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L'INONDATION DE SAINT-CLOUD

prédilection, ou aux environs de Paris. V Inondation de Saint-Cloiid iMusée du Louvre) peut être considérée comme le résumé de ces études et la plus haute expression de son talent. On connaît cette belle composition, si fortement établie dans son ordonnance et dans son effet, avec ses grands ormes élancés qui, à demi dépouillés par l'automne, s'enlèvent sur jin ciel mouvementé où courent des nuages chargés de pluie. D'une exécution robuste et magistrale et d'une harmonie très puissante, cette belle toile a grande allure et fier aspect. L'œuvre, de beaucoup la meilleure que le peintre ait produite, figurait à l'Exposition Universelle de i855, où son succès fut unanime. Delacroix, qui l'avait vue avant l'ouverture, était heureux d'écrire à son ami : « Votre grande Inondation est un chef-d'œuvre; elle pulvérise la recherche des petits effets à la mode.... J'espère que vous serez content de ce que tout le monde en dira, car mon jugement est celui que j'ai entendu porter par tous ceux qui vous ont vu. » (21 avril i855.)

Huet trouvait dans les témoignages de sympathie qui lui furent prodigués à ce moment, la récompense de toute une vie de labeur. Les consécrations officielles cependant devaient lui manquer. Désintéressé et modeste, tout en ayant conscience de sa valeur, il n'avait jamais recherché les faveurs du pouvoir et sans trop se plaindre, plus d'une fois, à ses débuts, il avait subi les injustes rigueurs des Jurys du Salon. En relations affectueuses avec les princes de la famille d'Orléans, notamment avec le duc de Montpensier, il conservait vis-à-vis d'eux sa réserve, mais il leur témoignait toute la fidélité de son attachement après la chute de Louis-Philippe. Dans ses dernières années, répondant à un ami qui s'étonnait de le voir tenu à l'écart, il écrivait avec une simplicité charmante : « Ne pouvoir plus mettre sur la toile les quelques pensées que j'ai encore vives et claires dans le cerveau, j'ai quelque peine à m'habituer à cette idée. Ne vous étonnez donc pas si quelquefois déjà, je vous ai écrit des phrases découragées.... Songez combien il y a longtemps que je lutte et si personne n'a mis plus d'obstination que moi dans cette vie de bouchon de liège, toujours renfoncé et revenant toujours à la surface. » (16 septembre 18D9.) Il ne continuait pas moins à travailler et jusqu'à la fin de sa vie il se faisait remarquer aux expositions par des envois très honorables. C'est à son chevalet que, le 9 janvier 1869, une attaque d'apoplexie surprenait le vaillant artiste qui,

p. BONINGTUN. — L EMBOUCHURE DE LA TOUQUE. (Lithographie de Th. Chauvcl.)

par la vigoureuse .santé de son talent, avait atlermi notre école dans ses voies nouvelles. Ouvrier de la première heure, il a fait plus qu'entrevoir la terre promise : il y est entré, et, à sa suite, toute la glorieuse phalange de nos paysagistes contemporains.

Si, de son vivant, Alexandre Decamps a joui d'une réputation plus grande que Paul Huet. et s'il a exercé une inHuence peut-être supérieure à la sienne, son nom aujourd'hui semble un peu plus effacé. Très curieux, très chercheur, il s'est essayé dans des genres bien différents: mais manquant d'une instruction suffisante, bien qu'il en ait senti les lacunes, il n'a jamais songé à la compléter. Né à Paris, le 3 mars i8o3. il nous apprend lui-nième' que « la violence et la brutalité avec lesquelles il traitait ses frères ne laissaient rien augurer de bon à son égard », et que son père l'avait envoyé « au fond d'une vallée presque déserte de la Picardie, pour lui faire connaître de bonne heure la dure

I. Note autobiographique adressée au docteur Véron cl insérée par lui dans les Mémoires d'un bourgeois de Paris. Voir aussi : Decamps, par Ch. Clément (Librairie de l'Art) et Ad. Moreau : Decamps et son œuvre: Paris, 1869.

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