‹ Les maîtres de la pensée moderne [microform]Chapitre 27 sur 47 · Voyez la Revue du 15 décembre i844 et du 15 janvier · texte numérisé non relu

Voyez la Revue du 15 décembre i844 et du 15 janvier

Nous ne sommes plus aussi convaincu qu'à l'époque où nous écrivions ce travail de ce que l'on appelle le scepticisme de Pascal; il y aurait quelques réserves à faire. Nous l'avons essayé dans notre discours prononcé à l'inauguration de la statue de Pascal à Clermont, en 1883.

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introduction lumineuse et animée, qui mettait en relief quelques-uns des traits éminents du grand maître, oubliés par d'illustres prédécesseurs.

Parmi les écrivains qui auront parlé de Pascal, de son scepticisme et de sa foi avec le plus de force et d'émotion, il faudra maintenant compter M. Emile Saisset, qui a laissé sur ce sujet, avonsnous dit, un certain nombre de leçons à peine rédigées, mais pleines de souffle, et qui seront lues encore après ce que M. Cousin a écrit. Peut-être est-ce dans ces leçons que M. Saisset s'est le plus livré lui-même. Esprit circonspect et réservé la plume à la main, il s'abandonnait beaucoup plus devant ses auditeurs ; sans être entraîné par sa parole, ou plutôt précisément parce qu'il s'en sentait maître, il ne craignait pas certaines expansions ; il semblait que la présence même du public vivant lui inspirât plus de confiance que ce public abstrait et invisible auquel on parle en écrivant. De là une liberté pleine de mouvement, qui compense dans ces leçons ce qui peut leur manquer pour la perfection du style et le développement de la pensée. Du reste, les Pensées de Pascal, ces débris sublimes d'un monument interrompu, pourraient-elles avoir un plus sincère, un plus touchant écho que ces leçons mutilées, fragments aussi d'un monument philosophique dont une même jalousie du destin n'a pas permis l'achèvement ?

M. Emile Saisset distingue au xvii° siècle trois sortes de scepticisme : le scepticisme janséniste, le

scepticisme jésuitique, le scepticisme érudit; le premier représenté par Pascal, le second par Huet, le troisième par Bayle. Celui-ci, selon les mots de Voltaire, est « l'avocat-général du scepticisme; mais il ne donne pas ses conclusions » . Quant à Huet, M. Saisseta laissé de lui un portrait charmant. « Huet, dit-il, est un homme du monde ; ce n*est pas rAlceste, c'est le Philinte du scepticisme théologique. Il insinue le scepticisme plutôt qu'il mie professe. Il le verse à petites doses, d'abord dans la Démonstration évangélique, puis dans les Questions d'Aulnay sur Vaccord de la foi et de la raison. Il ne se montre à visage découvert que dans son Traité de la faiblesse de l'esprit humain.^ Je dis à visage découvert, et j'ai tort : ce gem-e d'esprit a toujours un masque. Huet admet qu'il y a des vraisemblances à défaut de vérités. Il admet même des clartés et des certitudes, mais des clartés qui ne sont pas tout à fait claires, et des cerUtudes qui ne sont pas tout à fait certaines, un peu à la manière de ces grâces suffisantes qui ne suffisent pas. A cette marche oblique, doucereuse, gracieuse, accommodante, ne reconnait-on pas l'habile et insinuante Compagnie de Jésus ? On me dira : Huet n'était pas jésuite; c'est vrai mais il logeait chez eux; il était leur ami, leur hôte. Il passa chez les jésuites de la rue Saint-Antoine les vingt dernières années de sa vie et leur légua sa bibliothèque. Il avait pris l'air de la maison. »

Tel n'était pas l'ardent et mélancolique auteur des Pensées, de cet adversaire implacable de la

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molle casuistique de son temps, de celui qui dans les derniers jours de sa vie, bien loin de se repentir des Provinciales f disait encore: « Si j'avais à les refaire, je les referais plus fortes. » Pascal n'a jamais reculé devant aucune conclusion. Il est môme plus enclin à exagérer sa pensée qu'à la voiler. Son scepticisme sera donc aussi hardi dans la forme que dans le fond. Cependant ce scepticisme a donné lieu à des interprétations différentes. Lorsque M. Cousin, en 1844, souleva cette question, deux opinions se produisirent. Selon les uns, Pascal avait voulu seulement montrer l'insuffisance de la philosophie et de la raison, sans cependant condamner l'une et l'autre en termes absolus. Suivant les autres, ce n'est pas seulement l'insuffisance, c'est l'impuissance radicale de la raison et de la philosophie, c'est le scepticisme sans mesure et sans frein que nous trouvons dans les Pensées de Pascal. M. Saisset pense que les deux opinions sont également vraies. Tantôt Pascal fait la part à la raison tout en la déclarant insuffisante, tantôt il lui refuse tout, et se range parmi les pyrrhoniens absolus.

Lorsque Pascal nous dit en effet : « Il faut savoir douter où il faut, assurer où il faut, se soumettre où il faut, » lorsqu'il dit: « Il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison, ensuite qu'elle est vénérable, en donner le respect, la rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu'elle fût vraie, enfin montrer qu'elle est vraie, » n'est-ce pas là la méthode d'un sage

apologiste qui veut fonder la religion sur une solide philosophie, et non l'établir sur les ruines de la philosophie même? « La foi, ajoule-t-il encore, dit bien ce que les sens ne disent pas, mais non pas le contraire de ce qu'ils voient. — Elle est audessus et non pas contre, d Ainsi il ne condamne pas absolument la nature et la raison. Ce qu'il affirme, c'est que la philosophie est insuffisante à satisfaire, à consoler, à fortifier l'âme de l'homme. La science ne suffit pas, il faut l'amour, il faut la grâce, il faut la foi. « Qu'il y a loin, dit-il, de la connaissance de Dieu à l'aimer ! » Bossuet avait exprimé la môme pensée en ces termes éloquents : « Malheureuse la connaissance qui ne se tourne pas à aimer ! » Pascal dit encore : « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point. » Ce n'est donc pas précisément la raison en elle-même que Pascal conteste, c'est sa valeur pratique, efficace pour la vie et pour le salut. Là, au contraire, est le triomphe du christianisme. « Nous ne connaissons Dieu, dit-il, que par Jésus-Christ; sans ce médiateur est ôtée toute communication avec Dieu. » C'est de la même manière que jadis saint Augustin était arrivé au christianisme. Les platoniciens, disait celui-ci, lui avaient révélé Dieu, mais sans lui donner le moyen qui y conduit. Ce moyen, ce chemin, c'est Jésus-Christ, selon la parole: « Je suis la voie, je suis la vie. » La voie et la vie, voilà, selon les chrétiens, ce que la philosophie ne donne pas ; voilà pourquoi elle est, non impuissante, mais insuffisante. Si Pascal était resté dans ces termes.

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il serait d'accord avec tous les théologiens et avec la doctrine universelle de l'Éghse, car il est de toute évidence que, si la philosophie n'était pas insuffisante, la foi serait inutile .

Après avoir ainsi posé le problème, M. Emile Saisset aurait pu, dans ses leçons de la Sorbonne, en éluder, en ajourner la solution. De graves et délicates convenances semblaient l'y autoriser. Il ne le lit pas, et on remarquera avec quelles netteté et franchise de parole il défendit en cette circonstance les droits et le rôle de la philosophie. Jusqu'à quel point la philosophie est-elle insuffisante ? Voilà ce qu'il fallait chercher. M. Saisset n'hésite pas à reconnaître qu'elle l'est pour la grande masse du genre humain, pour cette multitude d'hommes qui n'ont pas de loisirs, qui ont à peine le temps d'étudier, de lire, de penser. Elle ne suffit guère davantage aux âmes poétiques, qui ont besoin de symboles non seulement pour charmer leur imagination mais pour captiver leur raison. Elle ne suffit pas aux âmes mystiques, qui veulent avec Dieu un commerce affectueux et famiher : témoin cet admirable dialogue de Pascxil et de Jésus-Christ dans le Mystère de Jésus, fragment découvert par M. Prosper Faugère. A toutes ces âmes la philosophie ne suffît pas ; elle ne donne pas un commerce direct, immédiat entre l'homme et Dieu. Elle donne de Dieu une connaissance spéculative ; elle n'en donne pas une vue précise, un goût sensible et pratique. De là vient qu'elle n'a jamais pu organiser un culte ni au temps de l'école d'Alexandrie, qui voulut

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régénérer le paganisme, ni au xvni« siècle, où Ton inventa la théophilanthropie, la déesse Raison, le culte de l'Èlre suprême, ni de nos jours où les saint-simoniens ont essayé de parodier le culte catholique, tout en organisant la dictature de l'industrie et en donnant le bien-être comme lin suprême à la destinée humaine.

Mais, si la philosophie est insuffisante pour un grand nombre d'hommes, elle ne Test pas cependant pour tous. La philosophie convient et suffit, selon M. Emile Saisset, à trois classes d'hommes : d'abord à ceux qui veulent voir clair en toutes choses et qui s'arrêtent dans leurs affirmations là où commence l'obscurité, ce sont les esprits cartésiens; en second lieu aux esprits déliants qui ont un vif sentiment du réel, un grand mépris des choses chimériques, et qui surtout ne veulent pas être dupes : ce sont les esprits voltairiens. Enfin, il est une dernière classe d'esprits, la plus rare de toutes : ce sont ceux chez lesquels une volonté fortement trempée est capable de se déterminer par les seuls conseils de la raison, ce sont les esprits socratiques ou stoïciens. « Pourquoi la philosophie ne suffiraitelle pas à de telles âmes ? La philosophie leur donne une religion puisqu'elle leur donne la foi en Dieu, elle leur donne une morale, puisqu'elle leur enseigne le devoir. Elle leur donne même une certaine piété, puisqu'elle leur inspire la foi en la Providence, par suite la résignation, non pas une résignation passive et forcée, mais une résignation volontaire et douce, celle qui dit dans la douleur même : Fiat

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voluntas tua. Enfin elle leur donne Tespérance. Socrate n'est pas sûr de l'autre vie ; mais il ne regrette pas d'avoir agi comme s'il y en avait une, et il l'espère de la bouté des dieux. Ainsi le philosophe ne manque ni de religion ni de piété. Il croit en Dieu. Il Tadore et le contemple dans la beauté de ses œuvres. Il prie, il espère. »

Cette leçon hardie, où M. Emile Saisset divisait d'une main si ferme l'humanité en deux classes, les âmes religieuses et les âmes philosophiques, dut soulever de vives objections, non malveillantes, mais inquiètes, mais émues, et qui amenèrent notre ami à s'expliquer encore avec plus de fermeté et de précision. On lui reprocha d'avoir fait de la philosophie un privilège aristocratique, d'avoir parlé comme ceux qui disent qu'il faut une religion au peuple. M. Saisset répondit avec énergie à ces pressantes instances; il blâmait ceux qui disent que la religion n'est nécessaire qu'au peuple. Il y a des âmes très éminentes, très cultivées, qui ont besoin d'une religion positive. « J'ai cité Pascal et saint Augustin, disait-il : est-ce là le peuple ? La religion est bonne pour ceux qui ont le besoin et le pouvoir d'y croire. » On insiste et on dit; « Vous admettez donc que certaines âmes n'ont ni le besoin, ni le pouvoir de croire au surnaturel et peuvent s'en passer? — Oui, Socrate, Platon, Caton, Marc-Aurèle, Épictète, ont vécu heureux et honnêtes sans avoir de religion positive. Il est des sages modernes qui, sans avoir le prestige qui couronne ces grands noms, témoignent que la vertu,

la droiture et même la piété n'ont pas besoin de religion positive. » Un autre adversaire, serrant la question de plus près, voulut attirer M. Saisset sur le terrain brûlant du surnaturel et des miracles. Celui-ci ne recula pas devant cet appel, et il répondit: « En fait de surnaturel, j'admets Dieu et la Providence ; en fait de miracle, le miracle éternel et perpétuel de la création ; en fait de révélation, j'admets que Dieu se révèle pai^ les lois de la nature et fait éclater sans cesse sa puissance, son intelligence, sa sagesse, sa justice et sa bonté. J'admets cela, rien de moins, rien de plus. Je ne sais si cette déclaration plaira à tous mes auditeurs mais on m'accordera que j'ai été fidèle à ma maxime : netteté dans les idées, sincérité dans les déclarations. » Cette ferme et noble déclaration de principes fut accueillie par tous les auditeurs avec une sympathie respectueuse, et le succès croissant de ses leçons vint prouver à M. Emile Saisset que la franchise unie à la modération désarme et subjugue toutes les opinions.

Ces leçons d'un caractère si accentué, ont été presque les dernières qu'ait prononcées à la Sorbonne Emile Saisset. Elles seront importantes pour rhistoire du spiritualisme contemporain. Jamais, depuis Jouffroy, l'école spiritualiste n'avait accusé ses doctrines rationnalistes avec autant de fermeté et de décision. Ceux qui croiraient qu'en cette circonstance elle a manqué à la sagesse en se découvrant avec trop de sincérité ne se rendraient pas un compte exact de la situation actuelle de la

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philosophie. Les questions sont aujourd'hui serrées de trop près pour que l'on puisse rester dans le vague des formules indécises et d'un incertain christianisme qui n'est ni orthodoxe, ni hétérodoxe. Un historien illustre, qui vient de toucher à toutes ces questions avec la hauteur qui lui est habituelle, met en demeure les spiritual! stes de s'expliquer sur la question du surnaturel . Ce grand et éloquent défenseur de la liberté de discussion est le premier à désirer que les causes s'accusent et se découvrent avec franchise, et que chacun porte son propre drapeau. Ce n'est pas lui qui reprocherait à M. Saisset (s'il vivait encore) d'avoir répondu d'avance à son appel et d'avoir dit: « Voilà ce que je crois; rien de moins, rien de plus. »

S'il m'était permis d'ajouter un mot à la discussion si vive et si franche de M. Emile Saisset, je dirais volontiers : Lorsqu'on accuse la philosophie d'insuffisance, qu'entend-on conclure de là? J'avoue volontiers que la philosophie est insuffisante, qu'elle ne donne ni toute lumière, ni toute consolation, ni tout espoir; mais pourquoi la philosophie serait- elle suffisante, et pourquoi supposeraiton que l'homme doit avoir nécessairement à sa disposition quelque chose qui le satisfasse entièrement? Tout étant incomplet et défectueux ici-bas, pourquoi s'étonner que nos lumières soient incomplètes, et que les secours qui nous ont été accordés soient proportionnés à la faiblesse et à la médiocrité de noire nature ? Si l'on dit qu'un Dieu

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bon ne peut avoir laissé ses enfants sans secours suffisants, on oublie que c'est pourtant là l'état où ont été pendant des siècles les nations les plus illustres et les plus éclairées de l'antiquité. Il n'y a donc pas de contradiction à supposer que la Providence n'a donné aux hommes que des moyens très faibles pour percer les mystères de leur destinée. On n'a rien dit contre la philosophie en montrant qu'elle ne donne ni toute la force, ni toute la joie désirable, car il est possible qu'il soit dans la destinée humaine de se contenter de faibles lumières et de faibles joies. Si l'on réfléchit d'ailleurs que les formes les plus variées des croyances humaines donnent toutes des consolations et ont inspiré des prodiges de courage et de sacrifice, on verra que le fait de donner des consolations et des forces n'est pas une garantie suffisante de vérité.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, si Pascal s'en était tenu à la doctrine que nous venons d'exposer, il ne se distinguerait de la plupart des théologiens que par l'énergie de sa conviction et l'ardeur entraînante de son éloquence. Ce ne serait pas là le scepticisme; car le scepticisme ne consiste pas à limiter la raison, mais à la nier. Malheureusement c'est là une extrémité devant laquelle Pascal n'a pas reculé. De l'insulfisance de la philosophie et de la raison, il est passé, par un entraînement facile à comprendre, à la doctrine d'une impuissance radicale, absolue, irrémédiable, au moins hors de la révélation et de la grâce. Il parle de la philosophie

de la manière la plus insultante dans ce passage si connu ; « Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher. Nous n'estimons pas que la philosophie vaille une heure de peine. » Il prononce cette parole hardie et décisive : « Le pyrrhonisme est le vrai. » Enfin il serait difficile aujourd'hui, après la démonstration victorieuse de M. Cousin, de nier que dans Pascal se rencontrent à chaque page des traits qui trahissent un absolu scepticisme ^. Il attaque la philosophie dans ses sources psychologiques en niant la légitimité de tous nos moyens de connaître ; il ébranle la morale et la religion naturelle en niant la justice et en n'admettant que la force ; il ébranle la théologie ellemême en justifiant l'athéisme comme une marque de force d'esprit, en substituant aux démonstrations philosophiques de l'existence de Dieu la fameuse preuve tirée du calcul des probabilités, qu'il venait d'inventer, jouant Dieu à croix ou pile. Il n'est pas moins sceptique sur les affections que sur les idées, et il a écrit cette phrase odieuse, que Hobbes ne désavouerait pas : « Les hommes se haïssent naturellement les uns les autres. » La force et le hasard lui sont les maîtres

1. Tout cela reste vrai dans l'ensemble. Cependant si nous voulions préciser davantage, nous dirions que dans Pascal le scepticisme ne prouve pas la foi, et n'est pas un moyen de convaincre et d'attirer à la foi (comme dans l'abbé de Lamennais); c'est une conséquence de la foi même. Lorsque vous voyez les choses directement par la voie surnaturelle, qu'avezvous besoin de la raison naturelle ? Et combien elle doit vous paraître basse et misérable 1

de la vie humaine, et son imagination épouvantée ne voit sur cette terre qu'un cachot, et dans les hommes que des condamnés à mort attendant leur exécution.

De cette philosophie subversive ne pouvait sortir qu'une religion servile et tyrannique, que M. Cousin définissait éloquemment en l'appelant « cette dévo-tion malheureuse que je ne souhaite à personne » ; ce qui se comprend du reste aisément par l'alliauco naturelle (aussi naturelle en philosophie qu'en politique) de l'anarchie et du despotisme. Après avoir dit qu'il faut présenter la religion comme raisonnable et aimable, il la présente au contraire comme terrible et incompréhensible, et il se jette dans toutes les extrémités du credo quia absurdum. Il dit que, s'il y a quelque chose de scandaleux et d'énorme S ce n'est pas « la justice envers les réprouvés, c'est la miséricorde envers les élus». Aveuglé par un mysticisme insensé, il dit que « la maladie est l'état naturel du chrétien, et qu'il faut vivre dans l'attente continuelle de la mort ». Il combat toutes les affections humaines, il ne veut pas qu'on s'attache à lui et prétend a que l'on est coupable de se faire aimer » . Enfin il condamne le mariage comme un homicide, ou plutôt comme un déicide. Tel a été le christianisme janséniste de Pascal, exagération repoussante du principe de la foi, et qui inspire à M. Saisset ces excellentes paroles ; « Je ne reconnais pas à ces traits la morale chrétienne, la charité chrétienne, l'esprit chrétien. Le

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