‹ Les maîtres de la pensée moderneChapitre 16 sur 51 · Th. Jouffroy, Cours de droit naturel, YI° leçon, t. VII · texte numérisé non relu

Th. Jouffroy, Cours de droit naturel, YI° leçon, t. VII

Pour comprendre le mérite de cette exposition, il faut se rappeler que, depuis deux siècles, tout le monde parlait de Spinoza sans l'avoir lu; que les plus sincères le déclaraient incompréhensible et indéchiffrable. Jouffroy avait apporté dans cette élude son besoin de clarté ; et au moins pour la partie métaphysique, sinon pour la partie morale, il avait mis en pleine lumière les principes les plus abstraits de Spinoza.

Cependant ce n'était encore qu'une esquisse : l'honneur d'une explication \Taiment complète, en môme temps que d'une interprétation littérale exacte et précise, appartient à Emile Saisset^ l'auteur de la traduction française des OEuvres de Spinoza^. Outre le mérite de la traduction, qui mettait Spinoza entre les mains de tout le monde, Emile Saisset avait eu encore celui de résumer dans une Introduclion, faite de main de maître, non plus seulement les principes généraux de l'Éthique, mais toute l'économie du système, avec une largeur et une pénétration tout à fait supérieures. L'espace lui manquant pour une réfutation il s'était contenté d'indiquer avec précision les points sur lesquels il faisait des réserves. Elles se réduisaient à deux

1. La première édition en deux volumes est de 18i2. Il y a eu une seconde édition, plus complète, en 1860, comprenant la traduction du Tractatus polilkus. En outre, Ém. Saisset publia à part son Introduction, très développée et formant un véritable ouvrage (in-8, Paris, 1860] . Il y a une seconde traduction des œuvres de Spinoza, postérieure à celle de Saisset, par M. Prat, avocat, celle-ci faite au point de vue exclusivement spinoziste.

principales : N'est-ce point une erreur capitale d'égaler la pensée et l'étendue, et de donner aux corps le même degré de réalité et de perfection qu'aux âmes? L'unité radicale de l'existence, la consubstantialité de Dieu et de l'univers se peut-elle concilier avec l'individualité des êtres finis, avec la liberté des êtres moraux *?

En résumé, l'école de Victor Cousin avait rendu à la philosophie de Spinoza un triple service. D'abord, elle avait dégagé l'honneur du philosophe de toutes les accusations odieuses et imméritées dont il était l'objet et lui avait restitué sa place dans la série des grands penseurs et des philosophes de premier rang; en second lieu, elle l'avait fait connaître, exposé d'une manière claire et intelHgible, et l'avait ainsi disculpé du reproche d'obscurité impénétrable sous lequel il était enseveli depuis deux siècles ; enfin elle l'avait traduit et mis entre les mains de tout le monde. Voilà ce que fit pour Spinoza une école'* que l'on a souvent accusée d'orthodoxie étroite et intolérante.

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