‹ Les maîtres du paysageChapitre 64 sur 193 · CARACTERE DU TALENT DE CUYP · texte numérisé non relu

CARACTERE DU TALENT DE CUYP

être ainsi peints par Cuyp. Aussi, avec l'aisance que peu à peu il avait acquise par son travail, il jouissait dans sa ville natale d'une grande considération, et son mariage avec la veuve d'un certain Johann van de Corput, décédé conseiller de l'amirauté, vint encore lui faciliter l'accès de la haute société. En 1659, il quittait la maison paternelle, qu'il avait habitée jusque-là, pour occuper, dans la Wj'nstraat, une installation plus spacieuse dans laquelle, au mois de décembre de cette même année, sa femme accouchait d'une fille, nommée Arendina, la seule enfant qu'il dût avoir.

C'est dans la nature au milieu de laquelle il vivait que Cuj^p a trouvé ses meilleures inspirations, et la campagne des environs de Dordrecht les lui fournissait avec une variété inépuisable. Dans ces plaines immenses, coupées par d'innombrables cours d'eau, la vue s'étend au loin sans être arrêtée par aucun accident de terrain. Çà et là, un bouquet d'arbres, quelques chaumières et les troupeaux disséminés dans les prairies se détachent nettement sur l'horizon. Ainsi espacés parmi les vastes étendues des polders^ ces animaux mettent seuls un peu de vie dans la campagne. C'est vers eux qu'est attiré le regard, autour d'eux que se concentre l'intérêt d'un paysage avec lequel s'harmonisent si bien leurs franches colorations et leurs tranquilles allures. A toute heure du jour, libres et nonchalantes, les vaches hollandaises errent à leur gré dans leurs plantureux pâturages. Dispersées pour brouter, elles se réunissent, au moment du repos, sur le bord des fossés et près des barrières où viennent les joindre les bêtes des clos voisins, poussées comme elles par un secret besoin de société. Tandis que s'écoulent, lentes et monotones, les heures de ces journées toujours pareilles, elles demeurent là, accroupies ou debout, sommeillant près de leurs compagnes, ou plongées silencieusement dans une extase béate.

Attentifs comme ils l'étaient à reproduire avec une entière sincérité les aspects les plus saillants, de leur patrie, les peintres hollandais ne devaient pas négliger les pâturages et le bétail qui tiennent dans la richesse de ce pays une place si considérable. Mais les interprétations qu'ils en traçaient au début étaient restées un peu superficielles. Pour van Goyen,pour Salomon Ruisdael lui-même, ces animaux, représentés dans leurs allures générales, ne sont guère qu'un élément pittoresque destiné à meubler leurs compositions, une tache jetée avec avec plus ou

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moins d'à-propos dans le paysage. Apres eux, quelques artistes avaient commencé à rendre avec un peu plus de vérité la physionomie des bêtes domestiques et (".uyp, un des premiers, devait en donner des images plus exactes. II n'a jamais atteint cependant la précision, ni l'extrême fidélité de P. I\)tter: ni même cette facile et élégante correction qu'Adrien van de Velde allait apporter dans de pareilles études. Les formes de ses animaux sont un peu rondes, leur relief assez mou: comme ses chevaux, ses vaches ont d'habitude la tète trop petite; leurs expressions aussi sont peu variées. En revanche, il excelle à les grouper avec goût, à marier leurs robes, à les mettre dans leur vrai milieu. Il ne semble pas d'ailleurs se préoccuper outre mesure de modifier l'arrangement de ses compositions et il s'en tient presque toujours à celles qui lui ont réussi. On connaît cet arrangement qu'il a maintes fois adopté dans ses tableaux : les bêtes placées au bord de l'eau, près d'un tertre peu élevé, qui en s'abaissant vers le centre, laisse apercevoir l'horizon bas, noyé dans une lumière chaude et colorée. Pas plus que les expressions individuelles des animaux, d'ailleurs, les détails du paysage ne sont rendus par Cuyp avec une exactitude bien scrupuleuse. Ses arbres, d'un dessin vague, manquent de masse, et leur feuille est uniforme; les premiers plans, dans ses grands tableaux — ceux du Louvre et de la National Gallery. par exemple. — sont presque invariablement enveloppés d'une ombre servant de repoussoir et garnis, presque toujours aussi, d'amas de tussilages d'oii s'échappent quelques buissons de ronces, indiqués d'une touche un peu rude. Auprès des troupeaux, leurs petits pâtres, jouftlus et trapus, coiffés d'énormes chapeaux, n'ont pas, non plus, une tournure bien élégante, et quant aux chiens qui les accompagnent, avec leurs têtes bombées et leurs formes épaisses, ils sont d'un type lourd, assez déplaisant. Mais ces légers défauts disparaissent devant l'impression qui se dégage de toutes ces toiles; ils sont, du reste, complètement absents dans quelques-unes d'entre elles qui peuvent être considérées comme des chefs-d'œuvre. Parmi celles de petites dimensions nous nous contenterons de citer, comme les plus remarquables en ce genre, les tableaux de la National Galleiy, de Dulwich- College, du Ryksmuseum. du Musée d'Anvers et de la collection de M. R. Kann. Pour les plus importantes, notre Paysage du Louvre et celui de M. M. Kann; la Laitière et \cs, Vaches à l'abreiiroir, de l'Ermi-

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