‹ Les maîtres du paysageChapitre 18 sur 193 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

r.E PAYSAGE DANS L'ECOLE FLAMANDE

ï. LES MINIATURISTES. — LES VAN EYCK ET LEURS SUCCESSEURS. — GÉRARD DAVID. — J. BOSCH. — B. VAN OULEY. — J. PATINIR. — IL LES BRUEGHEL. — LES PAYSAGES

DE RUBENS. — D. TENIKRS. — AD, BROUWKR.

iOMME en Italie, au début de la Renaissance, la peinture ne s'est développée dans les pays du nord de l'Europe qu'après l'architecture et la sculpture, et c'est dans les manifestations de ces deux arts qu'il faudrait chercher les premières traces d'une étude directe de la nature pittoresque. Peu à peu cependant, la peinture, d'abord reléguée dans les bas côtés obscurs de nos cathédrales, commence à déployer audessus des autels les compartiments diaprés de ses tableaux polyptyques.

Si lents que soient ses progrès, les types raides et figés que l'ignorance,

p. RUBKNS. I.KS VACIÎKS. (FRAGMENT.)

Musée de Munich. (Phot. Hanfstaengl).

bien plus encore que les prescriptions liturgiques, avait assignés aux figures sacrées, vont insensible ment se transformer. La vie, avec ses acceptions les plus variées, animera ces représentations dont la piété naïve des âges précédents s'était contentée, et le portrait aura été la principale cause de cette rénovation. Vojez, en effet, auprès des saintes images offertes à la vue des fidèles, ces personnages, en général de moindres dimensions, qui, de part et d'autre, se tiennent un peu à l'écart et invoquent la protection divine. Pour flatter l'amour-propre de ces donateurs, et aussi pour faire montre de son talent, le peintre s'attachera de plus en plus à rendre leur ressemblance plus complète, et afin de les faire mieux reconnaître, il placera à côté d'eux le château, le monastère, la ville où ils vivent, l'église à laquelle est destiné leur présent, toute la contrée qui les entoure, avec l'aspect caractéristique de ses terrains, de ses cours d'eau et de sa végétation. Kn même temps qu'il fait ainsi honneur à ceux qui l'emploient, l'artiste étend le champ de ses études et, devenu plus exigeant pour lui-même, il ne néglige rien pour accroitre son instruction.

Mais la peinture des manuscrits allait être pour la représentation du paysage la cause de progrès plus décisifs, et quand on étudie attentivement leurs miniatures, on est étonné de la variété qu'on y découvre. C'est tout un monde nouveau oij l'on pénètre et dans lequel les différences des tempéraments et des talents s'accusent avec un cachet d'originalité très personnel.

En regard des manœuvres honnêtes, consciencieux et patients, de goût douteux et de talent médiocre, qui, sans épargner ni leur temps, ni leurs yeux, s'appliquent à leur travail, vous rencontrez de véritables artistes, épris de leur profession et prodiguant sans compter ^ — dans un cadre aussi restreint et pour des productions le plus souvent anonymes — des trésors d'invention, d'habileté et de poésie. C'est à la flore de la contrée où ils résident qu'ils recourent le plus largement, et souvent même d'une manière exclusive, pour en tirer les motifs de la décoration des marges des missels ou des bréviaires. Dans cette gracieuse parure, variée à chaque page, tantôt c'est une même fleur qu'ils nous présentent sous ses divers aspects, et tantôt c'est de la réunion de fleurs différentes, harmonieusement groupées, qu'ils composent des ensembles. Des oiseaux, des insectes, des papillons qui semblent vivants voltigent alentour.

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