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JACQUEMART. COIN DE FOBKT DES ENVIRONS DE iMENTON

Musée du Louvre. (Phot, Giraudon.J

peinte par Bernier, montrent par quel travail obstiné il avait mérité son talent. En parcourant ce coin de pays où il a vécu, à chaque pas le souvenir d'une de ses œuvres se présente à l'esprit; on est frappé de la justesse et de la poésie des interprétations qu'il en a données et dont l'ensemble forme une sorte de poème en l'honneur de sa chère Bretagne.

Estimé de tous, Bernier se faisait pardonner sa fortune par sa simplicité, par son labeur assidu et sa bonté. Grâce à son humeur affable et à la sûreté de son commerce, sa maison était devenue un centre amical où tous aimaient à se rencontrer. Non seulement les artistes malheureux ont toujours trouvé son aide, mais combien d'entre eux il a assistés à leur insu, tant sa générosité était délicate, inépuisable, ingénieuse à se dissimuler! Aucune jalousie, aucun mauvais sentiment n'approchaient de son àme. Quand, malgré les soins pieux dont il était entouré, la mort était venue, il l'avait vue s'approcher avec une sérénité qui ne s'était pas un moment démentie (12 mai 1902). En le conduisant à sa dernière demeure, ses proches et ses amis se disaient entre eux que jamais il n'avait sciemment fait de mal à personne; aucun d'eux ne savait tout le bien qu'il avait fait.

La spécialisation excessive qu'on observe dans toutes les directions de l'activité intellectuelle à notre époque, devait également se produire dans la peinture et pousser la plupart de nos paysagistes à se cantonner dans l'étude presque exclusive d'une région déterminée. A ce propos, il n'est que juste de rappeler ici le nom de Jacquemart dont, grâce à la générosité de Mme la baronne Nathaniel de Rothschild, le Louvre possède depuis peu de nombreuses aquarelles, en général inspirées par la Provence. Né à Paris en iSSy, élève de son père, peintre de fleurs et auteur d'une histoire estimée de la céramique, Jules Jacquemart, avant de devenir le premier de nos aquarellistes, avait acquis une légitime autorité par son talent de dessinateur et d'aquafortiste. La suite de ses crayons d'après les objets d'art du Louvre, gravés ensuite par lui pour la publication : Gemmes et Joj'aux, est tout à fait remarquable par la perfection et la souplesse du travail. Le charme de l'exécution chez l'artiste est tel qu'il parvient à nous intéresser aux choses les plus humbles, jusqu'à ces chaussures de tous les temps et de tous les pays qu'il s'est plu à représenter et dont il avait amassé lui-même, avec passion, la nombreuse collection qu'on peut voir aujourd'hui au Musée de Cluny.

Des séjours consécutifs faits à Menton, durant les hivers de i8~b à 1879 et motivés par l'état de sa santé, allaient révéler le talent de Jacquemart sous un jour nouveau. Dans ce court espace de temps, en effet, non seulement il s'était approprié les ressources techniques de l'aquarelle, mais il les avait lui-même singulièrement agrandies, et les œuvres qu'il a laissées ont exercé sur le développement de ce genre et sur ceux qui Font pratiqué depuis lors une influence considérable. Avec la justesse impeccable des mises en place, qu'il devait à ses qualités de dessinateur. Jacquemart, par la force et l'harmonie de son coloris, se montre un véritable novateur. D'une fidélité absolue, les divers aspects qu'il a retracés de Menton dénotent en même temps une extrême audace. Les teintes d'aquarelle posées sur le papier baissent notablement d'intensité à mesure qu'elles sèchent et, pour leur donner la fraîcheur et la vivacité qu'elles doivent conserver, il ne faut jamais craindre d'en hausser l'éclat. Avec la prévoyance exacte du résultat

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