‹ Les maîtres du paysageChapitre 72 sur 193 · IDYLLES RUS TIQUES · texte numérisé non relu

IDYLLES RUS TIQUES

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PAUL POTTKR. PATURAGK.

Musée de Dresde. (Phot. Bruckmann.)

les côtes. Mais les plaisanteries auxquelles il assiste, et dont il se fait le trop fidèle narrateur, sont parfois plus grasses et plus épicées. Tel est, également, au Musée de Schwerin, ce tableau où, sans vergogne, il a représenté, près de deux cochons vautrés dans la fange, et de deux chevaux la tète enfoncée dans leur mangeoire, un valet de ferme qui, ayant mis culotte bas, se soulage, au grand scandale d'un chien qui aboie après lui et d'un coq pudibond, qui, s'égosillant de son mieux, voudrait épargner à ses poules un spectacle aussi inconvenant.

Vivant avec les paysans, Paul Pottcr. on le voit, est devenu lui-même un paysan et ne s'efTarouche plus de grand'chose. Il n'a jamais visé au style noble, et la Hollande qu'il a peinte n'a rien de commun avec l'Arcadie. Bien rarement, du reste, sentant qu'il n'était pas fait pour eux, il s'est attaqué aux épisodes de la Fable, alors si en vogue parmi ses confrères. La seule fois qu'il l'ait fait, dans VOrphée charmant les animaux, de i63o l'Ryksmuseum^ les divers animaux réunis autour du chantre divin, — un lion, un éléphant, un chameau, un ours, probablement étudiés dans quelque ménagerie de passage, — sont rendus avec une vérité

sLiftisante d'allures et de physionomie; mais Orphée lui-même est absolument grotesque. Les grandes dimensions, d'ailleurs, ne lui réussissent pas plus que la mythologie, et le Portrait équestre de Dirck Tiilp. le fils du célèbre docteur qui figure dans la Leçon d'auatomie collection Six), aussi bien que la (Ihasse à l'Ours du Kyksmuseum, — il est vrai qu'elle a été presque complètement repeinte par J.-W. Pieneman, — sont de grosses erreurs, d'une couleui' duie et criarde, d'une exécution lourde et heurtée, dans lesquelles on a peine à reconnaître sa main. La Vie du chasseur de l'Ermitage, — un assemblage de quatorze petits compartiments assez disparates, — bien que peinte dans les dernières années de sa vie, ne lui fait pas non plus beaucoup d'honneur. Si dans quelques-uns des épisodes on retrouve sa finesse d'observation et de dessin, d'autres sont d'un goût plus que douteux, comme ce Jugement du chasseur^ pai' un tribunal que préside le lion, assisté d'un éléphant, d'un taureau, d'un sanglier, etc. Ces plaisanteries laborieuses et ces pauvres inventions ne conviennent guère au talent de Potter. et il donne mieux sa mesure dans les sujets les plus simples. Les (Jievaux à la porte d'une Auberge (Musée du Louvre i, datés de l'année même où il peignit le Taureau de la Ha3e,sont une merveille de vérité et de poésie, et manifestent pleinement la maîtrise de l'artiste. Clomme le dit Fromentin : « C'est unique par le sentiment, par le dessin, par le mystère de l'effet, par la beauté du ton, par la délicieuse et spirituelle intimité du travail ».

Le nom de Potter commençait à être connu et les amateurs recherchaient ses (euvres. La princesse Amélie de Solms. veuve du prince Frédéric-Henri, à laquelle on avait vanté l'artiste, lui ayant demandé un tableau important, qu'elle voulait placer au-dessus d'une cheminée, il s'était appliqué de son mieux à la contenter. Par tout ce qu'elle suppose d'études et de savoir, la Ferme qu'il peignit pour elle en i()4() — après avoir fait partie des Galeries de Cassel et de la Malmaison, elle se trouve aujourd'hui à l'Ermitage — est un de ses ouvrages les plus remarquables. La composition, bien que remplie de très nombreux détails, parait simple et facile, et la silhouette en est charmante. Peut-être le premier plan gagnerait-il à être un peu moins encombre, mais le paysage baigné dans la lumière est d'une simplicité ravissante. Les bêtes y sont bien chez elles, en bonne et familière intelligence avec les paysans, et

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