CH. DAUBIGNÏ. LE MARAIS
Musée du Louvre. (Phot. Giraudon.)
geurs affairés détachent des ceps pour les porter à une cuve amenée par deux bœufs qui reposent au milieu du chemin. Les pampres déjà dorés ou empourprés par l'automne, la langueur d'une atmosphère où flottent des senteurs vineuses, la simplicité et l'ampleur du motif, la largeur même d'une exécution magistrale, tout ici est expressif et s'accorde avec le sujet.
Grâce à la clairvoyance acquise par les consultations assidues qu'il demandait à la nature, Daubigny arrivait bien vite à discerner et à rendre le véritable caractère de contrées nouvelles pour lui. D'un voyage assez rapide fait en Angleterre, il rapportait quelques études où étaient très exactement reproduits les divers aspects qui l'avaient frappé. La Tamise à Erith {coWecnon Thomy-Thiérj-), datée de 1866, pourrait en servir de preuve. Sous un ciel de plomb qui essaie en vain de se nettoyer, le fleuve étale, entre les maisons et les bateaux de tonalités très intenses, — des bruns, des gris foncés et des rouges noirâtres, — la nappe de ses eaux claires et limoneuses, et, bien que très franchement accusé, ce contraste est, sans aucune dureté, d'un effet très puissant. De même, la Meuse à Do?- drec ht (Exposition universelle de 1900) rappellera à tous ceux qui ont vu la Hollande un des paysages les plus typiques de cette contrée plantureuse.
Le maître possède au plus haut degré le sens du tableau. Chacune de
ses œuvres est d'une cohésion parfaite : toutes attestent l'entrain et le plaisir de peindre. Mais si, avec la souplesse de son talent, il est devenu capable d'exprimer toutes les impressions qui le frappent, cependant la grâce de la campagne dans ses coins les plus agrestes, les abords des villages, les vergers et les prés qui les entourent, les ruisseaux et les rivières l'attirent plus que les bois et les forêts. Ces séances de travail dans des sites humides, aux heures dangereuses des vapeurs matinales ou des moiteurs du soir avaient, à la longue, fini par altérer sa santé. En 1872, tourmenté par la goutte, il fit un premier séjour à Uriage, puis dans les Pyrénées aux eaux de Cauterets. Il se sentait menacé, mais, « avant de s'en aller, il aurait désiré faire encore une série de tableaux ». Le mal cependant avait empiré et, condamné à garder l'atelier, l'artiste abordait des compositions au%uelles il pensait depuis plusieurs années, mais pour lesquelles il n'avait pas amassé des études suffisantes. Comme diversion à ses souffrances, il avait voulu, ainsi qu'aux jours heureux, tenter, en 1876, une croisière à bord du Boliii et il remontait la Seine jusqu'à Pont-de-l'Arche, en faisant escale aux Andelys. Cette imprudence ne lui ayant pas réussi, il était revenu à son cher pays de l'Oise où, tant qu'il put, il continuait à peindre. Le 11 février 1879, il mourait à Valmondois.
De sept ans plus âgé que Daubigny, Constant Troyon' naquit à Sèvres où ses parents étaient employés à la manufacture de porcelaine. L'enfant, mis en apprentissage dans cet établissement, manifesta de bonne heure ses dispositions pour la peinture, et son parrain,. M. Riocreux, directeur de la manufacture, ayant vu ses premiers dessins faits d'après nature, s'intéressa à lui et confia son instruction à Victor Berlin qui exerça sur lui, au début de sa carrière, une assez grande influence. La tendresse et le dévouement de sa mère, à laquelle il conserva toujours la plus reconnaissante affection, lui permirent de se consacrer tout entier à son art. Comme il travaillait un jour dans la campagne, aux environs de Sèvres, Roqueplan fut frappé de sa facilité précoce et l'en-
I. V. sur Troyon une Etude de Ch. Blanc dans les Artistes de mon temps, 1876; et surtout rexccllente monographie de M. A. Hustin dans la collection des Artistes célèbres.
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