‹ Les maîtres du paysageChapitre 167 sur 193 · C. BERNIER ET LA BRETAGNE · texte numérisé non relu

C. BERNIER ET LA BRETAGNE

permettent de parler que des morts, il est juste, du moins, que ceux d'entre eux dont l'originalité a été le plus fortement accusée, trouvent ici leur place.

Nous avons eu déjà l'occasion de remarquer que, sans négliger les motifs pittoresques qui s'offraient à eux dans leurs excursions, la plupart de ces artistes avaient été de préférence attirés vers certaines contrées dont leur origine, leur tempérament ou leur éducation les préparaient mieux à sentir la beauté propre. A mesure que leurs goûts les y ramenaient, ce commerce prolongé les rendait aussi plus aptes à en pénétrer et à en exprimer le véritable caractère. Ce que la Normandie avait été pour Bonington, pour Huet, pour Isabey et pour Fiers, la forêt de Fontainebleau pour Rousseau et pour Diaz, les bords de l'Oise et le Dauphiné pour Daubigny, les vallées du Doubs pour Courbet et les Vosges pour Français, la Bretagne le fut pour Camille Bernier. Il était cependant né (4 mai i823) à l'autre extrémité de la France, à Colmar où son père occupait le poste de receveur général des finances, et ce n'est que tardivement, quand son éducation fut terminée, qu'après avoir voyagé en Italie et en Orient, il put s'adonner entièrement à la peinture. Mais dès qu'il eut senti le besoin de pousser plus sérieusement ses études, la Bretagne l'avait captivé; elle devait devenir sa patrie d'adoption. A partir de 1857, où il figurait pour la première fois au Salon, avec la Ferme de Kerluce, c'est elle seule qui lui a fourni ses inspirations.

Il avait d'abord parcouru cette province en tous sens, séduit par la diversité de ses aspects. Mais bientôt, sa conscience ne s'accommodant plus de cette vie nomade, il s'était confiné dans sa modeste retraite de Kerlagadic (Finistère), où il trouvait réunis autour de lui les motifs les plus pittoresques et les plus variés. C'est avec une ténacité et une sincérité extrêmes qu'il s'appliquait à en dégager l'intime poésie. La vérité, telle qu'elle lui apparaissait, lui semblait plus intéressante et plus belle que tout ce qu'il aurait pu y ajouter. Il s'était donc mis résolument à sa tache et il avait refait avec ardeur son instruction d'artiste. Oubliant ce qu'on lui avait appris jusque-là, il ne voulait tenir ses enseignements que de la nature elle-même et, en sa présence, il s'efforçait d'être toujours plus exact, plus précis.

Lent à se décider, Bernier, une fois fixé, apportait à son étude l'atten-

Page 1