G. COURBET. LA VAGUE
Musée du Louvre. (Phot. Neurdein.)
saniment reproduit sa propre image. Fort heureusement le paysagiste seul doit nous occuper. Né en i8ig, dans la petite ville d'Ornans, au cœur d'une contrée accidentée et très pittoresque, Courbet a su retracer avec autant de vérité que de force quelques-uns de ses aspects les plus saillants : les assises de roches grisâtres qui affleurent les sommets des vallées encaissées de la Loue, les capricieux détours de cette jolie rivière, ses eaux claires et rapides, les harmonies très franches qu'offrent, au cours des saisons, ses coteaux couverts de neige, ses bois, d'une verdure luxuriante en été, ou parés, en automne, des colorations les plus éclatantes.
La Remise des Chevreuils donnée au Louvre par une société d'amateurs, et dans laquelle à la beauté d'un motif cher à l'artiste — les Chevreuils sous Bois légués par Mme Boucicaut, le Ravin du Puits Noir, etc., n'en sont, en etfet, que des variantes — se joint le mérite d'une exécution à la fois puissante et délicate, nous parait, en ce genre, le chef-d'œuvre de Courbet. Nous ne connaissons pas d'ailleurs de peinture où soit plus fortement évoqué le charme d'une eau courante s'écou-
lant, par une belle journée d'été, au milieu d'éboulis de roches moussues, sous de frais ombrages. Le lieu est à ce point solitaire, que les quatre chevreuils qui s'y abritent se sentent tout à fait en sûreté. Le tissu soyeux du pelage de ces jolies bêtes forme avec les opulentes frondaisons des buissons et des arbres, les jaunes blanchâtres des rochers et la limpidité transparente des eaux, un contraste délicieux. C'est par un travail très varié, où le pinceau et le couteau à palette interviennent tour à tour, que le peintre en face de la nature s'est ingénié à rendre les détails pittoresques qu'il avait sous les yeux. Sa facture est d'ordinaire plus rude, égale et un peu lourde. Avec une certaine grandeur dans la disposition et une tonalité très vigoureuse, la Vague du Louvre nous montre, en effet, des amas d'empâtements qui donnent aux flots de la mer recourbés en volutes écumantes un air fâcheux d'immobilité et de consistance. Le peintre a su, en revanche, conserver une fluidité de couleur et une légèreté de facture tout à fait remarquables dans d'autres ^ Marines où le bleu du ciel et le bleu plus glauque de l'Océan s'accordent très harmonieusement avec le sable doré du rivage sur lequel la mer vient mourir dans un ourlet d'argent. Par la justesse exquise et la suavité caressante de ces douces ondulations, Courbet atteint ici à la poésie. C'est le même homme pourtant qui, mis en vue par ses déclamations politiques et humanitaires, n'arriva, sous la Commune, qu'à manifester son ineptie et sa jactance. Obligé de s'expatrier, il mourut obscurément le 3i décembre 1877, dans son exil volontaire, à La Tour de Peilz, en Suisse. Comme on l'a remarqué avec raison, en dépit des apparences, « c'était une nature molle », et avec les dons qu'il avait reçus, il eut mieux fait de moins parler, de ne pas agir, d'être tout simplement le grand artiste qu'il pouvait être et dont il n'a montré que des parties.
Les paysagistes dont nous avons parlé jusqu'à présent appartenaient à la génération qui, née avant 1820, avait été plus ou moins mêlée au mouvement romantique. Mais la riche floraison de talents qui s'était alors épanouie ne devait pas disparaître avec eux. Elle s'est continuée jusqu'à notre temps, et si les limites étroites de cette étude ne nous
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