‹ Les maîtres du paysageChapitre 33 sur 193 · JEUNESSE DE POUSSIN · texte numérisé non relu

JEUNESSE DE POUSSIN

Cependant l'ien ne pouvait triompher de son courage, et au plus fort de sa détresse, il ne négligeait aucune occasion de s'instruire.

Peut-être ses pai"ents, connaissant sa misère, lui avaient-ils pardonné son départ et témoigné quelque pitié. Mais le jeune homme avait sa fieité; il entendait se tirer lui-même d'affaire et ne devoir qu'à son travail ses mo\'ens d'existence. On voudrait connaître quelques-uns des ouvrages qu'il produisit alors, avec cette furia di diavolo qui lui permettait de brosser en huit jours six grands tableaux avec des épisodes de la vie de saint François-Xavier et de saint Ignace de Loyola exécutés pour les Jésuites, au moment de la canonisation de ces deux saints. Ces grandes toiles ne nous ont pas plus été conservées que les sujets religieux que Poussin peignit pour les capucins de Tours ou les Bacchanales dont il décorait le château de CJiiverny, au retour d'un voyage en Poitou auquel le décidait un jeune gentilhomme qui lui en avait promis merveilles et dont il ne rapportait aucun profit. Il avait fallu revenir à pied à Paris, plus misérable que jamais. A la fin, épuisé de fatigue, le malheureux jeune homme avait contracté une maladie dont il devait se ressentir toute sa vie, et c'est à grand'peine qu'il avait pu regagner Villers, où il était recueilli au foyer de famille. Il y restait une année entière, essayant toujours de ti'ouNxr autour de lui quelque travail pour occuper ses loisirs et subvenir à son entretien, car il soutfrait d'être ainsi à charge aux siens.

L'isolement et l'inaction dans lesquels se passa cette année de retraite à Villers ne purent qu'aviver encore son désir de trouver enfin les ressources d'étude dont il avait été privé jusque-là. C'est en vain que ses parents lui rappelaient le triste résultat de ses expériences précédentes pour essayer de le dissuader; si légitimes que fussent leurs remontrances, elles ne purent entamer sa résolution. De nouveau, il les avait quittés pour tenter la fortune. Par deux fois, il s'était mis en route afin de gagner l'Italie, et sa présence nous est signalée en i(M(S dans différentes villes, à Nancy, à Dijon. C'est durant un des séjours qu'il fit à ce moment à Paris qu'il fut employé aux travaux de décoration du Palais du Luxembourg, en collaboration avec Philippe de Champaigne. Les relations amicales qu'il nouait avec lui fui'ent durables et les affinités de caractère et de talent étaient nombreuses entre ce Flamand qui avait quitté son pays pour devenir plus que Français, puisqu'il fut de Port-

Royal, et ce Normand qui n'aspirait qu'à quitter la France pour trouver en Italie le plein épanouissement de ses qualités natives. Poussin partait enfin de Paris pour Rome, au printemps de i()24.

Ses épreuves n'étaient pas terminées. Un de ses premiers mécomptes fut l'absence du cardinal Barberini. auquel le cavalier Marini qu'il

avait connu à Paris, le recommandait, et qui, chargé d'une mission, venait de prendre le chemin de la France. Des son arrivée. Poussin, déjà à,:;é de trente ans, s'était remis à l'étude de son art. jugeant de peu ce qu'il avait fait jusquelà. Mais pour pouvoir se livrer à cette étude désintéressée, il lui avait fallu de nouveau accepter toutes les tâches en se contentant des plus minces salaires. Ainsi qu'il aimait plus tard à le raconter, il s'estimait heureux de peindre deux Batailles pour quatorze écus et un J'roplii'lc pour deux écus à peine. Du moins, les enseignements ne lui manquaient plus et il trouvait à Rome toutes les facilités d'instruction qu'il avait pu désirer. Les chefs-d'œuvre, épars dans les églises et dans les palais, les monuments, les ruines, la nature ellemême, se partageaient ses loisirs. 11 fréquentait l'atelier du Dominiquin, où il pouvait étudier à la fois le modèle vivant. l'anatomie et la perspective. L'antiquité le passionnait. Avec les sculpteurs F. du Quesnoy et l'Algarde, devenus ses amis, non seulement il dessinait les statues exhumées au cours des fouilles entreprises par les grands seigneurs dans leurs villas, mais il les mesurait avec soin, il en modelait

N. POUSSIN. — DKSSIN u'aprks NATLRK. Muscc du Louvre, (l'hdl. Giraudon.i

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