I. Sûtes sur l'At-t moderne : Corot, p
dès son arri%'C'c à Rome, en 1K2D. Dans le ciel d'un bleu léger, blanchissant à l'horizon, flottent quelques nuages doucement noyés dans l'atmosphère : au loin, bleuâtres et veloutées, les montagnes latines se profilent en molles ondulations. Sans effort, avec des tonalités prochaines, les plans sont exactement définis et lesjùaleurs. locales joujours respectées. Il semble, tant l'a-ii est exercé, la main docile, l'exécution à la fois naïve et sûre, que rien ne soit plus facile que cet art dont la poésie est faite de sincérité absolue. Les mêmes qualités, avec une singulière diversité dans les intonations, recommandent d'autres études de cette époque: la Foiilahie du Bosco à la Villa Médicis, la Villa d'Esté à Tivoli, les Bords du Tibre et le Château Saint-Au^e. d'un dessin si ferme, d'une harmonie si grave et si limpide.
Que de bonnes heures s'écoulaient ainsi pour lui pendant ce séjour à Rome, avec la liberté dont les artistes y jouissaient alors et les relations affectueuses que des goûts pareils amenaient rapidement entre eux I \ ce moment, dans la société cosmopolite qui s'y trouvait réunie. (]orot pouvait rencontrer Léopold Robert avec lequel il s'était bientôt lié, Edouard Bertin, Aligny ,1 798-1 871) qui, par la distinction de son talent et de sa personne, s'était acquis une grande considération, Schnetz. Bodinier et bien d'autres encore. Chaque soir, après le travail de la journée, on se retrouvait dans le frugal restaurant du Lèpre, qu'ont fréquente depuis tant d'artistes français ou étrangers. Les prix y étaient modiques et la nourriture plus que médiocre; mais avec ses dents solides et ses estomacs courageux, toute cette jeunesse, affamée par la vie au grand air, faisait largement honneur à ces menus équivoques. Timide, un peu gauche, au milieu de ces compagnons plus dégourdis, le nouveau venu s'était d'abord senti assez dépaysé. Il n'aimait guère à parler de lui et il travaillait à l'écart. Cependant sociable, comme il l'était aussi, sa bonhomie joviale avait fini par le mettre à l'aise avec ses commensaux. Au risque de subir leurs plaisanteries, il les égayait par des chansons dites d'une voix juste, avec un entrain spirituel. Corot était trop fin pour ne pas s'apercevoir qu'on le traitait un peu comme un brave garçon sans conséquence, et il avait trop bon caractère pour s'en offusquer. Une circonstance imprévue devait mettre un ternie à ces railleries, d'ailleurs innocentes, et donnera celui qui en était victime la place que lui méritait son talent.