LE PAYSAGE CHEZ LE CORRÈGE
Ces étrangères, cet amas de détails un peu incohérents et ce fini minutieux que nous remarquons dans les œuvres de la pleine maturité de Mantegna, s'allient chez lui à un sens pittoresque qu'on est loin de rencontrer à pareil degré chez ses contemporains. Et cependant, bien qu'un assez court intervalle le sépare du Corrège (v. 1494-1534), quelle interprétation plus libre, plus large et plus vraie de la nature, nous pouvons constater chez ce dernier! Autant Mantegna est dur, âpre, violent et compliqué, autant le maître de Parme est simple, plein de grâce et de mesure. Au lieu de ces compositions drues, pressées et un peu farouches, au lieu de ces entassements d'accessoires qui font des tableaux du peintre de Mantoue comme autant de petits musées où il accumule tout ce qu'il peut d'objets rares et précieux, peints avec la plus rigoureuse précision, chez le Corrège c'est la bonne nature qui nous apparaît avec ses doux loisirs, ses horizons indulgents, ses jolis coins où la plante et l'arbre, croissant à leur gré, s'épanouissent sous un ciel clément. Des contours onduleux, délicatement assouplis, des repos heureusement ménagés, une lumière savoureuse et caressante ont remplacé le jour égal et cru, les silhouettes anguleuses et les lignes rigides des primitifs. Déjà pressenti par Léonard, le clair-obscur devient avec le Corrège un élément d'expression qui va accroître et renouveler les ressources de la peinture. Vivant dans cette ville de Parme, près de laquelle il était né, et qu'il ne devait jamais quitter, Antonio Allegri avait de bonne heure goûté le charme du paysage et compris l'heureux complément qu'il peut fournir à la représentation de la figure humaine. Dès sa jeunesse, il s'essayait à réaliser cet accord dans ces gracieuses décorations de la Chambre de l'Abbesse (Couvent de Saint-Paul), où dans un capricieux entrelacement de pampres, de liserons et de roses, on aperçoit des amours qui portent les attributs de Diane et volent dans l'azur. Mais ce n'était là qu'un travail sommaire et en quelque sorte improvisé. Absorbé ensuite par les grandes fresques des coupoles du Dôme et de l'église Saint-Jean, le Corrège revenait plus tard à des compositions moins ambitieuses et mieux faites pour son génie. Le titre même du Jour attribué au Sainl Jérôme du Musée de Parme et celui de la Nuit sous lequel est connue la Nativité de la Galerie de Dresde, attestent la préoccupation qu'il y montre des jeux de la lumière. Mais sensible, comme il l'est, à toutes les grâces de la beauté féminine, à