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PAYSAGES INTIMES

en. DAUBIGNV. — LU CllIi.MIN.

(Collection de M. Mesdag.)

en rapport avec son tempérament, et les Ewirons de Choisj'-le-Roi exposés aussi en 1843 — des saules penchés au-dessus d'une eau morte envahie par des nénufars, — marquent un progrès décisif. Le petit pâtre, égaré en ces parages avec sa peau de bique et sa cornemuse, semble, il est vrai, emprunté à un croquis fait en Italie; mais la prairie en fleurs, les grandes oseilles et la végétation luxuriante qui garnissent les berges de cette mare dénotent une étude plus attentive et respirent déjà un bon parfum d'aimable rusticité. L'artiste dès lors avait trouvé sa voie. Vivant en commerce intime avec la nature et lui trouvant assez de charme pour ne demander qu'à elle seule l'intérêt des œuvres qu'elle lui inspire, il inclinera de plus en plus vers la simplicité. Les bords de la Seine et de l'Oise, le Morvan et la Picardie où il fit alors des séjours, lui montrent tour à tour des contrées très différentes dont il s'applique à respecter le véritable caractère. Son talent s'est assoupli et une possession plus complète des ressources de son art lui permet d'exprimer avec plus de décision et d'autorité les traits significatifs qui font la vie et la poésie d'un paysage.

Quand éclata, en 1848, la révolution de laquelle il attendait la réali-

sation de visées humanitaires, chez lui plutôt instinctives que raisonnées, Daubigny commençait à être connu et il obtenait au Salon de cette année une médaille de seconde classe. L'été de cette même année le ramenait dans le Dauphiné qu'il avait déjà visité. Les grands étangs de cette contrée pittoresque devaient encore l'y attirer plus d'une fois et les nombreux ouvrages qu'elle lui a inspirés attestent le charme qu'il y trouvait. C'était, au Salon de i855, VÉcluse de la Vallée d'Oplevoi, avec le calme d'une belle après-midi d'automne, des arbres à demi dépouillés sur un ciel placide et un ruisseau courant sur des cailloux parmi lesquels sautillent des bergeronnettes; ou bien cet Etang de Gj'lieu dont la nappe s'étale entourée d'une ceinture de joncs et de roseaux et dominée par des collines dont les pentes sont semées de grands arbres.

L'eau exerçait sur Daubigny une séduction irrésistible et il excellait à rendre la diversité de ses aspects. Dans la Mare aux Cigognes ( i853) de la collection Thomy-Thiéry, c'est une eau stagnante, aux profondeurs transparentes, dont il nous montre la végétation très particulière et au milieu, un petit chêne rabougri, au tronc noueux, aux branches nerveusement enchevêtrées. Aux environs de Paris, le peintre aimait à retrouver les perspectives, pour lui familières, de cet aimable pays d'Auvers, avec le cours de l'Oise, ses îles et sous les ciels bleus où s'arrondissent de beaux nuages blancs, de grands peupliers bruissant au moindre souffle; ou bien des coins plus intimes, comme le Ru de Valmondois, ses eaux claires et ses frais ombrages, avec des laveuses espacées sur les rives et des linges blancs séchant au soleil.

L'attrait que l'eau avait pour le paysagiste était tel que, les longues séances d'études passées auprès d'elle ne lui suffisant pas, il avait fini par réaliser le rêve longtemps caressé de vivre sur elle, pour en jouir à toutes les heures du jour et de la nuit. Dès qu'il l'avait pu, il s'était fait construire un bateau aménagé à sa guise, le Botin, sorte d'atelier flottant qu'il amarrait aux bons endroits, afin d'y peindre par tous les temps, abrité du soleil ou de la pluie, les motifs qu'il pouvait ainsi librement choisir. Dans une suite d'eaux-fortes qu'il a consacrées à son bateau', l'artiste a pris plaisir à raconter les aventures de ses croisières. Tous les menus incidents de sa vie lacustre nous ont été retracés par

I. Voyage en bateau, croquis à l'cau-tVirte pur Daubigny, 1862.

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