I. Galette des Beaux-Arts, 1881, t. II, p
PAYSAGES iriTALIE ET DE GRECE.
A. DE CURZON. — ■ VUE PRISE A OSTIE PENDANT LA CRUE DU TIBRE. Musée du I,uxembourjj. (Phot. I-êvy.)
tion native l'avaient un peu fait souffrir à ses débuts, il était de plus en plus attiré vers le paysage et il trouvait chez Cabat une direction et des conseils dont il lui resta toujours reconnaissant. Il ne renonça jamais cependant aux compositions de genre ou d'histoire — quelquesunes même lui valurent un légitime succès; — mais c'est comme paysagiste surtout qu'il devait exceller. Un voyage d'un an en Italie le confirmait dans ses goûts et quand, à la suite du concours de 1849, •' revint à Rome comme pensionnaire de la Villa Médicis, sa joie fut extrême. En face de cette belle nature qu'il interrogeait avec la candeur d'un enfant, il sentait toujours plus vivement le besoin de se perfectionner dans son art pour prouver de son mieux l'admiration qu'elle lui inspirait. Dur à son corps, infatigable au travail, il s'accommodait des plus humbles gîtes, et la quantité de dessins, d'aquarelles et d'études peintes à l'huile qu'il amassait dans ses cartons pendant les trois années de son séjour au delà des monts ii85o-i852), atteste son incessante activité. Les dates qu'il y inscrit marquent les étapes journalières de ses pérégrinations à travers la campagne de Rome, dans les villas des environs, à Naples, à Pompéi, à Capri,à Sorrente et Amalfi. dans toutes ses sta-
tions le long de cette côte enchanteresse dont il a si bien compris et rendu les aspects les plus caractéristiques.
Au mois de mars i852, en compagnie de Charles Garnier, le futur architecte de l'Opéra, de Curzon partait pour la Grèce. Il était préparé à ce voyage par toutes les aspirations de sa vie et par la pleine maturité de son talent. A Athènes, chaque jour le ramenait en vue de l'Acropole et, sans se lasser jamais, il reproduisait, sous la pure lumière d'un ciel incomparable, ces monuments aux proportions exquises, à la silhouette élégante, et les profils austères des montagnes qui les entourent. Dans les aquarelles qu'il fit sur place, comme dans les tableaux où, plus tard, il résumait ses impressions, la correction absolue du dessin égale le charme pénétrant de la couleur. Loin de chercher à atteindre la vivacité de cette merveilleuse lumière et l'éclat des tonalités qu'il a sous les yeux, de Curzon, avec des nuances amorties, transpose dans un mode plus discret les motifs dont la beauté le frappe, et spontanément il en exprime la noblesse et l'intime harmonie. Le sentiment de respect qui l'animait en leur présence était si sincère qu'Edmond About lui-même, qui d'Athènes, où il était alors, avait suivi le peintre dans plusieurs de ses excursions, conçut pour ce bon travailleur, si simple et si modeste, une estime affectueuse dont, à peu de temps de là, on retrouve la trace dans ses critiques. Au travers des spirituelles gamineries dont il est coutumier, perce je ne sais quelle déférence involontaire pour le caractère de ce jeune homme avec lequel il a vécu familièrement : « Il a sa manière, dit-il', une manière sobre et distinguée, toujours consciencieuse et jamais médiocre, un peu froide et cependant élégante. Ses trois Paysages de la Campagne dWth'eiies sont d'une grande vérité. Si vous voulez connaître le sol maigre de l'Attique, la terre poudreuse, les arbres haletants, les temples désolés qui entourent la capitale du roi Othon et la triste parodie d'Athènes, regardez les tableaux de M. de Curzon; tout est là. Il a tout vu, tout compris, tout rendu, excepté peut-être l'éclat du soleil qui cuisait ses mains comme des écrevisses, lorsque nous chevauchions côte à côte, sur les cailloux brûlants de l'Ilissus. » De son commerce avec cette contrée privilégiée, de Curzon avait conservé comme une habitude de grandeur et de sérénité un peu mélancoliques qu'on remar-
I. Voyage à travers l'Exposition universelle de ;<y5.^, p. 216.