‹ Les maîtres du paysageChapitre 124 sur 193 · A. DE CAMPS · texte numérisé non relu

A. DE CAMPS

DiCCAMPS. — LK BAIN UI-;S MLSKS.

(Lithographie de L. Français.)

vie des champs ». Pendant les trois années qu'il y passa, il « mit la persistance la plus opiniâtre à faire l'école buissonnière... errant à l'aventure, parcourant les bois, barbotant dans les mares ». Rentré à Paris pour y être « livré à l'inexorable latin, sa mère parvint à l'apprivoiser et le décrasser un peu »; mais le souvenir de ses vagabondages lui revenait toujoui-s à l'esprit et « peu à peu le goût du barbouillage s'étant emparé de lui, ne le quitta plus ». Il avait alors fréquenté l'atelier d'un peintre obscur, Etienne Huhot, puis celui d'Abel de Pujol, et, dégoûté bientôt de leur enseignement, il avait peint chez lui quelques petits tableaux qui, par malheur, lui furent achetés; comme il le dit, « dès lors son éducation de peintre fut manquée ». Sans direction, il restait abandonné à lui-même, et les nombreuses caricatures qu'il faisait pour vivre, en développant chez lui un penchant naturel à la charge, ne devaient pas non plus être bien favorables à la formation de son talent. Après quelques études sommaires dans la banlieue de Paris, il avait voyagé, d'abord en Suisse, puis en Turquie et en Asie Mineure. L'Orient commençait à être à la mode et Decamps contribua particulièrement à accroître cette vogue; mais, trop mal instruit comme peintre, il y avait

aussi trop peu séjourné pour en rapporter autre chose que des informations superficielles. Travaillant à l'atelier sur ces renseignements incomplets, avec des souvenirs fugitifs et des impressions de plus en plus vagues, Dccamps s'absorbait presque exclusivement dans la recherche de colorations éclatantes obtenues au moyen d'empâtements excessifs, de glacis, de grattages et de remaniements réitérés. Toute cette cuisine devait inévitablement aboutir à une rapide détérioration de sa peinture. Par suite de ces manipulations trop fréquentes, la plupart de ses tableaux commencent, en effet, à se désagréger et quelques-uns même, comme les Chevaux de halage du Louvre, ne sont plus qu'une ruine. On est un peu surpris aujourd'hui des prodigieux succès qu'obtinrent plusieurs des œuvres de l'artiste : la Sortie de l'École, les Enfants turcs, la Patrouille, etc. La Défaite des Cimbres, elle-même, que le Louvre doit à la générosité de M. Cotticr, est une composition cahoteuse, manquant de centre et d'unité. Parmi cette mêlée confuse, où les lignes des fuyards, les terrains, les montagnes et les nuages s'étagent en bandes parallèles, le regard ne sait où se fixer; les ombres, où dominent uniformément des jus bitumineux, ajoutent encore à la monotonie de l'aspect.

C'est dans des sujets plus simples et de dimensions plus restreintes que Decamps donne mieux sa mesure, et ses Jleux Chasseurs sous la pluie, ses Mendiants à la porte des chaumières, ses Cours de Ferme et ses Chenils, ont une saveur piquante d'observation et de vérité relative. Dans ce genre, il convient surtout de citer ses Chercheurs de Truffes comme une de ses œuvres les plus fortes et les plus originales. Le legs de la collection Thomy-Thiéry a fait entrer dans notre musée dix-sept tableaux qui montrent bien les acceptions diverses du talent du maître. Il est cependant mieux représenté encore dans la collection de sir Richard Wallace, le Marquis d'Hertford, grand admirateur de Decamps. ayant acquis de son vivant un grand nombre de ses aquarelles, entre autres le Bain des Muses, — très bien lithographie par Français, et des tableaux tels que : la Pêche Miraculeuse, avec sa mer d'un bleu sombre très puissant; les Arabes près d'une Fontaine, et surtout la Rade de Sniyrne, une des impressions les plus franches que l'artiste nous ait laissées de l'Orient. Vers i853, la santé de Decamps s'étant altérée, il s'était établi dans le Midf où le tableau des Murailles d'Aiguës- Mortes (Musée du Louvre et quelques études qu'il peignit alors d'après nature

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