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SÉJOUR A LONDRES

J. CONSTABLK. — NEWBURY-CANAL.

Dessin d'après nature.

Lorrain que le débutant s'était ingénié à copier de son mieux. L'intérêt et la peine qu'il prit à cette tâche, aussi bien que l'insuffisance du résultat auquel il était parvenu, lui firent comprendre la nécessité d'acquérir l'instruction qui lui manquait. Son père, obligé à la fin de constater le peu de goût qu'il manifestait pour l'état de meunier, s'était rendu à ses instances et lui avait permis de passer quelque temps à Londres, afin de voir quelles chances il aurait de s'y créer des moyens d'existence.

John était donc parti, muni d'une lettre de recommandation, probablement donnée par sir Beaumont, pour un paysagiste qui jouissait alors d'une certaine vogue, Joseph Farrington, élève de R. Wils'on. Pendant deux années environ — sa biographie est restée pour cette époque assez obscure — on croit que son temps se partagea entre Bergholt et Londres où il reçut les leçons du graveur John Smith. Mais le peu de progrès qu'il faisait en ce genre ne permettait pas à Farrington de fonder grand espoir sur son avenir. Découragé, à bout de ressources, pris de la nostalgie de son cher Bergholt, John était retourné dans sa famille et il s'était remis seul à ses études d'après nature. Cependant, trop peu préparé à ce travail, ayant à se débattre, en face de l'infinie

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variété des aspects de la campagne, avec son métier de peintre, il déplorait une fois de plus son ignorance technique et ses parents, voyant son ardeur et son opiniâtreté, se résignèrent à de nouvelles dépenses pour lui assurer le bénéfice d'une instruction plus complète.

Admis comme élève à la Royal Academy au mois de février i7()9, Constable y reçut pendant deux ans une culture générale. Il dessinait d'après le modèle vivant ou d'après l'antique et suivait avec passion, en 1802, les cours d'anatomie. En i8o3, il obtenait pour la première fois la permission de prendre part à l'Exposition. Sentant tout le prix des sacrifices faits par sa famille, il vivait durement et ne mangeait pas toujours à sa faim. Désireux de se créer lui-même des ressources, il peignit alors plusieurs portraits et pendant quelque temps il fut tenté de se consacrer à la peinture d'histoire à laquelle il ne renonça qu'assez tardivement. Mais de plus en plus, il se sentait attiré vers le paysage et il était pour toujours dégoûté des études à l'atelier. C'était devenu pour lui une souffrance de n'entendre parler que de tableaux, de procédés, de recettes « par des gens qui ne songeaient jamais à la nature. Toujours opposer, disait-il, des vieilles toiles, noires, enfumées et crasseuses, aux œuvres de Dieu! Toujours des ateliers, des galeries, des musées et jamais la création! Voici deux ans que je perds à chercher la vérité de seconde main, en m'efforçant d'imiter les maitres. Je retournerai à Bergholt; j'y chercherai une manière simple de reproduire les motifs que j'aurai sous les yeux. Il y a peut-être place pour un peintre de la nature. »

On peut juger de son bonheur quand, se retrouvant dans son cher village, il put y mener enfin une vie conforme à ses goûts. Il revoyait les lieux où s'était écoulée son enfance et dont les plus humbles coins, en évoquant les souvenirs du passé, parlaient à son cœur. Infatigable au travail, ses journées s'écoulaient remplies par les jouissances qu'il lui procurait. En 1799, il avait passé l'automne à Ipwich, et en 1800, dans le parc abandonné d'Helmingham. Comme enivré des beautés qui l'entouraient, il avait besoin d'épancher son enthousiasme en écrivant à son ami Dunthorne : « .le suis seul au milieu des chênes et des solitudes d'Helmingham. J'ai pris tranquillement possession du presbytère inhabité. Chaque jour, une femme, venue de la ferme où je dîne, fait mon lit. Le reste du temps, j'erre où il me plaît, parmi de beaux

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