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Condillac, ce qui était encore ramener le dedans au dehors, il trouve dans la conscience de l'activité du moi la condition péreraptoire sans laquelle la sensation ne deviendrait jamais cojniaissance, et les sons ne deviendraient jamais des signes. La doctrine de Biran est donc une sorte d'empirisme interne, ou plutôt, s'il est permis de parler ainsi, une sorte do réflexivisme qui dépasse le point de vue de Condillac, en revenant à celui de Locke et de Leibniz approfondi et développé.
Mais si le moi, avec les notions essentielles'^qui s'y rattachent immédiatement, constitue le mode fondamental de notre existence actuelle, il ne le compose pas seul; car pour se manifester à luimôme, il doit s" unir incessamment à des impressions diverses qui lui viennent du dehors. C'est l'union du moi et de ces impressions qui donne naissance à tous les faits de conscience, et dont les combinaisons diverses composent notre existence affective et intellectuelle. Dans la première partie de son ouvrage, Biran étudie le moi, abstraction faite des impressions qui viennent se combiner avec lui, c'est-à-dire l'élément actif sans l'élément passif. Dans la seconde partie, il étudie d'abord les impressions ou affections séparées du moi, autant du moins qu'une telle étude est possible. Puis il cherche à déterminer ce qu'il appelle « les combinaisons diverses du moi et des affections », soit dans l'ordre des coimaissauces, soit dans l'ordre des affections et de la volonté.
En conséquence il distingue dans l'âini' hmnaine
quatre moments^ ou, comme il dit, quatre systèmes à chacun desquels correspond un degré particulier de la personnalité ; ce qui les distingue, c'est en quelque sorte le plus ou moins de présence du moi dans chacun d'eux.
1° A.U plus bas degré, il n'y a que des impressions passives et des mouvements instinctifs, des modes de plaisir et de douleur sans moi : c'est ce que l'auteur appelle des affections, et ce premier système est le système affectif. Les affections, dans ce système, correspondent à peu près à ce que Leibniz appelait les perceptions obscures.
2° Le moi commence à s'unir aux affections, mais sans s'identilier avec elles; il les rapporte à des sièges organiques particuliers, et il n'en est que spectateur. C'est ainsi, par exemple, que nous avons conscience d'un mal de tête, sans y concourir cependant par notre action ; il est , pour le moi, comme quelque chose d'étranger, qui le touche cependant : c'est la sensation. Au système affectif succède le système sensitif.
3° Le moi commence à prendre une part directe aux phénomènes de la sensibilité. Au lieu de subir simplement la sensation, il la provoque, il la prolonge, il la fixe, il la précise, il eu fait une connaissance. Il passe enfin de la sensation à la perception. Troisième système : système perceptif. Dans ce troisième état, l'action du moi est encore subordonnée à l'action des objets extérieurs, et le sentiment qu'il a de lui-même est développé et comme confondu dans la perception.