui a rempli l'Allemagne depuis le commencement de ce siècle, et dont l'initiateur et le chef est Schleiermacher, mouvement qui n'a pas été sans influence sur la philosophie allemande ellemême, et notamment sur celle de Schelling et de Hegel. C'est de Schleiermacher que le platonisme a passé en France sous les auspices de Victor Cousin, et l'Université française peut être considérée comme une des dernières incarnations de l'académie platonicienne. Enfin le pays même auquel l'Europe

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a dû le platonisme renaissant n*a pas voulu que la nouvelle Italie parût avoir moins de dévotion que celle du xv« et du xvi® siècle, et tout récemment les platoniciens italiens, Mamianiàleur tête, célébraient à Rome même dans un banquet platonique, comme au temps des Médicis et de Marcile Ficio, l'immortel auteur du Banquet^,

Le platonisme de Cambridge a droit à une place d'honneur dans cette histoire. Ce fut le seul moment où la philosophie anglaise prit le caractère idéaliste et transcendant qui distingue toutes les écoles issues de Platon. Ce fut l'horreur excitée par les doctrines de Hobbes qui provoqua un mouvement contraire touchant presque au mysticisme chez quelques-uns, et qui dans tous s'inspire d'un généreux platonisme. Le célèbre Gilbert Burnet, dans Y Histoire de son temps, nous a laissé un tableau de ce petit cénacle de Cambridge et le portrait de quelques-uns de ses membres. « Les principaux, nous dit-il, étaient les docteurs Whitcot, Cudworth, Wilkins, More et V^orthington. Whitcot était un homme d'une rare modération, doux et obhgeant. Il était très zélé pour la liberté de conscience. Dégoûté de la théologie systématique et sèche de son temps, il s'efforçait d'imprimer à ceux qui s'entretenaient avec lui une direction de pensées plus noble

1. Le 5 décembre 1875 avait eu lieu à Rome, sous les auspices de MM. Mamiani, Ferri et Conti, un banquet platonicien, en l'honneur de l'inauguration d'un buste de Platon, considéré comme le plus authentique que l'on possède, et dont la reproduction devait être placée dans la salle de la nouvelle université de Rome.

et plus relevée; il leur faisait considérer la religion comme un acheminement vers une nature déi forme pour me servir d'une de ses expressions. Pour préparer les jeunes étudiants à ces sublimes spéculations il leur faisait lire beaucoup les anciens, et en particulier Platon, Cicéron et Plotin... Cudworth soutint les idées de Whitcot avec un génie admirable et une étendue immense de connaissances. C'était d'ailleurs un homme plein de sagesse et de circonspection. Wilkins joignit ses travaux à ceux de Whitcot et de Cudworth. Il était naturellement porté à l'observation, et ce fut un des grands zélateurs de la philosophie expérimentale. More était franc, ouvert, philosophe chrétien plein de conviction, dont le but constant fut d'étabhr les grands principes de la religion contre l'athéisme... Pour s'opposer aux progrès de ces dogmes horribles (ceux de Hobbes), les théologiens de Cambridge travaillaient à affermir les principes de la religion en les développant avec une méthode toute philosophique. Ils étaient aussi ennemis de la superstition que de l'enthousiasme (c'est-à-dire du papisme que du puritanisme). )i

Entre ces différents noms, il en est deux surtout dont l'histoire de la philosophie a gardé le souvenir, non qu'ils soient du premier rang, mais on peut les considérer comme les plus distingués au second ; c'est Cudworth et Henri Morus. Le premier était un homme d'une érudition prodigieuse, appartenant encore au xvi« siècle par la méthode, quoiqu'il fût bien du xvii« par les lumières et par

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la largeur de l'esprit. Il admet entièrement les résultats de la philosophie de Descartes et de Gassendi, qui, séparés sur tant de points, s'entendaient cependant pour expliquer mécaniquement tous les phénomènes de l'univers sensible. C'est ce que Cudworth appelait la philosophie corpusculaire ; mais en même temps, par une sorte d'anticipation des critiques de Leibniz, il reprochait à Descartes de n'admettre aucun intermédiaire entre l'étendue et la pensée, entre le mécanisme et l'esprit ; et, insistant sur les phénomènes de l'instinct, sur ce qu'on appelle aujourd'hui « l'inconscient », il rétablissait entre les corps et les esprits, et même entre Dieu et l'univers, des entités actives qu'il appelait des na^ tures plastiques, et dont Leibniz a reconnu la parenté et l'affinité avec ses propres monades. Enfin il couronnait cette cosmologie éclectique par une métaphysique platonicienne. Henri Morus, de son côté, célèbre comme correspondant et contradicteur de Descartes, admettait cependant sa physique et une partie de sa métaphysique, et fut un de ceux qui en introduisirent la doctrine en Angleterre ; cependant il la subordonnait, comme Cudworth, à une tendance platonicienne, ou plutôt néoplatonicienne, et, moins réglé que ce dernier, il s'abandonnait parfois à toutes les rêveries de la secte cabalistique.

En théologie, les philosophes de Cambridge appartenaient au parti de la tolérance et d'une sage piété. Adversaires décidés de l'athéisme, ils s'accommodaient d'une théologie libre, éclairée, pas trop

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dogmatique. On les accusait de pencher vers les dogmes des latitudinaires. Le latitudinarisme était un nom que l'on donnait alors à une manière large de penser en matière de religion. Celui qui passe pour le chef de cette école était un théologien, fort oublié, mais que Tillotson et Locke célébrèrent comme l'un des premiers hommes de leur temps, et que l'on appelait alors l'illustre Chillingworth. Contemporain de Charles I«^ ami de lord Falkland, joignant les talents d'ingénieur à ceux de théologien, il prit part à la guerre civile, dans le parti du roi, fut fait prisonnier à la bataille de Newbury, et mourut quelque temps après à Chichester. Chillingworth poussa très loin la liberté d'esprit en théologie. Il osait écrire que le dogme d'Arius n'était pas une hérésie. Aussi ne lui ménage-t-on pas les soupçons et les imputations de socinianisme. Un de ses adversaires, croyant lui faire injure, l'appelait « un homme de raison, » a man of reason. C'était, en effet, un homme de raison qui écrivait ces mots : « Je suis assuré que Dieu nous a donné noire raison pour discerner la vérité du mensonge. Quant à celui qui n'en fait nul usage et croit aux choses sans savoir pourquoi, je dis que c'est par hasard que ce qu'il croit est vérité, non pas par son choix et j*ai grand'peur, je l'avoue, que Dieu n'accepte pas ce sacrifice des sots. » Autour du Chillingworth se groupèrent un certain nombre d'esprits élevés et distingués, entre autres John Haies d'Eton, que ses amis appelaient « le docteur mémorable », et c'est aussi à cette tendance que se rattache, sous

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Charles II, ce groupe des philosophes et des théologiens de Cambridge, que nous avons mentionné.

A côté des théologiens, il faut nommer les savants, car c'est presque toujours entre ces deux groupes que se partagent les philosophes en Angleterre. A. cette époque surtout, la philosophie n'avait pas encore rompu avec la science. Parmi les savants qui ont touché à la philosophie, deux noms se distinguent entre tous, celui de Robert Boyle et celui de Newton. Le premier, sans être l'égal de Newton, n'en était pas moins un savant de premier ordre, dont le nom est resté dans la science, et qui doit encore être mentionné comme le fondateur de la Société royale de Londres. En philosophie, R. Boyle mérite de ne pas être oublié pour sa discussion contre Descartes en faveur des causes finales, que celui-ci, aussi bien que Bacon, avait proscrites et discréditées. Il reconnaît que la science ne doit pas sacrifier la recherche des causes efficientes à celle des causes finales: mais il maintient que celles-ci ne peuvent êtres méconnues, notamment dans les êtres organisés. « Il y a incomparablement plus d'art, disait-il, dans la patte d'un chien que dans l'horloge de Strasbourg. » C'est encore lui qui nous raconte qu'ayant un jour demandé à Harvey comment il avait découvert la circulation du sang, celuici lui répondit que c'était en réfléchissant sur la disposition des valvules des veines, n'ayant pu penser que cette disposition eût été faite sans dessein.

Un autre ouvrage de Boyle, intitulé le Virtuose chrétien {the Christian Virtuoso), a précisément

pour but de s'appuyer sur la science pour s'élever à la religion. Dans le même ordre d'idées, un autre savant, John Wray ou Ray, publiait un livre qui depuis a servi de type à d'innombrables ouvrages écrits dans le même dessein sous ce titre : la Sagesse de Dieu manifestée par la création. Ce genre de démonstration, comme Ta fait remarquer ailleurs M. de Rémusat, devait particulièrement toucher une nation qui aime à fonder toute connaissance certaine sur Texpérience et l'induction. Les philosophes anglais, en général, se montrent peu accessibles à ce que l'on appelle dans l'école les preuves a priori de l'existence de Dieu. Au contraire, la théologie expérimentale y a toujours été en honneur, et Ton formerait toute une bibliothèque des écrits publiés depuis Wray et Boyle jusqu'à nos jours pour démontrer l'existence de Dieu par les merveilles de la nature.

M. de Rémusat mentionne ces ouvrages avec estime, mais non peut-être sans quelque nuance de dédain. Il est permis d'être moins sévère que lui pour ce genre de littérature, sans méconnaître, toutefois, ce qui manque de critique à ces savants et utiles ouvrages. La téléologie S comme on l'appelle, ou théologie physique, n'est pas seulement, à ce qu'il nous semble, le développement d'une même preuve toujours ressassée, à laquelle on ne fait qu'ajouter indéfiniment de nouveaux détails ; c'est une science, la science de la finalité. Comme' toute science n'a qu'un objet unique, toujours le même,

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