CHAPITRE IX
l'AYSAGISTKS FRANÇAIS EN PROVINCE. — PAYSAGISTES ETRANGERS. — J. P. CI.AYS. — J. B. JONGKIND. — ANTON MAUVE. — JOHN EVERETT MILLAIS. — ANDRÉ ET OSWAI,D ACHENBACH. — ARNOLD BŒCKLIN. — LOUIS PASSINI. — JOSEPH DE NITTIS. — GIOVANNI SEGANTINI. — LES IMPRESSIONNISTES. — CONCLUSION.
L appartenait bien à la France d'assurer la complète expansion de la peinture de paysage, car elle réunit en elle les contrées les plus diverses. La Méditerranée et l'Océan baignent ses rivages; les Pyrénées et les Alpes for- ^^^^Ul^^^^^^^^^ ment ses limites; et, au Nord comme au ^^^■■I^^T^^^P^^^B Midi, l'extrême variété de ses ciels, de ^^^T "' ^^^ ses cours d'eau, de ses forêts et de ses
cultures, offre aux artistes les contrastes les mieux faits pour solliciter leur étude. Aussi, nous l'avons vu, la plupart de nos provinces ont-elles eu leurs peintres attitrés, et, à côté des maîtres dont nous avons déjà parlé, bien d'autres auraient mérité de trouver ici leur place, si les proportions de ce livre l'avaient permis. Du moins devons-nous mentionner encore parmi les
A. MAUVE. LA NKIGE.
{l*hot. Lecadre.)
initiateurs, Jean-Alexis Achard (1807- 1884), l'habile graveur à l'eau forte qui fut le maître d'Harpignies, et ses fines études peintes d'après nature dans l'Isère et aux environs de Cernay ; le Ijonnais Auguste Ravier (1814-1893) dont les excellents dessins faits pendant sa jeunesse aux environs de Rome et les lumineuses aquarelles inspirées ensuite par le Dauphiné, commencent seulement à trouver près du public l'admiration dont ils jouissent depuis longtemps chez les artistes ; Eugène Boudin (1824- 1898) qui a su rendre avec des colorations si pleines et si savoureuses l'aspect animé de nos plages et de nos ports, et leurs grands ciels mouvementés; Louis Auguste Auguin (i 824-1903) et la douce sérénité de ses horizons bordelais; enfin Léon Pelouse (i 838-1 891) qui, dans les motifs empruntés aux bois de la Franche-Comté et aux coins familiers de la vallée de Cernay où il s'était établi, a manifesté sa vive et piquante virtuosité.
A l'imitation de nos paysagistes et le plus souvent à leur école, les étrangers suivaient leurs exemples dans leur patrie ou chez nous-mêmes et devenaient leurs émules. C'est en s'attachant de préférence à reproduire les traits les plus caractéristiques de son pays natal que le Belge Jean Paul Clays (18 17- 1900) a conquis sa réputation, demeurant avant tout le peintre de l'Escaut, de ses nappes tranquilles ou de ses eaux limoneuses, clapotantes, et de ses lourds bateaux aux voiles goudronnées. De son côté, bien qu'il ait fait d'assez nombreux séjours à Paris, où son influence s'est exercée sur nos premiers impressionnistes, le Hollandais Johann Bartolo Jongkind( 1822-1 891) ne s'est pas lassé de nous montrer les aspects familiers des campagnes de sa patrie, avec le gazon dru et lustré de ses prairies, ses maisons déjetées et branlantes, ses moulins aux grandes ailes se reflétant dans le miroir immobile des canaux, sous les lueurs indécises de la lune ou les pâles rayons du soleil filtrant à travers d'épais nuages. Autant ses colorations sont diaprées, heurtées, son exécution rude et un peu gauche, autant, chez son compatriote Anton Mauve (i838-i888) les tonalités sont douces et amorties, la facture souple et fondue. On sent chez lui comme un reflet des harmonies de Corot. Echappé à 14 ans du fojer paternel, Mauve a trouvé son originalité en représentant les coins les plus abandonnés de la Gueldre ou les dunes des environs de Scheveningue, avec quelques moutons vaguant sous la pluie, dans une plaine semée de bouleaux chétifs, ou bien de