‹ Les maîtres du paysageChapitre 147 sur 193 · SUCCÈS CROISSANTS DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

SUCCÈS CROISSANTS DE ROUSSEAU

sèment çà et là quelques accrocs de lumière sur le velours des mousses, sur les rocîiers grisâtres, ou sur la blancheur éclatante des bouleaux. Son Sous-Bois, de la collection Thomy-Thiéry, peint en i853, est, en ce genre, un de ses meilleurs ouvrages. Bien mieux que ses Orientales de rencontre ou ses molles figures allégoriques, insignifiants pastiches du Corrège et de Prud'hon, qui tiennent dans son œuvre une trop large place, ses intérieurs de forêt et même ses déserts sablonneux méritent de faire vivre son nom. Diaz avait trouvé sa voie à Barbizon, et quand, après chacun de ses séjours, il rentrait à Paris avec sa moisson d'études et de tableautins et que les artistes lui faisaient fête, modestement, en bon camarade, il reportait aux enseignements de Rousseau l'honneur de ses succès et ne se lassait pas de vanter chaleureusement le talent du maître. « Ce que je fais est peu de chose, disait-il, mais il y a là-bas un solitaire qui fait des merveilles. »

L'Exposition Universelle de i855, où Rousseau n'avait pas moins de treize paysages, et où il obtint la médaille d'or, acheva de consacrer sa réputation. Avec des œuvres récentes comme la Lisière des monts Girard, les Chênes d'Apremont, et deux Sorties de bois, on y retrouvait d'autres tableaux plus anciens, dont les motifs étaient pris dans la forêt de L'Isle-Adam, en Normandie, dans les Landes et dans le Berri. L'ensemble donnait bien l'idée de la force et de la variété des productions de l'artiste. Grâce à son succès, les achats des amateurs et des marchands étaient devenus plus nombreux, et une aisance relative succédait à la gêne d'autrefois. Avec sa bonté habituelle, Rousseau avait hâte d'en faire profiter Millet, moins favorisé par la fortune. Pour lui venir en aide, tout en ménageant sa fierté, il usait d'un procédé aussi ingénieux que délicat et achetait lui-même, pour 4000 francs, sous le nom d'un soi-disant Américain, le Greffeur, qui figurait également à l'Exposition de i855. Le secret fut si bien gardé que Millet ne découvrit que trois ans plus tard la généreuse supercherie imaginée par son ami.

En même temps, Rousseau se donnait la satisfaction d'approprier un peu sa modeste demeure de Barbizon, qu'il n'aimait plus guère à quitter. Un toit de tuiles avait remplacé le chaume dont elle était jusquelà couverte, et l'artiste cherchait à l'orner d'objets faits pour charmer ses regards et pour l'intéresser. Amoureux des couleurs brillantes, il s'était donné des colibris au plumage éclatant; il achetait des médailles,

JULKS UUI'RIC. — ENVIRONS DE SOUTHAMPTON.

(Lithographie de Français.)

des -estampes japonaises qu'il prenait plaisir à feuilleter, des eaux-fortes et des dessins de maîtres, entre autres une étude à la plume et à la sépia exécutée par Rembrandt pour la Pièce aux cent Jlorius'. et même un tableau de van Goyen. A l'un de ses élèves qui copiait ce tableau, il en expliquait les mérites : « Celui-là, disait-il, n'a pas besoin de beaucoup de couleurs pour donner l'idée de l'espace. A la rigueur, on peut se passer de couleurs; mais on ne peut rien faire sans rharniomeï.» Aussi recommandait-il avant tout de procéder par masses et de bien respecter les valeurs, afin de conserver l'unité d'impression. « Ce qui finit un tableau, ajoutait-il, ce n'est pas la quantité des détails; c'est la justesse de l'ensemble. Le tableau n'est pas seulement limité par le cadre. N'importe dans quel sujet, il y a un objet principal sur Fequel vos yeux se reposent; les autres objets n'en sont que le complément; ils vousjjiiéressent moins.... Cet objet principal devra aussi frapper davantage celui qui regarde votre œuvre. Si, au contraire, votre tableauèst exécuté ave<i , un fini précieux d'un bout à l'autre de la Toil<»,Ji^spprfatpi^r le regarduaavec indifférence. Tout l'intéressant, rien ne l'intéressera. »

T. Cette étude appartient aujourd'hui :iu Muscc do Berlin.

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