‹ Les maîtres du paysageChapitre 148 sur 193 · VOYAGES D'ETUDE · texte numérisé non relu

VOYAGES D'ETUDE

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Musée du Louvre. (Phol. Neurdein.)

Ainsi qu'il arrive souvent, en donnant ces conseils à son élève, Rousseau se les donnait aussi à lui-même, car, bien que préoccupé de l'unité de l'aspect, il arrivait que, dans les nombreux remaniements de ses tableaux, il s'écartait graduellement de l'impression initiale et l'affaiblissait. Toujours inquiet du mieux, et désireux de pousser l'exécution aussi loin que possible, il ne savait pas plus qu'autrefois s'arrêter à temps. Aussi essayait-il de se mettre en garde contre cette disposition invétérée, et, invoquant tour à tour l'autorité de Rembrandt et de Claude Lorrain, il revenait sans cesse sur ce grand principe de l'unité que, sous des formes variées, tous les maîtres ont affirmé.

Afin de sortir de lui-même et de se renouveler, Rousseau avait compris que de temps à autre il lui serait utile de changer un peu d'hoi'izon et de quittei- momentanément la forêt, ne fût-ce que pour revenir à elle avec plus de plaisir. C'est ainsi qu'en i8b- il faisait un séjour d'étude à Picquigny, en Picardie, et qu'il passait l'automne de i8()3 dans le Jura, au col de la Faucille, où l'attiraient les souvenirs de sa jeunesse. Un grand dessin qu'il fit d'après les sources du Lison, un petit cours d'eau encaissé, sortant d'un cirque de hautes montagnes, lui avait procuré des

jouissances de travail délicieuses : « Vojez ce Lison, disait-il, en montrant ce dessin à des amis, ne vaut-il pas l'Eurotas? » Kn 1863, il s'installait dans l'Artois, avec l'intention, qu'il ne put réaliser, de pousser jusqu'à Boulogne pour y peindre des marines.

Les étangs de la Sologne l'avaient aussi attiré. 11 aimait l'eau, qui lui manquait un peu dans la forêt. Mais toutes les mares qu'elle renferme lui étaient connues et, pour la plupart, il les avait peintes. Rarement il se faisait faute d'introduire quelque flaque d'eau dans ses compositions. En même temps que cette introduction d'un des éléments pittoresques les plus essentiels lui permettait de mieux établir l'assiette de ses paysages, il leur donnait ainsi plus de vie et de diversité. Le ciel et les arbres voisins reflétés dans ce tranquille miroir s'y paraient de colorations plus savoureuses qui, étalées au centre même de ses compositions, leur ajoutent un charme piquant.

Bien que le prix de ses tableaux se fût graduellement élevé, la situation de Rousseau ne s'était guère améliorée. Sans être dépensier, il ne comptait guère et l'argent glissait entre ses doigts. Il avait donc traversé encore des périodes passagères de gène, et il eut même un instant la pensée de quitter la France pour s'établir à Amsterdam où il comptait des admirateurs fervents, puis en Angleterre ou en Amérique. Mais encouragé par des amis, il avait fait quelques ventes et reçu quelques commandes qui lui procurèrent de nouveau un peu d'aisance.

Ervj866, Rousseau était nommé membre du jury du Salon et, dans l'automne de cette même année, il avait été compris sur la liste des invitations faites par l'Empereur pour un séjour au palais de Compiègne. Flatté de cet honneur, il crut que c'était pour lui l'occasion d'exprimer en haut lieu ses opinions sur l'art, sur les musées, sur les rapports de l'administration avec les artistes, etc. Il s'était donc efforcé de réunir et de relier entre elles ses opinions à cet égard et de les condenser en un programme qu'il exposerait de son mieux à son hôte. Il se promettait de lui parler très librement. « Ah! je lui en dirai de bonnes, en bons termes, dignes, graves et fermes. » Il avait été écouté avec une patience indifférente qu'il avait prise pour de la sympathie et, dans sa candeur, il il se flattait bien vainement que cet entretien, auquel il attachait une extrême importance, porterait ses fruits. L'année d'après, la réputation toujours croissante du maître le désignait au choix du gouvernement

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