‹ Les maîtres du paysageChapitre 175 sur 193 · PAYSAGES ALGÉRIENS · texte numérisé non relu

PAYSAGES ALGÉRIENS

PUVIS DE CEIAVANNKS. — l'AUVRK PÉCIIKUR. Musée du Luxembourg, {l'hot. \curdcin,)

verdure, drue et lustrée, que bientôt un soleil implacable va faner. Dans ces divers ouvrages, d'une tenue et d'une santé robustes, on sent la netteté d'une vision très perçante, la pénétration d'un esprit observateur soutenu par une volonté et un travail opiniâtres. Tout s'\' tient; tout concourt à l'impression. Les compositions simples, claires, bien établies, semblent faciles et comme spontanées, quoique bien souvent elles soient le résultat d'une longue recherche et de nombreux essais. Mais quand le projet de l'artiste est arrêté, il est muni d'études assez précises et assez sûres pour mener jusqu'au bout son œuvre, sans hésitation, sans défaillances. Avec une exécution toujours très franche, pleine de fermeté et de souplesse, les tableaux de Guillaumet manifestent des qualités de coloriste et une entente de l'harmonie qui, chez lui, dérivent d'un sens très juste de la lumière. Dans ce grand pays, le plus souvent nu et désolé, où, comme il le dit : « l'homme tient si peu de place », il a su rendre en perfection les immenses étendues de l'espace par l'effacement progressif des formes et la décroissance graduelle des

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colorations, sans aucun de ces subterfuges ou de ces contrastes complai sants auxquels recourent d'ordinaire les paysagistes.

Et comme si ce n'était pas assez pour lui de nous avoir donné ces fidèles images du pays auquel il a consacré toute sa vie d'artiste, Guillaumet, la plume à la main, s'est appliqué à les compléter dans ses Tableaux algériens, en n'apportant, à cette tâche nouvelle pour lui, d'autre prétention que celle d'une vérité absolue. Dans ces courts récits, saisissants de couleur et de- vie, le choix et la concision des traits sont encore plus d'un peintre que d'un écrivain. En pleine force de l'âge et de la maîtrise, l'artiste semblait promis à un long avenir, quand le 14 mars 1887, il était brusquement enlevé. La réunion au Louvre, prochaine nous l'espérons, de queiqiies-unes des principales œuvres de Guillaumet mettra à son vrai rang un des plus mâles talents qui aient honoré notre école. • '

Bien qu il n ait jamais peint de paysages purs et que la figure humaine tienne toujours la plus grande place dans 'séS. compositions, Puvis de Chavannes (14 décembre 1824-24 Octobre 1:898) mérite que nous signalions brièvement ici le rôle important qu'il attribue à la nature dans ses œuvres et l'influence qu'il a exercée non seulement en France, mais à l'étranger, sur le mouvement de l'art contemporain. Lyonnais de naissance, il avait, comme les Flandrin et plusieurs autres de ses compatriotes, conçu la noble ambition de ne pas chercher dans son art des satisfactions exclusivement pittoresques et de traduire par lui les pensées et les aspirations d'un esprit très ouvert et très cultivé. Il hésita cependant assez longtemps sur la direction qu'il prendrait. Les qualités techniques du peintre n'accusaient pas chez lui un tempérament bien marqué et ne justifiaient aucunement les tendances réalistes que révèlent quelques-uns de ses premiers ouvrages. Envoyés aux Salons parisiens, plusieurs d'entre eux furent refusés par le jury et ceux qui y furent admis passèrent à peu près ignorés. Les vrais débuts de Puvis de Chavannes datent de l'année '861, où il avait exposé la Paix et la Guerre. Cette fois — un peu tardivement, car il était âgé de trente-sept ans, — il avait trouvé la voie dans laquelle il devait persévérer, et les grandes œuvres décoratives qui suivirent montrent sous des aspects

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divers, mais avec une doctrine neftepien"!: affirmée^, la richesse d'invention, l'originalité et la distinction dofit il a fait preuve en interprétant fes beaux sujets qu'il a traités. >.

Intimement liée à ses compositions, la nature leur prête un commentaire vivant et expressif. La pondération et l'heureuse ordonnance des masses principales, le rythme des lignes et le choix des colorations dominantes en accusent le caractère et s'harmonisent à la fois avec elles et avec l'architecture des monuments auxquels elles sont destinées. Les éléments des pajsages dans lesquels elles s'encadrent, toujours empruntés. à la jc^alite, sont transfigurés et fortement unis entre eux par l'artiste qui les subordonne aux convenances de son sujet et du programme qu'il s'est' tracé. DânsLudus propatria, du Musée d'Amiens, ce sont les plaines de la Picardie que, pendant ses voj'ages à Amiens, « il voyait défiler sous ses yeux, par la portière d'un wagon, avec les bas-fonds de leurs rivières bordées de saules, de vernes et d'oseraies, leurs collines basses si pittoresquement empiécées de champs de blé, de colza et de betteraves, de maigres prairies, de petits bois très espacés.... De retour à son atelier, il en jetait le résumé sur le papier, et la vision de ce paysage avait été si intense, qu'il lui semblait qu'une observation sur place en eût plutôt affaibli la sensation. » Au Panthéon, pour la Vie de sainte Geneviève, c'est non seulement « l'antique silhouette du Mont- Valérien et les détours de la Seine » qui en situent géographiquement les épisodes, mais, ayant à représenter « la jeunesse de l'héroïne, il a voulu que tout fut jeune et frais autour d'elle : « l'année est jeune, c'est le printemps; le ciel est jeune, c'est le matin; enfin l'aspect général est tendre et doux, comme l'àme de cette enfant. » A la Sorbonne, où le programme était plus abstrait, plus complexe, si l'ensemble présente ingénieusement groupées et reliées entre elles des figures allégoriques personnifiant les idées générales que Puvis de Chavannes avait à exprimer, c'est encore la nature qui lui a fourni les traits particuliers qui précisent la signification de chacune de ces figures. Près de V Instruction, symbolisée par « une Vierge laïque, » s'épanche « le ruisseau d"eaû fraîche auquel viennent boire des enfants et un vieillard »; à côté de l'Histoire, « un enfant écarte les branches d'un buisson qui couvrait une inscription antique ». De même pour le Bois sacré au Palais des Arts à Lyon, pour Marseille porte de l'Orient, etc.

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