COMPOSITIONS DE MILLET
N. DIAZ. — SOUS-UOIS.
Musée du Louvre. (Phot. GirauJon.)
souvent le paysage n'intervient que très disciètement dans les compositions de Millet ; mais réduit à ses traits les plus saisissants, il seit de commentaire expressif aux épisodes agrestes, dont il précise la signification. On y sent toujours l'union étroite, indesti'uctible, du travailleur rustique avec la terre nourricière. C'est la campagne nue, avec ses longs sillons dans lesquels le semeur, au pas rythmé, jette d'un geste auguste la semence ; c'est au loin le petit village et son modeste clocher où, dans l'apaisement de la journée finie, l'Angelus tinte lentement ; c'est la plaine moissonnée, avec les hautes meules près desquelles de pauvres femmes courbées glanent péniblement quelques épis oublies'; «c'est le sol pierreux que l'homme 'à te lTOTre,-h'êbëteZsQUS leiLJU:dfiur&-d^^^ s'épuise à purger des mauvaises herbes ; c'est la forêt, couverte de son linceul de neige, à travers laquelle deux paysannes ploient sous leur faix de branches mortes, ou encore les horizons monotones des champs alignés sous la pluie, avec la silhouette du vieux berger trempé jusqu'aux
os, au milieu de ses moutons, tètes basses, serres les uns contre les autres, dans leur inertie résignée.
De temps à autre, quelques scènes moins austères s'encadrent d'un décor plus aimable; comme cette haie rougie par l'automne près de laquelle deux fillettes interrompent leur tricot pour suivre au haut du ciel le vol triangulaire des oiseaux émigrants; ce bois où s'engage la jeune pastoure rapportant affectueusement dans ses bras le petit agneau qui vient de naître et que sa mère accompagne de ses bêlements inquiets; ou bien l'humble jardinet témoin des premiers pas d'un marmot, sous les regards émerveillés de ses parents. Quelquefois la part faite par Millet à la nature est moins restreinte et il s'est même essaj'é au paysage pur. Malhabile à nous en montrer les gaietés, il n'est arrivé dans le Printemps du Louvre qu'à une (euvre incohérente et gauche, d'un dessin à la fois mou et appuyé, d'une couleur criarde et diaprée à l'excès. Si avec des données mieux faites pour l'inspirer, la lourdeur de sa main le trahit encore, il rachète du moins ses défaillances par la sincérité de l'expression. Son Hiver avec la campagne désolée et déserte au milieu de laquelle une herse et une charrue gisent abandonnées, et son ciel brumeux où tournoie le vol innombrable des corbeaux croassants, est d'une impression aussi vraie que dramatique. Quant au Parc à Moulons., c'est un pur chef-d'œuvre et jamais le silence de la nuit et les vagues étendues de l'espace n'ont été rendus avec plus de poésie. De ces tons effacés et de ces formes indécises, l'artiste a su composer un tableau inoubliable. Grâce à la sûreté de son instinct, les hésitations et même le tremblement de son pinceau l'ont ici bien servi, en communiquant à son travail je ne sais quoi de Hottant et d'immatériel et en donnant à ce simple motif un caractère ineffable de mystère et de grandeur.
Dans le choix des données qui surtout les attirent, Rousseau et Millet, on le voit, obéissent à un idéal pareil, et leur exécution à tous deux viT>e plus à Ja force qu'à la grâce et à Télégance. Leur amitié étaft dévenue de plus en plus étroite: ils avaient besoin l'un de l'autre et se complétaient mutuellement. Leur fécondité s'affirmait, d'ailleurs, pardes oeuvres nombreuses, fruit d'un labeur assidu, mûri par la réflexion. Autour d'eux, une colonie d'artistes, attirés par leur réputation croissante, s'était peu à peu fixée à Barbizon. Un des premiers, Charles Jacque s'y était établi.
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