‹ Les maîtres du paysageChapitre 179 sur 193 · PAYSAGISTES ETRANGERS · texte numérisé non relu

PAYSAGISTES ETRANGERS

misérables chaumières au bord d'un chemin que la neige recouvre de son linceul.

De l'autre côté du détroit, John Everett Millais (i 829-1 8c)(j), enrôlé d'abord dans le petit groupe des préraphaélites, et connu surtout comme peintre de genre, a peut-être mieux encore donné sa mesure dans les paysages franchement anglais vers lesquels son amour sincère de la nature l'attirait vers la fin de sa carrière, tels que le Froid Automne aux tonalités rutilantes et dorées, ou cet Etang d'une impression si dramatique avec des amas de roseaux frissonnants, ployés, échevelés sous les rafales d'un vent d'orage qui déchire et disperse les nuées dans le ciel.

Au contraire, les rares paj'sagistes qu'a produits l'Allemagne ne se sont pas inspirés d'elle, et tandis qu'à Dusseldorf, André Achenbach (181 5), aujourd'hui le doyen des artistes allemands, se plaisait à peindre, dans une couleur grasse et puissante, les ports de la Hollande et de la mer du Nord, avec leurs jetées battues parles vagues et leurs barques de pèche pressées les unes contre les autres, son frère Oswald (1827-1905) allait chercher aux environs de Rome et de Naples des motifs bien italiens par l'éclat de la lumière, par la grâce des lignes et la diversité pittoresque des nombreuses figures qui les animent. Sans être un paysagiste pur, le Bàlois Arnold Boecklin (1827-1901), fixé de bonne heure en Allemagne, a su renouveler par une large intervention de la nature les sujets mythologiques ou tout à fait allégoriques qu'il a traités. Dans ses Tritons et ses Ondines, l'outrance des bleus violacés de la mer contraste avec des varechs brunâtres et dans LTle de la Mort l'opposition violente des noirs cyprès et des murailles blanches parle à l'imagination et prête parfois à des œuvres, d'ailleurs fort inégales, un charme étrange de mystérieuse sauvagerie.

L'attrait qui de tout temps a poussé les artistes du Nord vers les pays de la lumière, agissant sur l'Italien Louis Passini (1832-1903), l'a entraîné jusqu'aufond de la Perse. Rochers dénudés du Liban, mosquées et bazars de Constantinople, riches végétations des jardins persans, tous les aspects variés de la nature et de la vie qu'il rencontrait sur son chemin ont été rendus par lui avec une précision et une sûreté de touche merveilleuses, avec un sentiment très délicat et très juste des harmonies de l'Orient. Un attrait singulier poussait, en revanche, à remonter vers le Nord un de ses compatriotes, Joseph de Nittis

I,. PHLOUSK. L HIVER DK CKRNAY.

Musée du KiixembourfT. (Phot. Giraudon,)

(1846-1884), originaire de Tltalie méridionale. Fixe à Paris en i8(58, il avait dû à un tableautin minime, la Roule de Brindisi exposée au Salon de 1872, une éclatante et subite réputation, et Faspect de cette diligence cahoteuse, disloquée, gravissant péniblement en plein soleil, au pas de deux haridelles efflanquées, la route poudreuse, d'une blancheur aveuglante, résumait une impression ressentie par tous ceux qui ont voyagé dans la péninsule, avec une justesse si saisissante qu'on pouvait croire que le jeune artiste avait, dès ses débuts, trouvé sa voie définitive. Mais, avec sa curiosité et son amour de la nature, Nittis ne pouvait se résigner à vivre de ses seuls souvenirs. Séduit par les aspects de Paris, il en avait ensuite reproduit les ciels grisâtres, et sa 7^/jce<ie5/^'ram/i^es, après une ondée, avec une foule de figures élégantes et très spirituellement posées, est une oeuvre d'un goût charmant. Comme si ce n'était pas encore assez d'un tel écart entre les motifs qui avaient rendu le jeune artiste célèbre et ceux auxquels désormais il se complaisait, à la suite d'un séjour fait à Londres, il interprétait avec la même supériorité les brumes épaisses de la Tamise et parmi les silhouettes estompées du Pont de Londres et du Pont de Westminster, des personnages affairés,

J. DE NITTIS ET G. SEGANTINl.

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