‹ Les maîtres du paysageChapitre 14 sur 193 · I. Cadore, or Titian's Country; Londres · texte numérisé non relu

I. Cadore, or Titian's Country; Londres

et dont il croit reconnaître l'analogie positive dans les tableaux du peintre. Les photographies que nous avons recueillies et les dessins que nous avons pris nous-même, au cours d'une excursion récente dans cette région, rapprochés d'autres photographies de ces mêmes tableaux, ne nous ont point paru se prêter aussi complaisamment à l'identification précise des localités désignées par M. Gilbert. Si parfois, dans cette e.xcursion, nous avons rencontré quelques ressemblances entre certains paysages du Titien et certains aspects que nous offrait la réalité, elles demeurent toujours assez vagues. Ce sont des réminiscences, jamais des portraits. Enserrée dans un cercle restreint de montagnes très élevées', cette contrée est d'un caractère tout à fait alpestre et sauvage, qui n'apparaît jamais chez le Titien. Jamais, en effet, l'artiste n'a représenté l'aspect étrange qu'offrent quelques-uns de ces pics, avec les dentelures profondes de leurs cimes et les neiges dont elles sont couronnées. Si parfois on les retrouve dans ses dessins, notamment dans lEiiievemeiil d'Europe (Musée du Louvre) et dans une autre grande composition qui lui fait pendant, ce sont des motifs qu'il a pu noter au passage, ou dont il s'est souvenu, mais que, d'ordinaire, il n'a pas introduits dans ses tableaux. Durant toute sa vie, il est vrai, il n'a pas cessé de venir, à des intervalles assez rapprochés, dans sa ville natale. Mais actif et passionné pour son art, pressé de commandes comme il le fut toujours, ses séjours à Cadore devaient être de courte durée, car la maison de famille, très exiguë, ne se prêtait guère à la résidence d'un homme de sa condition et qui ne pouvait longtemps rester désœuvré. Il n'hérita d'ailleurs de cette maison qu'en i56o, à la mort de Francesco, son frère aîné. En revenant de Venise, leTitien trouvait sur sa route des régions plus variées, plus riches, mieux proportionnées à l'homme et, par conséquent, mieux faites pour lui plaire. A mi-chemin, vers Cesncda et Serravalle, — où l'attirait sa fille bien-aimée Lavinia, qui s'était mariée dans cette dernière localité, — de tous côtés s'offraient à lui les perspectives les plus pittoresques, vers les Alpes et leurs contreforts étages, vers la vallée, ses cultures et ses beaux ombrages, et vers la mer, assez voisine. Il semble que ce fût là une contrée à souhait, où il avait sous la main tout ce qui fait le charme du paysage. Le même

I. I.es altitudes de ces montagnes varient de 25oo à plus de 3ooo inètres.

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