‹ Les maîtres du paysageChapitre 70 sur 193 · I. L'Art et la !^ature, p · texte numérisé non relu

I. L'Art et la !^ature, p

MATURITÉ PRÉCOCE DE POTTER. 23i

excessives pour un pareil sujet, et qui ne comportaient ni tricheries, ni subterfuges. Certes la composition est mal agencée; la suture entre les premiers plans et les lointains est trop brusque, trop peu déguisée; les bêtes sont inertes, la facture sèche est minutieuse et appuyée à l'excès. Mais si, avec l'effort resté visible, le résultat est médiocre pour le spectateur, il fut considérable pour l'artiste. Deux ans après, en reprenant la même donnée dans des dimensions mieux appropriées à son talent, la Prairie avec un 'l'atircaii rti£>-issaiii, de Buckingham- Palace. il peindra plus largement des bêtes bien vivantes, et de ce jeune taureau tout frémissant sous les menaces de l'orage, au lieu d'une étude, il feia un tableau et du même coup un petit chefd'œuvre.

Comme son père, Paul Potter, avant de s'établir définitivement à Amsterdam, devait mener une vie assez nomade. Éprouvait-il quelque difficulté à s'assurer des moyens d'existence, ou plutôt n'avait-il pas en vue, dans ses déplacements successifs, de se mettre à portée d'études plus intéressantes que pourrait lui offrir un pays plus pittoresque? Nous l'ignorons; mais en se fixant d'abord à Delft, où, le () août i()4(), il est inscrit sur les listes de la Gilde de Saint-Luc, puis à la Haye, où il fait également partie de la Gildc en i()49, il se plaçait au centre même de contrées bien faites pour lui plaire. Les ressources et le charme qu'il y trouva se révèlent à nous dans les œuvres qu'elles lui ont inspirées. C'est, entre autres, le tableau du duc de Westminster : Bétail auprès d'une J'cn!K\ daté de 1 1)47, pour lequel le beau dessin de la collection de M. J.-P. Heseltine, que nous reproduisons ci-après, lui a servi d'étude. On est étonné de tout ce qu'il a pu faire tenir sur un panneau aussi exigu lO m. 3c) sur o m. 471 et de la perfection avec laquelle les bêtes, les figures et le paysage y sont peints.

Avec une pareille impression de quiétude, la l^ache qui se mire, datée de l'année suivante (Musée de la Haye), n'est pas moins riche en détails. Sous les ardeurs d'un jour d'été, sollicités par la fraicheur de l'eau, des animaux s'y abreuvent lentement et des baigneurs s'y ébattent. Dans les prairies voisines une femme trait une vache; d'autres vaches et des moutons sont accroupis près d'une chaumière; à gauche, une campagne riante s'étend à perte de vue; sur une route on aperçoit un carrosse à six chevaux précédé de deux coureurs, et, dans le lointain,

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