HEUREUSE EXISTENCE DE CUYP
ALBERT CUYP. l'hÔTELLERIE.
(Collection de i\I. R. Kann.)
Ruisdael, Hobbema et bien d'autres encore, restés besogneux pendant
toute leur vie. Cujp ne connut jamais la gène. Sur ses dernières
années, les informations nous manquent; nous savons seulement
qu'après avoir perdu sa femme au mois de novembre 1689, et marié
sa fille un an après, il mourait le 10 ou le i i novembre 1691.
Il existe un assez grand nombre de dessins de Cuyp; ce sont, en
général, des études faites d'après nature, à la pierre noire ou à la plume,
et rehaussées de lavis à l'encre de Chine, parfois même de légères
touches à l'aquarelle. Les principaux appartiennent au British Muséum,
au Musée Teyler, au Cabinet de Berlin et au Louvre. Dans ceux de ces
dessins qui sont faits d'après nature, Cuyp montre une aisance et une
largeur remarquables; mais les informations ne sont jamais poussées
très loin et ne manifestent qu'une connaissance médiocre de l'anatomie
des animaux représentés. Les eaux-fortes de l'artiste, au nombre de
huit sont gravées d'un trait un peu gros; on sent qu'il ne s'accommode
guère d'un instrument aussi incisif que la pointe et qu'il est plus à son
aise quand il tient le pinceau.
Les œuvres de Cuyp sont assez nombreuses et le total de celles que
i2f) LES MAITRES DU PAYSAGE.
Smith a mcntionnijcs s'élève à 281. Malgré la considération qu'avaient pour lui ses contemporains, ses tableaux ne lui étaient pas payés bien cher de son vivant. Jusque vers \-bo. leur prix demeura peu élevé: mais à partir de cette époque, ainsi que nous l'apprend Gérard Hoët, il commença à hausser peu à peu. Une collection formée, à Dordrecht même, par M. van der Linden van Slingelandt, et vendue dans cette ville en 1735, ne renfermait pas moins de trente-huit ouvrages de Cuyp et, parmi eux, quelques-unes de ses productions capitales. L'une d'elles atteignit le prix, estimé alors comme exceptionnel, de i6do Horins; l'ensemble cependant ne monta qu'à la somme de '23414 Horins. C'est de cette collection, appelée par Hurger le « Nid des Cuyp », que proviennent le Départ pour la Proinciiade et la Promenade du Louvre. Un grand nombre des toiles ainsi vendues devaient passer en Angleterre. De bonne heure, en efict, nos voisins manifestèrent une vive prédilection pour le maître, et les tableaux du Claude hollandais sont allés rejoindre dans leurs collections ceux de notre Claude que, depuis longtemps, ils avaient accaparés. Avec les cinq toiles que possède le Louvre, le maître est bien représenté en P'rancc, et les collections de MM. de Rothschild, celle de M. le baron Alphonse, en particulier, ainsi que celles de M.M. Kann. renferment plusieurs de SCS meilleurs ouvrages. Les Cavaliers devant la porte d'une Hôtellerie^ acquis par M. Rodolphe Kann à la vente du duc de Marlborough, à Blenheim, méritent même d'être tirés hors de pair à cause de la bonne conservation et de la tonalité délicate et forte de cette belle peinture.
Quand on compare Cuyp aux grands artistes de la Hollande, on sent toute la justesse du jugement que Fromentin a porté sur lui. Son originalité est incontestable et, après s'être formé seul, dans son coin, sans se mêler jamais au grand mouvement dont Harlem et Amsterdam étaient devenus les centres principaux, il est resté lui-même. Mais si. « dans ce juste classement où Rembrandt trône à l'écart et où Ruisdael est le premier », on ne saurait disputer la place à ces deux maîtres, il ne nous paraît pas qu'il y ait grand intérêt à poursuivre plus loin cette sorte de concours, sous peine d'éveiller de vaines contestations. Il suffît, comme l'a dit P'romentin, que Cuyp « vienne à un très haut rang ». Après Rembrandt, en tout cas, il aura été dans l'école Jiollandaise le