ETUDES DARBRES ET DE PLANTES
ALBKRT DURKR. I.KS MOULINS.
Cabinet des Estampes à la Bibliothèque Nationale
compliquées et les masses superposées de leur feuillage, comme dans la consciencieuse étude d'un Sapin Lippm. -iii i, dans l'étude au bistre des Tfois Ormes Kunst-Halle de Brème et mieux encore dans ce l'ieiix 77//c'/// planté à l'angle d'un rempart de Nuremberg (Lippm. i(v2tqui plus d'une fois, sans doute, a du prêter son ombrage complaisant aux rêveries ou aux contemplations de l'artiste.
Les plus humbles végétations elles-mêmes ont pour Durer un charme qu'il sait nous communiquer. Voici, dans un lavis très minutieusement étudié de l'Albertina, un fouillis de quelques plantes au bord d'une eau tranquille — des oseilles, des pissenlits déHeuris, des roseaux avec leurs légei\s p.anaches qui semblent molk'inent balancés par la brise. — toutes enchevêtrées dans un de ces désordres piquants auxquels se complaît la nature, tiges et feuilles emmêlées en tous sens, les unes droites et rigides, les autres dexibles et ployantes. Dans ce chaos, qui paraîtrait à un autre inextricable. Durer excelle à se débrouiller. Sans insister, avec une aisance et une dextérité merveilleuses, il donne à
chacune de ces plantes sa physionomie particulière, son tissu lisse ou mat, ses fines nervures, ses capricieuses inflexions. Très compliquée, quand on l'analyse, la silhouette semble, au premier abord, d'une simplicité extrême; partout la lumière et les ombres circulent et jouent librement, mettent des plans, accusent des saillies; partout la sève court frémissante, montant des radicelles enfoncées dans l'eau transparente, jusqu'à la cime des tiges aiguës. C'est la nature elle-même, avec sa vie et sa jeunesse éternelles dont un art merveilleux vous révèle ici la richesse infinie, et cette image d'une humble touffe d'herbes près de laquelle vous seriez passé indifférent, vous retient, vous captive par la sûreté et la grâce que le niaitre y a mises.
Ces qualités, cette poésie intime vous les retrouvez dans un autre lavis de l'Albertina où Durer a pris plaisir à tracer le simple portrait d'un géranium des champs avec sa tige pileuse et son feuillage découpé ; dans cette petite aquarelle qui appartient à M. Léon Bonnat et où sont juxtaposées quelques plantes, des Ij'chnis, des campanules, un chardon, des orties, etc., et même dans cette seule fleur de lys épanouie, qui fait aussi partie de la collection de M. Bonnat, et dont le tissu délicat est exprimé avec une telle perfection que, suivant le mot de l'Évangile qui revient à l'esprit, les plus magnifiques vêtements « d'un Salomon dans toute sa gloire n'en sauraient égaler la splendeur ». Si. comme Léonard, Durer excelle à donner un intérêt à ces petites choses et nous oblige à nous arrêter devant elles, mieux que lui encore il sait dans ses études de paysage se hausser à la représentation des ensembles et il les traite à la fois avec la finesse et l'ampleur qu'il convient d'y mettre. En dégageant d'une façon très nette le caractère dominant des motifs qui l'ont tenté, il fait de chacun d'eux comme autant de types qui parlent à notre imagination et dont le souvenir demeure gravé dans notre mémoire. Voici, dans une pauvre contrée (Steiitbriick, Lippm. loG, des terrains rocheux parmi lesquels a poussé une végétation rude et rabougrie. Les racines cramponnées à ce sol ingrat y cherchent une maigre nourriture et il semble, au choix des traits significatifs et à la justesse avec laquelle ils sont rendus, que l'artiste ait voulu indiquer ici la lutte sourde et continuede la plante contre le rocher. A côté, au contraire Cabinet de Berlin', Durer nous montre, dans un pays aimable et doucement ondulé, plusieurs hameaux dispersés, avec leurs maisons groupées autour de