‹ Les maîtres de la pensée moderneChapitre 42 sur 51 · U.\ PHILOSOPHE SPIRITUALISTE · texte numérisé non relu

U.\ PHILOSOPHE SPIRITUALISTE

conscience ? Car, ne l'oublions pas, Biran rejette la doctrine de Kant, et n'admet pas qu'elles préexistent a priori. Biran dit : « En se rejoignant à la sphère de la connaissance, l'intuition devient sensation représentative. » C'est là une détermination bien vague et qui semble autoriser chacun à fixer où il voudra la limite des deux phénomènes. Enfifi, de même que les sensations représentatives se distinguent difficilement des intuitions qui sont audessous d'elles, elles ne se distinguent pas plus facilement des perceptions qui sont au-dessus.

Quoi qu'il en soit, c'est à ce second degré de la vio humaine que Biran rapporte la réminiscence, qui est de trois espèces : la réminiscence personnelle, la réminiscence modale et la réminiscence objective; la première, qui a pour objet notre propre moi, et qui nous atteste notre identité personnelle ; — la seconde, qui reproduit les sensations antérieures ; — la troisième, qui reproduit les images. A cette troisième forme de la réminiscence se rattache l'imagination, et à celle-ci un commencement de généralisation spontanée.

Les deux derniers étages, et les plus importants de la vie intellectuelle de l'homme sont la perception et la réflexion.

Le passage de la sensation à la perception se fait par l'effort. C'est lui qui, sous le nom d'attention, fixe l'action des organes sur un seul objet, rend la sensation plus nette, et la transforme en perception. C'est surtout aux sensations représentatives coordonnées dans l'espace et dans le temps

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que le terme de perception peut s'appliquer. Cependant, chaque sens est susceptible de deux formes : l'une passive, l'autre active, que le langage exprime par des termes ditférents. De tous les sens, celui qui nous donjie le plus nettement l'idée d'extériorité est le toucher. Il suffit, pour que cette idée soit complète, que la pression tactile, qui renferme déjà une représentation étendue, s'associe à l'idée d'une cause qui résiste à l'effort. Dès lors, l'étendue tactile devient le symbole de l'extériorité. C'est encore l'effort qui, suivant Biran, sert à localiser les sensations dans les organes. Tout ce qu'on appelle dans l'école qualités premières se ramène à la résistance et à l'effort, d'où naissent l'impénétrabilité et l'inertie. C'est encore lui qui nous fournit la conception de l'étendue, qui n'est pour Biran comme pour Leibniz, que a la continuité du résistant » ; elle n'est d'abord pour nous qu' « un espace intérieur » immédiatement lié au sentiment du moi, et qui s'extériorise ensuite par le toucher. C'est l'exercice répété du sens musculaire qui nous apprend peu à peu à déterminer, à figurer, à localiser les différentes parties du résistant. Ainsi, l'idée d'espace n'est pas, comme l'a pensé Kant, une forme a priori : c'est bien une forme, mais c'est la forme du sens musculaire généralisé.

L'affirmation de quelfjue chose hors de nous, fon- (ii'e sur le double fait de l'elïort et de la résistance;, est ce que Biran appelle le juç^ement substantiel. Sur ce fond viennent s'ajouter par induction ce qu'il appelle les allrihulions modales, c'est-à-dire les

UN PHILOSOPHE SPinrrrALISTF. oS!)

({ualités secondes, eu vertu desquelles les corps nous paraissent comme causes de nos sensations. Le loucher les objective en les répandant et les fixant sur le continu résistant ; ce troisième moment constitue les attributions objectives, ou les intuitions j)rojetéos dans un espace extérieur.

Au système perceptif se rattachent, selon Biran, la mémoire volontaire, la comparaison, la classification, enfin le sentiment, les notions morales et la liberté. Seulement, il est encore ici permis de se demander si ce n'est pas là rapprocher un peu arbitrairement des éléments bien hétérogènes, et si l'on ne rapporte pas à la perception des éléments qui se rattacheraient beaucoup pkis directement au système réfïexif.

La limite en effet, est bien difficile à fixer. Le système perceptif est caractérisé selon Biran par l'attention ; le système réfïexif, au contraire, par la réflexion. iMais quelle différence y a-t-il donc entre l'attention et la réflexion ? La voici : « L'attention s'attache surtout aux résultats de nos actes extérieurs... La réflexion, se concentre dans le sentiment du pouvoir libre qui les effectue^ ;>... « La réflexion est cette faculté par laquelle l'esprit aperçoit dans un groupe de sensations, ou dans une combinaison de phénomènes quelconques, les rapports communs "de tous les éléments à une unité fondamentale, comme de plusieurs modes ou qualités à l'unité de résistance, de plusieurs effets divers à une même cause, des modifications varia-

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