‹ Les maîtres du paysageChapitre 73 sur 193 · MARIAGE DE PAUL POTTER · texte numérisé non relu

MARIAGE DE PAUL POTTER

ces abords d'une exploitation rurale, avec le personnel et le nombreux bétail qui l'animent, donnent l'idée d'une vie facile, active et heureuse. A côté de femmes qui lavent ou qui ravaudent, d'un garçon qui vaque à ses occupations et d'un gamin qui se défend contre les agressions d'un chien, des chèvres, des moutons, un bourriquet, des poules, des pigeons, des chevaux et des vaches y grouillent dans un amusant pêlc-mèle. Confondue parmi ces dernières, on remarque à peine celle qui a donné au tableau son appellation populaire, la Vache qui pissL\ sous laquelle il est généralement connu. Plus en évidence, sa pose, en attirant le regard, eût semblé peu convenable : l'artiste n'y avait vu que l'occasion de montrer avec quel naturel, quelle vérité d'attitude, quel abandon de tous ses membres, la bète s'acquitte de l'accomplissement d'une fonction... nécessaire. Mais, suivant ce que rapporte Houbraken, une personne de l'entourage d'Amélie de Solms lui ayant fait observer qu'il ne serait guère séant d'avoir toujours sous les yeux un tel spectacle, la princesse ne voulut plus voir cette peinture et la ht reprendre par l'artiste, qui fut aussi affligé que surpris d'une mesure aussi offensante.

Potter trouvait bientôt un dédommagement à ce mécompte dans les sympathies dont il était entouré. La maison qu'il habitait à la Haye, dans la Nieuvve-Bierkade, appartenait à van Go\'cn, qui lui-même logeait dans la maison voisine dont il était également propriétaire. Tout près de là demeurait aussi un entrepreneur, maître charpentier de la ville, Claes Balckeneynde, soi-disant architecte, bourgeois assez à l'aise et qui se croyait un personnage. Paul Potter s'était épris de sa tille aînée, Adriana, et la lui avait demandée en mariage. Le père avait d'abord repoussé la proposition, considérant comme une mésalliance cette union avec un peintre d'animaux : « Encore s'il peignait des hommes! mais des bêtes! » répondait-il aux amis qui le pressaient. Cependant les succès croissants de Potter et les commandes importantes qu'il recevait de riches amateurs, notamment du prince Maurice de Nassau qui venait souvent le visiter dans son atelier, avaient à la fin triomphé des résistances de Balckeneynde et, le 3 juillet i65o, le mariage des deux jeunes gens avait été célébré.

Aussitôt après, Potter avait repris sa vie laborieuse, et ce fut là pour lui la période de production la plus féconde de toute sa carrière. De plus en plus il inclinait vers la simplicité dans le choix de ses motifs,

PAUL POTTKH. BKSHAUX KN l'ATlRK.

(Collcclkin de M. J.-l'. Hcscttinc.)

en même temps que sa facture devenait à la fois plus large et plus facile. Autrefois, il multipliait les accidents pittoresques et croyait qu'il n'en préciserait jamais assez toutes les menues particularités; on pouvait alors compter les feuilles de ses arbres, les nervures de ses plantes, les poils de ses vaches. Plus tard il av;nt mieux compris l'utilité des sacrifices intelligents qui laissent à l'exécution plus d'ampleur et de vivacité. Au lieu de disperser l'attention du spectateur sur des détails indifférents, il la ramenait, la concentrait sur ceux qui lui semblaient essentiels. Il s'attachait surtout à l'aspect de l'ensemble et à la franchise de l'impression. Deux ou trois vaches dans un pré, à côté d'une barrière, lui paraissaient une donnée suffisante pour faire un tableau intéressant. Ses intonations étaient plus pleines, ses formes plus expressives, sa touche plus libre, l'accord entre toutes les parties du tableau plus complet et plus significatif. Loin de se fatiguer de thèmes aussi élémentaires, l'artiste savait les varier et les renouveler avec une conscience qui ne se démentait jamais. Les exemplaires de ces Prairies ai'jc juiiiut/x, exécutés de i6bo à \ùb'i, abondent dans les collections de l'Europe, au Louvre, à la Cialerie de Dresde, au Ryksmuseum, à la National (lallery. chez sir Richard Wallace. chez le comte de Moltke à Copenhague, etc.

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