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LES MAITRES DE L'OMBRIE

tive est encore bien enfantine; les proportions des objets ne sont guère respectées : les maisons trop exiguës ne sauraient abriter les personnages qui les avoisinent; le coloris.est terne et monotone, et les formes, simplifiées à l'excès, demeurent rudiiîientaires.

Tandis que les sculpteurs, Ghiberti notamment, font dans leurs œuvres une large part à la nature et en reproduisent avec autant de grâce que d'exactitude les moindres détails, — fleurs, plantes, animaux, — les successeurs de Giotto, au lieu de s'inspirer de la réalité, se copient longtemps les uns les autres.

Ainsi qu'on en peut juger par les décorations du Palais Riccardi, exécutées à Florence par Benozzo Gozzoli (1420-1498', le dessin des terrains est, chez eux, aussi arbitraire que leur couleur, et l'aspect des montagnes n'est pas plus vrai que celui des eaux. Des rochers bizarres, aux cassures régulières et toujours pareilles, sont posés sur le sol comme des décors de théâtre.

Peu à peu cependant, à mesure que l'étude des formes et des proportions du corps humain se développe par la pratique de l'anatomie, celle de la représentation du paysage gagne également en largeur et en précision, avec une notion plus juste des lois de la perspective. Une observation délicate et fine des beautés intimes de la nature l'associe graduellement à la composition des sujets sacrés traités par les peintres de rOmbrie et leur prête un charme croissant. D^ns la Rencontre de r Enfant Jésus et de saint Jean-Baptiste (musée de Berlin), peinte probablement par un élève de Filippo Lippi, le paysage, plus important, donne à cet aimable épisode toute sa signification. C'est au milieu d'un bois d'arbres grêles, dont les troncs serrés laissent à peine entrevoir un tranquille horizon, que les deux enfants s'abordent joyeux auprès d'une source, tandis que des biches, attirées par la fraîcheur du lieu, broutent ou se reposent à côté de ces êtres innocents.

Mais une place aussi large faite au paysage constitue presque toujours une exception, et d'habitude il n'intervient que comme un accessoire. Il peut servir d'accompagnement plus ou moins heureux, concourir à l'expression et la compléter; il n'empiète jamais sur le sujet et laisse toujours à la figure le rôle principal. Telle est du moins la doctrine admise par les maîtres de la Renaissance et pratiquée par eux avec les différences que comporte la diversité de leur génie. Le paysage est

même tout à fait absent dans l'œuvre de Michel-Ange. Le grand artiste ne parle qu'avec une hauteur dédaigneuse de ceux qui l'étudicnt, et c'est à peine si un lambeau de ciel, un buisson, un bout de rocher, apparaissent dans les grandioses compositions qui s'étalent aux voûtes

ou aux murailles de la Sixtine et dont l'homme reste l'unique objet.

En revanche, Léonard i4?2-i5i9i, curieux de tout comme il l'était, ne devait pas rester indiflerent à l'étude de la nature pittoresque. C'est avec l'esprit d'un savant qu'il l'obseryait ; c'est avec l'âme d'un artiste qu'il laimait. Peintre avant tout, il veut que le peintre soit en état d'exprimer tout ce qu'il voit, tout ce qu'il sent. Les lois de la lumière, celles de la perspective, la formation des nuages, l'écoulement des eaux, les divers modes de croissance des plantes ou des arbres le préoccupent tour à tour, et chaque année, vienne le printemps, comme s'il trouvait froides ces spéculations théoriques, il a des joies d'enfant à dessiner, avec la perfection qu'il met à tout ce qu'il fait, des hépatiques, des ancolies, des violettes ou des iris qu'il a rapportés de ses promenades et dont il meublera les premiers plans du Bacchus^ du Saint Jean et de la Sainte Famille. Ou bien, sans songer à l'égajer par ces gracieuses végétations, il peindra derrière la Joconde ces défilés de rochers emmêlés, ces routes tortueuses, ces pics menaçants qui se dressent de toutes parts comme pour fermer l'horizon, toute cette contrée désolée.

BKNOZZO GOZZOLl. — LES ROIS MAGES.

Palais Riccardi, à Florence. (Phot. Alinari.)

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