VARIETE DES ŒUVRES DE RVISDAEL
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JACOB RUISDAKL. LK MONASTICRK.
Musée de Dresde. (Phol. Hanfstacngl.)
supériorité il nous les montre réunies! Alors que trop souvent les tableaux de ses confrères sont comme découpés au hasard dans la nature, chacun des siens est un tout, arrêté d'une manière précise dans sa silhouette, solidement construit par l'effet et par la franche répartition des masses. Comptez, pour vous en convaincre, tout ce qu'il a laissé d'œuvres inoubliables, où il a comme résumé la poésie du paysage hollandais et entre lesquelles il serait difficile de choisir : le Buisson et la Tempête du Louvre; \ci^ Mai-iiies de Berlin et de Bruxelles; la Vue d'une rivière du Ryksmuseum, et le Moulin de M. Ed. Aynard; les différentes Vues d'Overveen; la délicieuse petite Dune de M. Warneck, étoffée par van de Velde et le Champ de blé qui a fait partie de la collection Rothan; la Chaumière sous les arbres et la Cabane en ruines qui appartiennent à M. R. Kann; la Chasse de Dresde, le Chêne de Brunswick, la Forêt de Vienne, le Mai-ais de l'Ermitage, le Château de Benlheim de M. A. Beit et tant d'autres compositions qu'a consacrées l'admiration publique et dont nous pourrions aisément grossir cette liste.
Pour comprendre aussi profondément le caractère d'un pays, pour l'exprimer avec cette force, il faut le bien connaître et l'aimer. Ruisdael y était né, il y avait vécu et ne s'en était jamais beaucoup écarté. En parcourant cette campagne de Harlem, où il a trouvé ses sujets d'étude les plus habituels, il lui arrivait souvent de se rasseoir aux mêmes places pour y recommencer les mêmes tâches. La fièvre de nouveauté qui avait emporté tant d'autres de ses confrères vers l'Italie ne l'avait jamais pris. A tant courir et à se disperser ainsi, on ne peut guère approfondir. Pour lui, il était resté dans sa contrée natale; il en connaissait tous les aspects, à toutes les heures. Loin d'en être lassé, il y découvrait chaque jour des beautés nouvelles. S'il la quittait un moment, c'était pour y revenir plus épris.
Peu à peu, qu'il le sût ou non, il avait consacré dans le paysage une poétique nouvelle. Ce n'était plus seulement le plaisir des yeu\ qu'à son exemple, ses successeurs allaient désormais y chercher. Suivant l'idéal que, plus d'un siècle après, Goethe devait se proposer, il leur fallait désormais dégager des entrailles mêmes de la réalité tout ce qu'elle contient d'intime poésie. On avait pu impunément jusque-là, dans des contrées réputées plus pittoresques, rapprocher les uns des autres les accidents variés qui y abondent et, en les groupant sans grande vraisemblance, viser surtout à des aspects décoratifs. Claude mieux qu'aucun autre y avait excellé. Avec une perfection désespérante pour . ses imitateurs, il avait exprimé, sous les splendeurs de la lumière du Midi, la grâce de cette mer paresseuse qui vient caresser le pied des grands palais, la noble élégance de ces beaux arbres qui s'épanouissent dans une atmosphère toujours sereine. Ruisdael vivait au milieu d'une nature plus humble et moins clémente. La mer, dans les pays du Nord, en Hollande surtout, a des sauvageries terribles. Derrière les misérables défenses qu'on oppose à ses fureurs^ dans ces chaumières basses et mal protégées, on passe parfois des nuits anxieuses à veiller contre un ennemi toujours menaçant. Cette eau épaisse des rivières ou des fleuves hollandais, c'est le sol même du pays qu'elle délaie et qu'elle charrie, tandis que poussé par le vent, le sable des rivages se disperse et porte devant lui la destruction. Ce n'est point sous ce rude climat que vous rencontreriez les silhouettes molles et arrondies de l'arbre italien, tel qu'après Claude l'école académique allait nous le montrer, arbre banal,
POÉTIQUE DE RUISDAEL. iç,5
aux contours prévus, qu'on dispose ou qu'on remplace à volonté et qu'on accommode aux besoins de la composition. Non seulement, chez le paysagiste hollandais, les essences sont nettement spécifiées, mais chaque individu a sa physionomie propre, résultant des conditions mêmes de sa croissance, du sol où il est attaché. Comme les arbres, les terrains, les herbes et les moindres éléments pittoresques ont été façonnés par ce milieu très particulieroù les forces de la nature toujours agissantes règlent et modifient les formes, les couleurs et les harmonies. Qui songerait à faire intervenir les héros de l'histoire ou de la fable dans un pareil milieu? Les seuls êtres humains qui puissent y figurer, des pâtres, des paysans, des matelots ou des promeneurs y semblent bien chétifs, bien petits. Dans les meilleurs ouvrages de Ruisdael ils sont à peine visibles, souvent même, ils sont absents.
C'est ainsi que par une série de transformations successives, le paysage était arrivé au terme de son développement. L'homme, qui seul autrefois remplissait l'art, en avait été graduellement évincé par la nature. Au début, celle-ci n'apparaissait que timidement, le plus souvent symbolisée dans ses grâces ou ses énergies par des types convenus. Mais peu à peu son importance avait grandi, et de plus en plus sa représentation avait gagné en réalité et en précision. Avec Ruisdael, le jour était venu où, se suffisant à elle-même, elle s'était complètement substituée à l'homme et celui-ci avait disparu.
Mais un tel art était trop en dehors des traditions reçues pour être goûté à cette époque. Bien avant que J.-J. Rousseau donnât, chez nous, dans les lettres, le branle au sentiment de la nature, Ruisdael en avait montré dans sa peinture la plus éloquente expression. Devançant ainsi l'éducation du public de son pays, il devait rester ignoré et, comme Rembrandt, mourir dans le dénùment le plus complet. Cet amoureux de la campagne et de la vie au grand air allait s'éteindre dans la tristesse et la réclusion d'une chambre d'hôpital. Mais peut-être les rigueurs de sa destinée et cette obscurité, d'où il ne sortit guère, ont-elles contribué à développer son talent. Pour certains artistes plus profondément épris de leur art et qui se sont donnés à lui sans partage, il semble, en vérité, que le génie soit ftiit de souffrance et qu'il doive payer sa rançon. Les amertumes ne furent pas épargnées à Ruisdael, et cette nature du Nord, dont il nous a montré la mélancolie et les rudesses, s'accorde de tout
,(/, LES MAITRES DU l'AYSAGE.
point avec son existence tourmentée. Doux et modeste comme il l'était, il ne paraissait pas fait pour les grands succès; ce n'était cependant pas un misanthrope, et ses amitiés, sa générosité pour les siens témoignent de la bonté de son cœur. Mais si, avec sa réserve et sa pauvreté, il ne se sentait pas toujours à l'aise au milieu des hommes, il reprenait en face de la nature la pleine possession de lui-même. Avec quel intime contentement, il retrouvait cette amie éprouvée! Quel accueil elle réservait à ses disgrâces! Dans ses longues séances d'étude et de contemplation, que de pensées échangées avec elle ! Parfois trop vagues pour être dites, elles se seraient mal accommodées du langage : mais son art leur prêtait une voix touchante et des nuances d'une délicatesse infinie. Aussi ce grand méconnu s'absorbait-il de plus en plus dans cet art et il lui demandait les consolations que lui refusait sa destinée. Sans céder au découragement, il continuait, tant qu'il le put, à peindre ces paysages austères qui ont rendu son nom immortel. Il y mettait, avec son talent, son âme tout entière. Cette àme vit encore dans ces œuvres qu'il faisait pour lui-même et dont notre époque seule devait apprécier toute la valeur. Avec une poésie communicative, elles nous associent aux douloureuses confidences de celui qui, après Rembrandt et misérable comme lui. fut certainement le plus grand artiste de la Hollande.
Quand on parcourt les biographies des peintres hollandais de la grande époque, on est frappé du contraste douloureux que trop souvent leur talent présente avec leur destinée. Combien parmi les meilleurs ont vécu misérables et presque ignorés! Avec Ruisdael, Hobbema peut grossir la liste de ces méconnus et il n'est guère d'exemple Jplus mémorable des vicissitudes du goût que la diversité extrême des appréciations dont ses œuvres ont été l'objet. Houbraken. qui nous a pourtant laissé des informations assez complètes sur les artistes de cette époque, ne parle même pas de lui. Pendant plus d'un siècle après sa mort, à part une courte citation donnée en passant par Van Gol dans sa Nieuwe- Schojvbourfr (i-jii)^ son nom ne se rencontre jamais sous la plume des historiens, et pour être vendues, ses œuvres doivent être présentées au public sous des noms supposés. Des marchands ou des amateurs peu
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MYNDERT HOBDEMA. 199
scrupuleux ellacent sa signature pour y substituer celle de Ruisdael ou de quelque autre de ses contemporains, et jusqu'au commencement du xix" siècle un silence absolu se fait autour de lui.
Tout à coup, il y a une soixantaine d'années, à la suite de quelques ventes qui avaient mis en lumière son talent, Hobbema devient en vogue et ses tableaux sont recherchés, au moins autant à raison de leur rareté que de leur mérite. Une Entrée de bois, provenant de la collection du cardinal Fesch (c'est le tableau de la collection Dutuit) est payée 44000 francs et à la vente du roi de Hollande, le Mouliit à eau atteint 55 000 francs. Enfin, un grand paysage, exposé en i8(3i à Manchester, est acquis pour 75000 francs par lord Hatherton, qui, au dire de Burger, en refuse peu de temps après i3oooo francs. En présence de ces chiffres et de cette faveur croissante, certains trafiquants se livrent de nouveau à leurs frauduleuses opérations, et les signatures d'Hobbema réapparaissent, plus nombreuses que jamais, sur des ouvrages auparavant déjà signés de son nom, et même sur d'autres qui portaient autrefois celui de Jacob Ruisdael, à ce moment prisé moins haut que lui.
Il fallait cependant trouver une histoire à un artiste devenu si brusquement à la mode. Mais les obscurités accumulées autour d'Hobbema rendaient singulièrement difficile l'établissement de sa biographie. Les découvertes faites sur lui sont à la fois récentes et peu nombreuses et la plus grande incertitude règne encore aujourd'hui au sujet de sa famille. Le premier document positif concernant le paysagiste nous a été fourni par M. Scheltema, l'ancien archiviste d'Amsterdam, qui, dans une brochure parue en 18G4, a publié un acte, daté du 2 novembre 1668 et relatir au mariage du peintre Myndert Hobbema, d'Amsterdam, alors âgé de trente ans, avec Eltje Vinck de Gorcum, âgée de trente-quatre ans. L'artiste n'a plus ses parents, mais il est assisté par un certain Jacob van Ruisdael, demeurant sur le Harlemmer-Dyk, qui signe comme témoin. De la teneur de cet acte, il résulterait qu'Hobbema est né à Amsterdam en i638, et l'on est naturellement conduit à penser que le Ruisdael en question était le grand paysagiste qui, en effet, habitait Amsterdam à ce moment. Une découverte plus récente, faite par M. A. Bredius dans les Archives, nous vaut d'aiikurs un argument décisif en faveur de cette hj^pothèse.
Il n'était pas rare alors de voir figurer des artistes dans les expertises
JAC.OH BUISDAEL. CHATEAU DE BENTIIKIM.
Musée de DrcsJc. (Phot. Itruclïmnnn.)
ayant pour objet d'cstinicr les tableaux faisant partie de successions ou acquis par des amateurs. Convoqués, à cet etVet. en présence d'un notaire, ils donnaient leur avis sur la valeur des peintures comprises dans les inventaires, et sur le bien fondé de leurs attributions. C'est ainsi qu'à la date du 9 juin i()()i. à la requête d'un sieur Laurent Mauritsz Doney, plusieurs peintres d'Amsterdam sont cités pour examiner une Mai'itie qui avait été vendue au requérant. comme étant l'œuvre de J. Porcellis, par un marchand d'objets d'art de Dclft. iîarent Cornelisz. Willem KallT, Allart van Kverdingen ces deux derniers se disant âgés chacun de trente-neuf ans et Jacob van Ruisdael, âgé de trente-deux ans, assignés comme experts, ne pensent pas que l'teuvre soumise à leur examen soit digne de Porcellis et donnent brièvement les motifs de leur appréciation. Or, à la suite de leurs signatures, nous relevons celle d'Hobbema, l'un des deux témoins qui assistent les comparants. Bien jeune encore i;il n'avait à ce moment que vingt-trois ans) le peintre n'a pas été appelé comme expert; mais sa grilfe apposée au bas de cet acte. au-dessous même de celle de Ruisdael, est une preuve des relations que. dés cette époque, il avait avec ce dernier. Ces relations et la différence même des âges nous sembleraient déjà une présomption suffisante en faveur de l'hypothèse, assez généralement admise, qu'Hobbema a été
VIE GENKK D'HOBBEMA.
JACOB RUISDAEL. — I.E MARAIS.
Musée de l'Ermitage. (Phot. Braûn. Clément et C".)
l'élève de Ruisdael. Le caractère de ses œuvres s'accorde d'ailleurs, nous le verrons, avec les faits que nous venons de citer pour justifier cette filiation de son talent.
Un autre document, non moins intéressant, dû aux recherches de M. N. de Roever, jette un jour assez piquant sur les mceurs administratives de cette époque. Le livre des Comptes des Bourgmestres d'Amsterdam nous apprend qu'en 1668, l'année même où il .se mariait, Hobbema était nommé jaugeur-juré de la ville, pour les liquides de provenance étrangère : vins, eaux-de-vie, huiles, etc., qui, à leur arrivée, devaient être évalués suivant les mesures de capacité alors usitées en Hollande. La coïncidence des dates n'était point fortuite. Dans le mois même où s'était conclu son mariage, par un acte du 25 novembre, passé devant le notaire F. Meerhout d'Amsterdam, Hobbema attestait que cet emploi, qui lui était échu, il le devait à l'intervention d'une compagne de sa femme, nommée Saertgen (Sarah) Valentyn, comme elle domestique du bourgmestre Lambert Reynst. En reconnaissance de ce service, il s'engageait à pajx-r, tant qu'il garderait sa place, une rente de 250 Horins à cette fille, à moins que celle-ci, venant à se marier,
ne fit aussi pourvoir son mari d'un emploi quelconque. Ce prélèvement de -iho Horins sur ses gains annuels était, on le comprend, une assez lourde charge pour Hobbema, et son mariage avec une servante, plus âgée que lui de quatre ans, ne prouve pas non plus que sa situation fût alors bien brillante.
La détermination prise par l'artiste de chercher dans un emploi municipal des moyens d'existence montre clairement aussi le peu de profit que devait lui valoir la pratique de son art. Suivant toute apparence, ses œuvres se vendaient encore moins bien que celles de J. Ruisdael. Et pourtant, à en juger par la quantité des tableaux qui garnissaient les intérieurs et qui figurent dans les inventaires de cette époque, on serait tenté de croire que les peintres trouvaient alors un emploi fructueux de leur talent. Mais, en réalité, ces tableaux ne leur étaient souvent payés qu'un prix minime, les paysages surtout. Pour quelques florins, on pouvait se procurer des ouvrages signés des noms aujourd'hui les plus illustres. 11 ne faut donc pas s'étonner si un grand nombre des maîtres hollandais ont dû recourir à quelque industrie ou exercer un emploi pour subvenir à leur existence. Plusieurs, et non des moindres, joignaient, en effet, à leur art une autre profession. Nous avons dit que l'oncle même de Ruisdael, Salomon, avait trouvé le secret de la fabrication d'une substance ayant l'apparence et la dureté du marbre, et que van Goyen essayait, sans grand succès, de spéculer sur les maisons, les tableaux et les tulipes, .lan Steen, son gendre, après avoir loué à Deift la brasserie de VEtrille et celle du Serpent, devait à la fin de sa vie tenir une auberge à Leyde ; Pieter de Hooch était, en 1653,3 13 solde d'un sieur Justus de la Grange, en qualité de valet de chambre et de peintre, et dans la vente de la collection de son maître, en iG53, il n'y avait pas moins de dix tableaux de lui, estimés de 6 à 20 florins chacun. Un autre peintre d'intérieurs, J. Vermeer de Delft, s'acquittait de dettes criardes en cédant à très bas prix quelques-unes de ses œuvres, et Abraham van Beyeren essayait en vain d'apaiser de la même manière les réclamations de son tailleur, de son boulanger et de ses autres fournisseurs.
La charge de jaugeur-juré, qu'Hobbema conserva jusqu'à sa mort, absorbait sans doute une notable partie de son temps, car, à partir du moment où il en fut pourvu, ses tableaux deviennent de plus en plus rares. Grevée, comme elle l'était, de la redevance qu'il payait à la
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« demoiselle âgée », cette place était cependant bien précaire et l'artiste avait grand'peine à soutenir son ménage. Des enfants lui étaient venus : d-'abord un fils baptisé le 9 septembre 1669, à la Nieuwe-Kerk, sous le nom d'Edouard ; puis deux filles baptisées successivement le II décembre 1671 et le 6 décembre 1673. Avec les années, la gène s'accusait de plus en plus dans là maison d'Hobbema, et quand sa femme mourut en 1704, le ménage était dans l'indigence. Cinq ans après, le peintre, qui demeurait alors sur le Rozengraacht, près du Doolhof, presque en face de la maison que Rembrandt avait occupée, s'éteignait, misérable comme lui, le 7 décembre 1709. Il était enterré le 14 décembre suivant à la Wester-Kerk. En regard de l'inscription de chacun des deux époux sur les registres mortuaires figure la sèche et trop significative mention : Classe des PatiiTes.
L'étude des œuvres d'Hobbema ne présente guère moins d'obscurité que celle de sa vie, les signatures et les dates de ces oeuvres ayant été, nous l'avons dit, l'objet de remaniements successifs. Le chiffre total de cent quarante-cinq tableaux auquel Smith est arrivé dans son Catalogue raisonné ne saurait être, non plus, accepté sans réserves. Au moment où ce catalogue était dressé, Hobbema commençait à être à la mode, et les prétentions des amateurs désireux de profiter de sa vogue tendaient nécessairement à grossir cette liste outre mesure. Le chiffre donné par Smith est donc exagéré et les erreurs qu'il a pu commettre sont d'autant plus excusables que non seulement il existe d'assez grandes analogies entre le talent d'Hobbema et celui de plusieurs de ses contemporains, mais qu'on peut constater des inégalités assez marquées, entre ses pix)pres ouvrages.
11 est cependant permis d'affirmer que le développement d'Hobbema, comme celui de Ruisdael, son maître, fut très précoce. Les dates portées anciennement sur des tableaux qui sont depuis longtemps restés dans des collections connues nous en fournissent la preuve. Le Moulin à eau de Rridgewater-House, daté de 1657, oeuvre, par conséquent, d'un jeune homme de dix-sept ans, est déjà d'une facture très habile. Mais le nombre et la qualité des ceuvres comprises entre i6()3 et \G6q attestent que ce fut là poui' lui la période de pleine production. On serait donc d'autant plus étonné de lui voir accepter, à ce moment, une charge qui allait le détourner de la pratique de son art, alors qu'il était en posses-
sion complète de son talent, si les difficultés matérielles de son existence n'expliquaient un peu cette détermination.
On a longuement discuté sur la contrée qui a le plus souvent fourni à Hobbema les données de ses paysages. A vrai dire, tout charmants que soient les aspects de cette contrée qu'il s'est plu à retracer, ils ne
laissent pas, à la longue, de paraître un peu monotones. Quand on visite les collections anglaises dans lesquelles se trouve maintenant réunie la plus grande partie de son œuvre, on finit par être un peu lassé de ces répétitions presque pareilles et dont la qualité d'ailleurs est aussi fort inégale. Dans les meilleures acceptions qu'il en faut signaler — le grand Paysage de lord Hatherton.
signé et daté de i6()3, le Moulin à eau et VKutrée de forêt, de la collection de sir Richard Wallace, le Moulin de lord .Overstone, un des deux Paysages de Buckingham Palace, le Village et le Paysage boisé de la National Gallery; et à Paris : le Village de M. R. Kann, le Moulin de M. le baron Alphonse de Rothschild et, bien qu'il ait été un peu trop récuré, celui de la collection Dutuit — on trouve une couleur claire, une lumière vive et gaie, et une sûreté d'exécution qui font valoir la grâce et la rustique intimité de ces simples motifs. Mais, à côté de ces exemplaires de choix, combien d'autres oeuvres nous pourrions citer soit en Angleterre, soit dans les collections du continent, où l'exécution rude et morcelée manque complètement de souplesse!
Pauvre et menue dans les premiers plans, la touche reste dure et heurtée dans les lointains qui, au lieu de présenter un repos pour le