‹ Les maîtres du paysageChapitre 120 sur 193 · HUBERT ROBERT. — LE CAPITOLE · texte numérisé non relu

HUBERT ROBERT. — LE CAPITOLE

Dessin d'après nature. — Musée du Louvre. (I*hnt. CiirauJon.)

plus sincère de la nature, une réaction s'était produite contre les excès de la virtuosité, et, par une rencontre singulière, c'était un parent de Boucher, le peintre Louis David ( 1748-18251, qui se faisait le promoteur de ce retour aux doctrines de l'art classique, dont l'architecture avait la première donné l'exemple. C'est dans ses portraits, dans le tableau du Sacre, qui n'est à vrai dire qu'une réunion de portraits, et dans le Maral, où il pousse la sincérité jusqu'au réalisme le plus impitoyable, que David a manifesté toute la force de son talent. Mais la nature pittoresque est complètement absente de son œuvre. Elle reparait avec Gros (1771-18351 dans la peinture d'histoire, et ajoute un poignant intérêt à ce Champ de bataille d'Ej'latt, dans lequel, sous le ciel morne et assombri d'un jour d'hiver, la neige recouvre de son linceul les cadavres amoncelés à perte de vue dans la plaine immense. Après Gros, l'intervention du paysage n'est pas moins éloquente chez Th. Géricault, son élève (1791-1824), et l'on sait quel effet pathétique il a su tirer, dans le Naufrage de la Méduse, de cette mer menaçante et de ce pauvre radeau désemparé où sont entassés pêle-mêle, réunis dans leur commune misère, les malheureux échappés au désastre.

Les doctrines encore indécises, entre lesquelles Hottait notre art moderne, s'accusaient plus nettement dans les deux chefs qui devaient bientôt dominer l'école française. C'est bien au delà de David que D. Ingres (1780- 1867) remonte dans le passé pour trouver chez Raphaël et chez les (irecs les modèles de beauté et de style dont il est épris. Grand par sa volonté et par la constance opiniâtre de ses convictions, son idéal est plutôt d'un sculpteur que d'un peintre, et plusieurs de ses tableaux sont, pour ainsi dire, conçus comme des bas-reliefs. Si, dans son dessin, il joint à la noblesse des aspirations les scrupules de la probité la plus haute, la recherche de la couleur lui est indifférente; elle reste le plus souvent chez lui froide, mince et un peu sèche. Comme elle, d'ailleurs, son exécution est égale, posée, sans grande diversité, ni souplesse. Cependant, à ses débuts, dans Œdipe et le Sphinx, le ciel et le fond de campagne qu'on aperçoit entre des rochers abrupts ajoutent un commentaire dramatique à la scène; mais c'est là une rareté dans son œuvre. D'ordinaire, la nature n'y joue aucun rôle et les sujets qu'il traite sont disposés dans des intérieurs. Nous ne croj'ons pas qu'il ait jamais peint un seul arbre; le ciel du plafond d'Homère, est une teinte plate d'un bleu uni, et si, dans la charmante figure de la Source, les formes délicates de la jeune fille sont d'une pureté et d'une grâce exquises, en revanche l'eau qui s'écoule de son urne, les Heurs et surtout le rocher auquel elle est adossée ne brillent pas plus par l'invention que par la facture. L'influence très légitime du maître s'est pourtant fait sentir, de son temps, dans tous les arts qui relèvent du dessin, en imposant à tous une pareille recherche de la forme et du style. L'action qu'il a même exercée sur certains pajsagistes, ses contemporains ou ses élèves, se révèle chez les plus éminents d'entre eux, notamment chez Paul Flandrin (181 1-1902), par un choix plus sévère des motifs, par la belle ordonnance des masses, le rjthme heureux des silhouettes et l'élégante simplicité des lignes, par tout un ensemble de qualités élevées où l'on trouve comme un reflet de la noble vie de cet artiste.

Ce n'est pas la beauté abstraite, ni même la correction scrupuleuse des formes que visait Delacroix (1798-1863), mais bien la recherche passionnée du caractère. Chez lui tout est vie et mouvement, et la nature entière s'associe intimement dans son œuvre à l'expression des sentiments humains. Ses grands spectacles le transportent; il en observe

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