PRÉCOCITÉ DE JACOB RUISDAKL
hôtellerie, un bac chargé de bestiaux qui traverse un fleuve, ou des pêcheurs jetant leurs filets.
Berlin, Munich, Rotterdam, Copenhague, Francfort, Anvers, Bruxelles, le Louvre et plusieurs collections particulières, celle de M. R. Kann notamment, possèdent des ouvrages importants de Salomon Ruisdael, et la Halle du Ryksmuseum (1660) nous paraît un de ses chefs-d'œuvre. Dans ce dernier tableau, on trouve comme un résumé de son talent. On dirait qu'il a voulu y accumuler les preuves de son habileté, tant la composition est riche en détails de toute sorte. Et cependant, malgré ces nombreux détails, le tableau a une grande simplicité d'aspect et une puissance de ton singulière. Ainsi que le remarque avec raison M. Brcdius, c'est de i65o à 1660 que l'artiste a peint ses meilleurs ouvrages, ceux dans lesquels avec des compositions plus riches et mieux ordonnées, on trouve une exécution plus large, et une couleur à la fois plus savoureuse et plus délicate. Plus tard, sa facture devient un peu rude et sa tonalité moins harmonieuse, parfois même assez crue.
Comme son frère Isaac, Salomon avait eu un fils peintre, et les deux cousins, pa3'sagistes tous deux, avaient aussi reçu tous deux le même prénom de Jacob. Mais Salomon Ruisdael ne devait pas transmettre son talent à son fils et les tableaux qui portent le monogramme de ce dernier nous donnent une assez médiocre idée de son talent. Sans nous arrêter davantage, il est temps d'en venir au plus illustre des membres de cette famille, à Jacob Ruisdael, le plus grand des paysagistes hollandais. Nous ne possédons malheureusement que des informations bien incomplètes sur sa vie. Cependant, d'après un document dû aux recherches de M. A. Bredius, Jacob Ruisdael, le 9 juin 1661, se déclarait âgé de trente-deux ans, ce qui nous permet de fixer sa naissance en 1628 ou 1629, par conséquent trois ou quatre ans après la date autrefois adoptée. Nous savons d'ailleurs qu'il naquit à Harlem du premier mariage d'Isaac, le fabricant de cadres. Avancée ainsi de quelques années, la date de la naissance de Ruisdael nous fait paraître plus extraordinaire encore ce que ses biographes nous disent de sa précocité. Nous avons, en effet, de lui deux eaux-fortes de 1646, — il avait alors dix-sept ou dix-huit ans — et deux tableaux de cette même année : l'un à Londres, à Beaumont-House, avec des figures d'Adrien van Ostade, et l'autre à