FRANCESCO GUARDI
nombreuses, répandues ii travers les musées de FP^urope. Entre tous, on reconnait les tableaux de cet habile artiste, ses architectures si solidement établies, sa couleur si franche et si pleine, Thonnèteté impeccable de sa facture, la finesse de son œil' et la sure précision de sa main. Dans la foule de ses toiles, deux surtout nous semblent caractériser son talent et offrir comme un résumé de ses meilleures qualités. La Thc du liraiid Ct7«a/ musée du Louvre) nous montre sous la tranquille lumièi-e d'une belle journée, la magnifique perspective des palais de Venise. Jusqu'au fond de l'horizon, dans cette atmosphère limpide, les formes restent nettement indiquées, sans dureté comme sans mollesse, sans aucun de ces contrastes factices, ni de ces repoussoirs commodes auxquels d'habitude les peintres ont recours en pareil cas. Une autre Vue de l'euise 'National Ciallery nous parait égaler le tableau du Louvre par la franchise de l'effet et l'harmonieux éclat des colorations. Il ne s'agit plus cette fois d'un de ces motifs d'apparat qui frappent l'étranger et lui offrent, dans un \aste panorama, quelqu'un des aspects réputés de cette ville unique. Nous avons, au contraire, sous les jeux un coin à l'écart et d'une intimité charmante, un vrai tableau d'artiste, peint probablement des fenêtres mêmes de son atelier par Antonio Canale, dans les terrains de la Scuola délia Carità qu'occupe aujourd'hui l'Académie des Beaux Arts.
Francesco Guardi, disciple d'Antonio C-anale, né à Venise, en 17 12, devait, comme lui, trouver dans sa ville natale ses meilleures inspirations. Dans ses tableaux, en général de dimensions assez restreintes, son pinceau est plus alerte, plus léger, plus pimpant que celui de son maitre, et avec une couleur moins abondante, ses lumières sont indiquées spirituellement par des rehauts empâtés. Mais il n'a pas la correction absolue de Canale et l'on pourrait relever dans plusieurs de ses ouvrages des fautes de perspective ou l'équilibre un peu hasardeux de certains monuments. Du reste, l'architecture ne joue pas toujours le principal rôle dans ses compositions, et les cérémonies religieuses ou officielles qu'il se plait à y introduire — réjouissances publiques, couronnements de doges, processions, scènes du carnaval vénitien, pendant longtemps si renommé — lui fournissent ses motifs préférés. Ils lui procurent l'occasion de peindre une foule grouillante et diaprée de personnages de toute sorte : courtisanes et badauds, masques et grands
seigneurs, dignitaires de FÉglise, matelots, bateleurs, etc., tout un monde agité et paré dont la vie semble une fête perpétuelle. C'est au milieu de ces divertissements et de ces spectacles incessants qu'allaient disparaître à la fois l'indépendance et l'art de Venise. Délaissée, restée à l'écart, la vieille ville a gardé jusqu'à nos jours sa phj^sionomie originale; elle continue d'attirer dans ses palais, devenus des hôtelleries, de nombreux étrangers. Des artistes venus de tous les points du globe, séduits à leur tour par ses aspects pittoresques, s'essaient à l'envi à les reproduire. Mais en même temps que sa vie propre, elle a perdu son école, cette école qui a fait le meilleur de sa gloire et qui avait été associée de si près à toutes les vicissitudes de sa singulière existence.
ANDREA MANTKGNA. — KRAGMKNT DK PAYSAGE.
Fresque du Château de Manloue.
p. BRUEGHEL. ■ — LES AVEUGLES.
Musée de Naples. {Phot. Brogi.)