N. DIAZ. — MARE DANS UN TAII.I.IS
(Collection de M. Gould.)
rayons découpe franchement sur le terrain leurs ombres fortes et courtes. Il a plu la veille et quelques tiaques d'eau persistent dans les gazons dont la verdure rafraîchie contraste avec le sombre feuillage des chênes. C'est à la fois l'opposition de ces verts si différents et celle de la lumière éclatante avec FmteiTsîfé^des ombres qui ont tenté le peintre et qu'il a su exprim^er avécline justesse et une puissance singulières.
C'est aDssrrënTpIein été que Rousseau a peint le Vieux Dormoir du Bas-Bréau, qui appartient également au Louvre. Mais ici les arbres au lieu de nous être montrés tout entiers, sont coupés à mi-hauteur par le cadre. L'idée première de ces Sous-Bois, jusqu'alors négligés par les paysagistes, a été suggérée au maitre par la nature elle-même. En nous permettant de mieux apprécier les imposantes proportions de ces arbres qui ne peuvent être embrassés dans toute leur hauteur par le regard, ces compositions, ainsi délimitées, nous placent au cœur même de la forêt et nous font pénétrer dans sa vie intime.
Tous les arrangements pittoresques de lignes, de tonalités et d'effets que peut offrir la nature, Rousseau les a expérimentés et pratiqués. Kn les combinant entre eux, il en a tiré un merveilleux parti. C'est ainsi que dans la Sortie defoix'l du calé de Br-àle (Musée du Louvre), qui fut
exposée au Salon de i83i , il sait très heureusement associer deux dispositions décoratives très différentes pour exprimer à la fois le calme de la forêt et celui de la campagne au déclin du jour. Groupés sur la lisière du bois, quelques troncs de chênes et de hêtres séculaires se détachent en vigueur sur un ciel doré où flottent de légers nuages empourprés par le couchant. Sous la voûte de leurs ramures entrelacées, s'encadre une plaine immense, semée de quelques buissons. Le disque à moitié entamé du soleil va bientôt disparaître à l'horizon et une brume rosée estompe déjà et noie peu à peu les silhouettes des broussailles éparses. Par sa construction et sa tenue magnifique ce tableau compte parmi les chefsd'œuvre du grand paysagiste.
Rousseau aimait les espaces vagues qui avoisinent la forèt^eL-perniettent ainsi de voir à bonne distance ses grands arbres et de jouir de la diversité de leurs formes. Cette disposition, qui lui plaisait, lui a fourni de nombreux motifs. Dans plusieurs d'entre eux nous retrouvons cette silhouette arrondie en éventail qu'il avait déjà donnée au Four banal et à la Lixil're de bois à L'Isle-Adam. Par les inflexions légères et délicatement rythmées qui ôtent à une pareille disposition ce qu'elle pourrait avoir de trop régulier, il a su en tirer un très heureux parti. Dans le tableau : Après la pluie, le piquant de l'effet ajoute au pittoresque de la composition. Des chênes élancés, encore dans l'ombre, se détachent en vigueur sur les nuées assombries et. derrière eux, d'autres arbres, baignés de lumière, s'enlèvent brillants, dans le lointain, sur un ciel rasséréné. 11 y a là un contraste saisissant dont le spectacle frappe toujours vivement dans la réalité et que l'artiste a su rendre avec un art accompli.
Le plus souvent, c'est l'âpre sauvagerie de la forêt qui attire l'artiste vers , ses coins les plus désolés. Sous un jour brun>eux, il aime à peindre les mornes solitudes des gorges d'Apremont, ou la plaine sablonneuse de Franchart, avec ses amoncellements de rochers et ses rudes broussailles que dominent quelques bouleaux malingres, secoués par le vent. Cette lutte de la végétation contre l'aridité et la pauvreté dtr terrain lui a même inspiré un de -se» pUi&-be&ux ouvragesj" un de ceux qui résument le mieux le caractère même de la forêt et celui de son propre talent : le Chêne de roche exposé au Salôii dé iX5"i, un vieil arbre ragot, meurtri et ravagé par le temps, fortement cramponné au sol par ses