‹ Les maîtres du paysageChapitre 74 sur 193 · DERNIERES ŒUVRES DE POTTER · texte numérisé non relu

DERNIERES ŒUVRES DE POTTER

Comme pour se donner une diversion passagère, le maître prenait parfois plaisir à peindre des tableaux où les figures et les bètcs n'ont plus qu'une importance secondaire et s'ellacent devant le paysage. Tel est ce Bois de la Haye (Musée du Louvrei avec ses personnages et ses animaux minuscules entrevus à travers les grands arbres, dans l'atmosphère moite et un peu étouffée de ce Bois où partout l'eau est à Heur de terre et l'air saturé d'humidité.

La renommée de Paul Potter allait toujours grandissante! il comptait à Amsterdam de nombreux admirateurs. C^est sur les instances de l'un d'eux, le docteur Tulp, qui lui avait déjà donné mainte preuve de son attachement, que le maître se décidait, en i()52, à venir y demeurer, à l'extrémité de la Kalverstraat, sur la petite place du Marché-aux-Brebis (Schapenmarkt). Peut-être aussi y était-il attiré par son. père dont la vie toujours difficile réclamait son aide. En bon fils, il l'avait assisté dans ses derniers jours et il pourvoyait lui-même, nous l'avons dit, aux frais de ses funérailles, à la Oude-Kerk. .lusque-là, il n'avait eu qu'un enfant, Pieter. qui, né à la Haye, avait été baptisé le () août i()5i et mourait un mois après. A peine installé à Amsterdam, sa femme était devenue grosse et sa propix- santé avait beaucoup décliné. Dans ces conditions, les deux époux, en présence des incertitudes de l'avenii^, avaient fait, le 2 janvier lùb'i. un testament par lequel ils se léguaient mutuellement, au dernier survivant, leur petit avoir. Ils avaient acquis une modeste aisance, car les vêtements d'Adriana y étaient estimés 600 florins, somme considérable pour l'époque. Quelques jours après, une fille leur était née. qui fut baptisée également à la Oude-Kerk, le 23 janvier. C'est cette même année — si la date portée sur le tableau est exacte — que l^aul Potter aurait peint un de ses chefs-d'ceuvre les plus accomplis, le Repos près de la (}range^ cette perle de la Galerie d'Arenberg. Reprenant quelques-uns des traits pittoresques déjà utilisés par lui dans d'autres compositions, il les fondait dans un ensemble plus harmonieux, plus expressif. Autour du groupe charmant formé par la paysanne qui trait une vache et la femme qui soutient avec une lisière la marche encore chancelante de son enfant, tout est riant dans la campagne, où resplendit la blonde lumière d'une après-midi ensoleillée; un chardonneret chante, perché sur un tronc d'arbre voisin et. au premier plan, une vanesse voltige au-dessus des herbes fleuries, (^ette œuvre exquise

serait, à ce qu on croit, une des dernières que l'artiste aurait peintes'.

Dès le début de l'année suivante le maitre s'éteignait et il était enterré le 17 janvier i(j?4.

Le beau portrait de Potter exécuté par van dcr Helst et daté également de 1654 i^Musce de La Haye), ne fut donc, suivant toute apparence, terminé qu'après sa mort. Il y est représenté à mi-corps, assis devant son chevalet, sur lequel est posée une toile qui devait rester blanche.

De longs cheveux bouclés, d'un blond ardent, encadrent son aimable visage, à demi tourné vers le spectateur. Quiconque a vu cette figure pâle, au teint mat, avec son regard éteint, l'expression de douceur et de tristesse résignée de ses traits, ne saurait l'oublier. Comme l'a remarqué M. Bredius, « van der Helst a peint des portraits plus importants, il n'en a jamais peint de plus touchant. » Peut-être les intempéries et les fièvres si funestes aux paysagistes avaient-elles épuisé le tempérament, à la fois ardent et débile, du vaillant artiste. Mais il avait travaillé jusqu'au bout, et Houbraken, bien renseigné à cet égard, nous apprend, sur le témoignage même de ses proches, que jamais il ne restait inactif. Avait-il un moment de loisir, il emportait avec lui, dans sa promenade, un album de poche, sur lequel il notait tout ce qui lui . cmblait intéressant. Ses soirées elles-mêmes étaient employées à graver à l'eau-forte, afin de ne pas empiéter sur les heures de la journée

AD. VAN DK VKI.DK. — BKRGKRK KT TROUPEAU.

Ryl<smnsL-uni d'AmsIcrJitm. (l'hot. Uanfstacngl.)

I. Nous fcMon.s ccpeiKiam remarquer que le sujet, le paysage, le type des deux paysans et du marmot placé prés d'eux, et la facture elle-même sont presque de tout point semblables dans le tableau de .Munich : les Premiers Pas, certainement daté de 1646.

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