HONORE FRAGONARD
et dans lesquelles, avec un sens très personnel. Il s'inspire à la fois de Boucher qui fut son maître, et de Tiepolo dont il goûtait fort le talent, et nous ne parlerons pas davantage des nombreux paysages où il pastiche les Hollandais. Cependant, quand il est en face de la nature, en Provence ou en Italie, Fragonard la copie avec sincérité. Ses dessins, faits généralement à la sanguine, sont merveilleux de franchise et de sûreté, et parfois même dans quelques-uns de ses tableaux où le décor pittoresque joue un rôle important, il arrive presque à égaler Watteau. La Scène dans un Parc^ de la collection .de M. R. Kann, nous en fournirait au besoin la preuve. Cette salle de verdure, dont les colonnades enguirlandées de lierre et les ombrages épais laissent entrevoir çà et là des percées ensoleillées, ces fontaines de marbre, ces eaux qui s'en échappent et s'épandent en cascatelles, ces femmes parées, assises ou couchées parmi des buissons de roses sur des gazons fleuris, tout, dans cette nature en fête est d'une invention si charmante, d'une exécution si vive et d'une hai'monie si plaisante qu'on se demande pourquoi, au lieu de gaspiller son talent à de véritables gageures d'improvisation, Fragonard n'a pas plus souvent mis sa marque à de pareilles oeuvres.
Vers la même époque, des Français tels que Lantara (1729-1778) et Bruandet iv. i73o-i8o3î, ou des nomades comme Fr. Casanova, né à Londres en 1727 d'une mère italienne et mort en 1802 à Bruhl, en Autriche; Ph.-J. Loutherburg, son élève, originaire de Fulda, mort à Londres en 181 3, et le Flamand .L-Louis de Marne (1754- 1829") faisaient apprécier chez nous la souplesse et la facilité un peu banales de leur talent, tandis qu'avec des visées différentes, Henri Valenciennes (1750- 1819) se montrait le défenseur obstiné du paysage académique, non seulement dans ses peintures aussi dépourvues de vérité que de style, mais dans son livre sur les Eléments de perspective pratique^ suivis de réflexions et conseils sur le genre du Paysage^ publié en l'an vm de la République.
Tout en restant un peu sèches et superficielles, les fi/t^s prises aux environs de Paris, que Louis Moreau (1763-1843) peignait vers la fin du xvni" siècle, avaient du moins le mérite d'une sincérité relative. Avec plus de force, Georges Michel (1763-1843,1, — un paysagiste ignoré de son vivant, mais dont la critique de notre temps a peut-être un peu surfait le mérite, — abordait des motifs plus simples, choisis le plus
J. VKRNliT. — I.E PONT SAfNT-ANGK, A ROME.
Musce du Louvre. (l*hol. Neurdcin.)
souvent dans le proche voisinage de la lîutte Montmartre. C'était alors un coin désert et sauvage où, près des vignes et des pâturages échelonnés sur les pentes, s'étendaient des terrains incultes, pleins de ronces et de folles herbes. Des carrières abandonnées y servaient d'abri aux vagabonds et aux malandrins de la grande ville. Profitant de ses moindres instants de loisir, l'artiste trouvait là son champ d'études favorites, et associait à ses impressions personnelles les réminiscences de Rembrandt et de Ruisdaël dont les œuvres lui étaient devenues familières, par suite des travaux de restauration que lui confiait le baron Denon dans les galeries du Louvre. Malheureusement, ce paysagiste d'occasion connaissait assez mal son métier de peintre, et, manquant d'une éducation première, il ne s'était pas appliqué plus tard à l'acquérir. Sa touche est lourde et gauche, et q^uand il a des arbres à représenter, comme il n'est pas familiarisé avec leur structure, il s'en remet à la manœuvre plus ou moins hasardeuse du couteau à palette pour esquiver les difficultés que peut offrir leur exécution. Mais dans les données moins compliquées, lorsqu'il ne s'agit que de reproduire desformesou des colorations assez élémentaires, il sait obtenir une grande franchise d'aspect, notamment dans ses Environs de Montmartre (Musée du Louvre, dont les terrains ocreux, couverts d'une herbe rare, contrastent harmonieusement avec la tonalité d'un grand ciel bleuâtre.
Vers la fin du xv!!]' siècle, en même temps que ces essais d'une étude