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CHAPITRE VIII

I. LKS rRKClkSElRS. — II. COROT; SA VIE ET SON ŒUVRE. — III. TH. ROUSSE.\i: ET LES PEINTRES OE BARBIZON. — IV. LES I>AYSA(;ISTKS NF.S AVANT 1820. — V. LES PAYSA- GISTES NÉS APRÈS 1820.

ANS l'art, comme dans la société française elle-même, à la pompeuse magnificence du règne de Louis XIV, allaient succéder la grâce charmante et la vive élégance des maîtres de notre école, au temps de la Régence et de Louis XV.

A leur tête, un de nos plus grands peintres, Jean-Antoine Watteau (l()84l72I\ a faitdans ses œuvres une place assez importante au pa3-sage. Attiré instinctivement par les Vénitiens et par Rubens, il avait su, tout en s'inspirant d'eu.K, conserver entière son originalité. La concision nerveuse de son dessin dans les portraits qu'il a tracés d'un crayon facile et sùi-,

COHOT. — LA .MARE.

(Phot. Giraudon.)

nous la retrouvons dans les consultations, que, durant sa courte vie, il ne cessa jamais de demander à la nature.

C'est en elle, on n'y pense pas assez, qu'il puisa toujours la force et le soutien dt son talent. En plein pays des rêves, ses créations les plus fantaisistes s'épanouissent au milieu des réalités pittoresques les plus propres à faire valoir leur poésie. Les fonds de ses Fcles g-alanles ne sont pas des frottis quelconques : autour de ce Gilles d'une niaiserie si spirituelle, le ciel est respirablc; le terrain sur lequel j1 repose est solide; les buissons (leuris qui l'encadrent ont leur parfum et au pied de pins parasols et de cjprès très nettement spécifiés, poussent des pampres indiscutables. A côté de ces gentils muguets et de ces jeunes femmes aux gracieux minois, aux nuques provocantes, aux allures ingénument coquettes, les ombrages épais et les eaux tranquilles des grands parcs où s'abrite leur désecuvrement nous feraient presque croire à l'existence de la Finette, du Me\\etiii, de V Indifférent et de tant d'autres personnages inutiles et séduisants, créés par l'imagination du peintre. Si dans V Embarquement pour Cyth'ere. le but lointain du voyage se perd dans les contours flottants et les vagues colorations des montagnes, du moins le lieu du départ et les premiers plans qu'anime la troupe chatoyante des pèlerins sont pris en pleine nature, avec de beaux arbres amoureusement entrelacés et des guirlandes de vraies roses, épanouies sous leurs feuillages frémissants. Toutes ces formes précises et ces tonalités harmonieuses ont été fidèlement copiées par le fin dessinateur et le rare coloriste en qui se personnifient les qualités exquises d'un art très original et très français.

Pour se passer dans un monde plus rustique, les J*arsanneries de Boucher sont encore moins réelles que Ica Sociétés g-alanles de Pater. Mais si, dans ses tableaux lestement brossés, le dessin reste un peu gros, si les colorations trop diaprées sont souvent fausses et vulgaires. Boucher (1704-1770), montre dans ses tapisseries un sens très décoratii que d'ailleurs J.-B. Oudry (1686-1735) avait manifesté avant lui, à un degré au moins égal. Pressé par les trop nombreuses obligations de ses charges à la manufacture de Beauvais et aux Gobelins, portraitiste officiel des chiens favoris du roi et des princesses, n'arrivant pas à satisfaire les exigences des amateurs français et étrangers, Oudry trouvait cependant, pour se contenter lui-même, le loisir d'aller parfois se retrem-

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