‹ Les maîtres du paysageChapitre 122 sur 193 · PAUL HUET · texte numérisé non relu

PAUL HUET

p. BONINGTON. PLAGK NOK.MA.NDli.

(Collection de M. Ross.)

avec une complaisance trop évidente. Comme des êtres humains, les vagues se cherchent, se provoquent et se heurtent; leurs volutes rigides dressées en panaches, montent à l'assaut des rochers et les escaladent ; les arbres échevelés se penchent, s'étreignent ou se renversent avec des attitudes de désespoir ou de rage. Le peintre ne dispose pas encore d'études suffisantes pour se contenter de la simplicité de la nature. II vise à l'émotion et emprunte à Victor Hugo les citations ou les légendes romanesques qui lui servent à désigner ses œuvres.

Sans cesser de donner à ses compositions un intérêt expressif, Huet allait bientôt s'affranchir de ces tendances littéraires et ne demander qu'aux seules ressources de son art l'éloquence qu'il voulait y mettre. Son talent se fortifiait peu à peu, grâce aux études consciencieuses et opiniâtres auxquelles toute sa vie il demeura fidèle. Tous les procédés lui sont bons pour ces études et de chacun d'eux il tire les enseignements spéciaux qui en dérivent. Ses croquis à la mine de plomb l'initient à la pratique de la lithographie, dans laquelle, avec plus de vigueur et moins de légèreté, il marche sur les traces de Bonington. Par le dessin à la plume, qui l'oblige à serrer de plus près les formes, il se prépare à la maîtrise de l'eau-forte que, le premier, dans notre école, il a

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remise en honneur. La verve qu'il y montre est d'abord un peu factice : Içs contrastes entre les ombres et les lumières sont excessifs, et le^ travail, souvent chargé à l'excès, montre plutôt l'entrain artificiel jle lajinuiosite que les scrupules de l'exactitude. Mais à mesure qu'il possède mieux son métier, il obtient, à moins de frais, plus de largeur et de correction. II ose aborder des tâches plus compliquées et les mener méthodiquement à bien. Dans sa grande planche des Sources de Royal, datée de 1 637, le fracas de ces eaux tumultueuses, qui l'ont toujours attiré, est exprimé d'une manière saisissante, dans l'infinie variété de leurs mouvements. Avec une tenue superbe dans l'ensemble, les valeurs des diverses parties sont respectées, et les noirs veloutés des rochers ainsi que la tonalité moyenne des végétations contrastent avec l'éclat des eaux et la clarté amortie d'un ciel nuageux.

Comme pour se détendre de la continuité d'efforts qu'exigeait une pareille tâche, Taquarelle, très librement traitée par Huet, lui permettait de-saisir sur le vif les aspects les plus fugitifs de la nature : un vol de nuages, un lever de brouillard, des terrains fauves brûlés par le soleil, un bout de plage avec quelques arbres chétifs, cramponnés au sol et secoués par le vent. Dans ces pochades rapides, toutes les indications ont un cachet de force et de vérité. A cet amas de renseignements ainsi recueillis un peu partout, se joignaient des études de figures et d'animaux très habilement enlevées.

Loin d'être amoindrie par ce commerce assidu avec la nature, son imagination, mieux réglée désormais, s'était développée. Lui qui, sous prétexte de poésie, s'abandonnait, dans ses premiers tableaux, à toutes les exubérances d'un romantisme échevelé, il était maintenant capable, dans des compositions inventées de toutes pièces — comme les illustrations qu'il fit en i838 pour Paul et Mrg'mie et pour la Chaumière indienne^ — de retracer, comme s'il y avait assisté, les épisodes les plus dramatiques : l'Ouragan, ou le Naufrage du Saint-Géran. Une simple étude, exécutée probablement au .lardin des Plantes, lui servait de point de départ pour cette Allée de Bambous secouée par la tempête et envahie par les eaux du Gange débordé, une pure création, mais tout à fait émouvante de vérité et de pathétique.

Après ces excursions dans le domaine de la fantaisie, Huet revenait avec bonheur à ses études prochaines, en Normandie, son pays de

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