PATURAGES PAR CUYP
ALBKRT CUYP. — VUK DK DORDRECHT. Ryksmuscum d'Amsterdam, (I*hot. Hanfstaengl.)
tage et, à la National Gallery, les deux tableaux connus sous le nom du « Grand » et du « Pelit Dordrecht », nous semblent devoir être surtout mentionnés. Dans le dernier d'entre eux, dont la conservation est parfaite, la couleur atteint une intensité et un éclat extraordinaires. Recevant en plein les rayons du soleil et opposées au ton soutenu d'un ciel bleuâtre, les vaches y paraissent éclatantes de lumière, et les parties restées dans l'ombre sont modelées en transparence, avec une finesse extrême. Ces bonnes bêtes qui ruminent paisiblement sous la garde d'un pâtre, ces vastes prairies au bout desquelles apparaît la silhouette de Dordrecht noyée dans une vapeur dorée, la simplicité des lignes, la douceur harmonieuse des colorations, la profondeur infinie de ce grand pays pénétré de silence et de lumière, tout cela forme un ensemble très franchement hollandais et de l'intime accord de ces simples éléments, le génie du peintre a su dégager une impression de rustique poésie. Comme van Goyen, Cuyp était attiré par les immenses nappes d'eau qui entourent Dordrecht. Les motifs les plus divers y tentaient ses pinceaux. C'étaient d'abord des Marines, comme l'Orage du Louvre, avec
des barques secouées par les Hots et la foudre qui sillonne la nue. Dans une autre Marine de la collection de sir Richard Wallace, la donnée est moins dramatique, mais les vagues profondément remuées sont d'une exécution un peu uniforme. Bien que très célèbres : la Revue de la Jlolle hollandaise passée par le prince Maurice que possède le comte Ellesmere et son pendant : Y Arrivée de Maurice de Nassau à Schej'eningue qui appartenait à M. Six, ne nous paraissent pas non plus compter parmi ses meilleurs ouvrages et nous ne goûtons que médiocrement la bigarrure de ces bateaux pavoises, chargés d'innombrables personnages aux costumes diaprés. A ces toiles purement décoratives nous préférons, et de beaucoup, le bel l'^/fel de Xuil qui fait encore partie de la collection de M. Six et dont Fromentin a si bien rendu l'impression : « Une nuit sereine, des eaux toutes calmes, la lune pleine à mi-hauteur du tableau, absolument nette dans une large trouée de ciel pur; le tout incomparablement vrai et beau, de couleur, de force, de transparence, de limpidité. Un Claude Lorrain de nuit, plus grave, plus simple, plus plein, plus naturellement exécuté d'après une sensation juste; un véritable trompc-l'œil, avec l'art le plus savant. » D'une impression presque pareille, la Mer calme de l'Ermitage, peut-être parce que la donnée en est plus simple, nous paraît plus poétique encore. Un pays plat, dénudé, et sous un ciel couvert, trois barques sur l'eau endormie : c'est là tout le tableau. Mais ces bateaux échelonnés, qui rajent d'un mince sillage la nappe tranquille où tremble leur reHet. ce doux rayonnement de la lune qui monte éclatante dans l'air immobile, entr'ouvrant dans sa course les nuages frangés d'argent qui semblent lui faire cortège, ces formes flottantes et ces couleurs indécises, tout ce vague mélange d'ombres et de clartés se grave, inoubliable, dans votre souvenir.
Deux autres Clairs de Lune, presque de valeur pareille, font partie des collections de M. A. von Carstanjen, à Berlin, et du duc de Bedford, à Londres. Dans cette dernière collection, un Effel d'Hiver nous fournit une nouvelle preuve de la souplesse du talent du Cuyp. Le groupe asse;: nombreux des patineurs et le traîneau, placés de part et d'autre de cette composition, y forment deux masses vigoureuses, entre lesquelles, dans cette limpidité de l'air qui est propre aux jours de froid, on découvre une vaste étendue de pays. Mais, si excellent que soit