GERARD DAVID
conformant son exécution à ces proportions qui dépassent à peine celles des miniatures, van Ejxk se soit appliqué à faire paraître dans tout leur éclat les ressources que le procédé nouveau dont il se servait mettait à sa disposition.
L'excellence des van l'>yck, déjà si manifeste quand on les compare à leurs devanciers, n'est pas moins éclatante lorsqu'on étudie les peintres qui leur ont succédé. Le charme du naturel, la force et la franchise d'expression que nous avons admirés chez eux, nous ne les rencontrerons plus à ce degré dans la période suivante. Du premier coup, ils avaient atteint la perfection et fixé avec une autorité décisive les limites de leur art. Après eux, a^'ec leurs successeurs immédiats, Rogier van der W'eyden iv. 1 399-1464) et H. Memling (avant i43o-i4q4), se termine cette période initiale d'éclosion et de jeunesse dans laquelle l'art Hamand possède encore toute sa fraîcheur et nous niontix- des impressions ingénument ressenties, sans qu'aucun mélange de convention en altère la franchise. Plus tard, le génie même de ces maîtres primitifs va peser sur leurs successeurs et paraljser l'originalité de leur talent. Soit qu'ils cèdent à des réminiscences involontaires, soit qu'au contraire ils s'efforcent de répudier les exemples de leurs devanciers, ils perdent quelque chose de leur spontanéité. Un maniérisme inconscient se glisse dans leurs œuvres et leur communique je ne sais quoi de guindé et d'artificiel qui les dépare.
Gérard David n'a pas tout à fait évité ce défaut. C'était cependant un esprit curieux, également attiré, comme les peintres de la Renaissance italienne, par les souvenirs de l'antiquité et par l'étude de la nature. Peut-être même est-il permis de dire qu'il attribue parfois au paysage un rôle excessif et que, loin d'ajouter ainsi au charme de ses compositions, il en diminue plutôt l'intérêt. Dans le Baptême du Christ^ du Musée de Bruges, et dans le Repos eu És;yple, de la collection de M. R. Kann. ces arbres étudiés feuille à feuille, — des châtaigniers, des oi-mes. des peupliers et des érables dont les diverses essences sont scrupuleusement spécifiées, — ces lierres et ces houblons qui enlacent leurs troncs, ces buissons d'épines, ces ronces et ces fougères semées dans le gazon, ces rochers taillés à arêtes vives, aux découpures monotones, tous ces éléments pittoresques, indiqués avec une complaisance trop évidente, détournent l'attention des personnages dont les
BERNARD VAN ORI.KY. — LE CHATEAU DUCAL A BRUXELLES. Tapisserie des Chasses de Mjximitien. Dessin plume et lavis. Musée du Louvre. (Phot. Gîrandon.)
attitudes compassées sentent d'ailleurs un peu l'elTort et la pose. Pendant qu'à l'exemple de G. David, quelques-uns de ses contemporains se laissent ainsi entraîner à une imitation trop minutieuse de la nature, d'autres essaient de se soustraire à ces étroites préoccupations et cherchent, en dehors même de la réalité, des voies nouvelles dans le domaine du fantastique et du merveilleux. Mais bien qu'il soit surtout célèbre par les Toi lai ions, les Eu/ers, et toutes les visions diaboliques dont il s'était fait une spécialité, Jérôme van Aken, plus connu sous le nom de Bosch', lorsqu'il se borne à la simple représentation de la nature, manifeste aussi toute son originalité. Dans une de ses œuvres les plus remarquables, le triptj'quc de r Adoration des Mages, du Musée de Madrid, le paysage qui s'étend au-dessus de la crèche. dans la partie moyenne de la composition. — un cours d'eau avec de beaux arbres qui l'ombragent, et plus loin, des terrains incultes couverts d'un maigre gazon, — est rendu avec une grande justesse et l'artiste a su, par la fermeté du dessin et la vérité des intona-
I. Ce surnom il le devait à sa ville natale, Bois-lc-Duc (Hertogcn-Bosch), où il passa la plus grande partie do sa vie cl nii il mourut en lSiTi.