LA FAMILLE DE PAUL POTTER
peintre le plus universel, celui qui a pu aborder, avec un succès presque pareil, les genres les plus différents.
S'il n'eut pas toutes les aptitudes de Cuyp, Paul Potter, en se consacrant exclusivement à la peinture des animaux, a sur lui. en ce genre, une supériorité incontestable. Par son amour de la nature et l'originalité de son talent, aussi bien que par la douceur aimable de son caractère, il mérite une place à part, et sa mort en pleine jeunesse — il avait à peine vingt-neuf ans — prête à cette figure d'artiste un charme singulièrement touchant.
Comme Cu}p, Potter a dii ses premiers enseignements à son père, Pieter Simonsz Potter, un de ces ouvriers de la première heure qui, ainsi que la plupart de ses contemporains, possédait toutes les parties de son art. Né à Enkhuyzen en iDcjy, Pieter Potter appartenait à une bonne famille : Houbraken le dit fils d'un trésorier et secrétaire de la Haute et Basse Weluwe et, en épousant la fille de Paul Bartius, pensionnaire et conseiller de la ville d'Enkhuyzen, il s'était allié à l'illustre maison des Egmont. Malheureusement ces nobles parentés ne lui apportaient pas la fortune et, après une vie nomade et toujours gênée, Pieter Potter devait mourir insolvable. Installé d'abord à Leyde, puis en i()3i à Amsterdam, la pratique de son art ne lui permettant pas de subvenir à l'entretien de sa petite famille — il avait alors trois enfants : deux fils et une fille — il s'associait à une fabrique de cuirs dorés, qui ne fit pas non plus de brillantes affaires. En i()47 nous le trouvons établi à la Haye; sa situation ne s'y étant pas améliorée, il retourne à Amsterdam et meurt dans la misère. C'est à la piété de son fils Paul qu'il doit de ne pas être enterré dans « la classe des indigents », car l'inventaire dressé quelques jours après, à la requête de ses créanciers, donne l'idée d'un très pauvre mobilier d'artiste : quelques faïences, un petit nombre de tableaux inachevés, un vieux clavecin, une vieille guitare, etc. Pieter Potter était cependant un peintre de talent. Sa facture dénote la préoccupation manifeste de Frans Hais et son œuvre très variée comprend des épisodes militaires, des embuscades, des escarmouches, des corps de garde, plusieurs de ces natures mortes alors fort en vogue, connues sous
le nom de Vanilas et aussi des scènes empruntées à la Bible et conçues à la façon des ilaliatiisauts, notamment de N. Moeyaert. Ces dernières offrent même pour nous un intérêt particulier, car elles contiennent un assez grand nombre d'animaux et attestent clairement l'influence qu'il a exercée sur son célèbre fils.
Né également à Enkhuyzen, où il fut baptisé le 20 novembre 1623, Paul Potter devait rester toute sa vie d'une complexion débile qui rend plus méritoire encore l'ardeur passionnée qu'il apportait au travail et qui, certainement, abrégea son existence. Élevé dans une famille distinguée, il conserva toujours cette timidité un peu fière qu'il avait contractée dans le milieu où s'était passée son enfance. La ville d'Enkhuyzcn, florissante alors, avec son port très fréquenté, n'avait pas, il est vrai, l'aspect de tristesse et d'abandon que sa complète déchéance donne aujourd'hui à ses rues désertes. Mais de tout temps la vue de la mer grisâtre qui s'étend à l'horizon et la nudité des plaines immenses qu'il faut traverser quand on se dirige vers la pointe extrême du Zuyderzée, ont dû produire sur le voyageur une impression d'invincible mélancolie. Dans ces campagnes plates, mal protégées contre la fureur des flots, à peine quelques fermes s'élèvent-elles ça et là. avec leurs avenues aux troncs d'arbres bizarrement peints de blanc ou de bleu pâle, pour être mieux aperçus dans les temps de brouillard, si fréquents en ces parages. Seules les vaches, qui font la richesse de cette région, donnent quelque animation au paysage: c'est à les observer et à les peindre que Paul Potter consacra toute son existence.
Sa vocation avait été très précoce. A l'école de son père, puis en i()42 à Harlem, chez Jacob de Wet qui notait sur un de ses carnets l'entrée en apprentissage de son élève « à raison de H livres par an » et probablement aussi dans l'atelier de N. Moeyaert, à Amsterdam, il avait appris de bonne heure les éléments de son art. .Mais son éducation de peintre, il la dut surtout à l'étude directe de la nature. D'humeur solitaire, il aimait les bêtes et se plaisait dans leur société. Pour Paul Potter, comme pour le berger d'un troupeau, chacune d'elles a son caractère propre, ses allures, ses traits particuliers. Chaque vache rumine à sa façon; chaque mouton a sa physionomie individuelle. L'homme a beau réclamer pour lui le privilège des sentiments, ces bêtes ont, comme lui, leurs amitiés, leurs haines, leurs passions. Tout cela.