‹ Les maîtres du paysageChapitre 75 sur 193 · AD. V. DE VELDE. MATINEE D ETE · texte numérisé non relu

AD. V. DE VELDE. MATINEE D ETE

Musée de Berlin. (Phot. Hanfstaengl.)

qu'il réservait à la peinture. Il avait toujours suivi sa voie sans aucune hésitation. Épris de la nature, il l'avait étudiée toute sa vie, avec un amour ingénu, et, sans se douter qu'il fût un inventeur, il avait créé dans l'art un domaine nouveau.

Paul Potter finissait prématurément sa vie quand Adrien van de Velde venait de débuter dans sa carrière artistique, et il appartenait, lui aussi, à l'une de ces dynasties de peintres comme on en rencontre tant dans l'histoire de l'art et qui abondent surtout en Hollande. Le chef de cette famille, un simple cloutier, originaire d'Anvers, avait quitté cette ville pour échapper aux persécutions religieuses et il s'était établi à Rotterdam avec son fils, Jan van de Velde le Vieux, qui trouvait à y remplir les modestes fonctions de maître d'école. Ce dernier, né en ibGq, était un calligraphe renommé, et grâce à l'élégance de son écriture, il avait bientôt su se créer une situation assez convenable, la calligraphie étant alors considérée comme un art et servant même parfois d'apprentissage à la peinture. Après avoir acquis quelque aisance, Jan était allé en i()2o se fixer à Harlem, où il mourait au mois de septembre 1623, laissant

trois fils qu'il avait élevés honorablement et qui tous devaient être artistes. Nous avons vu quelle place Esaïas, l'aîné, occupe parmi les précurseurs et l'influence qu'il a exercée sur ses contemporains.

Le second fils du calligraphe portait comme lui le prénom de Jan et il s'était adonné à la gravure sous la direction de Jacques Matham, à Harlem. Outre un assez grand nombre de dessins à la plume, fort recherchés de son temps, on a de lui plusieurs suites de planches dans lesquelles il a traité tous les sujets, et notamment la série des Saisons, les Mois, les Quatre Points du Jour, les Éléments, etc., qui nous intéressent plus particulièrement. Tantôt ce sont de simples traits, sans aucune ombre; tantôt, au contraire, comme dans le Feu et la \uit, les planches très chargées de travail présentent des oppositions vigoureuses, destinées à faire ressortir les jeux de la lumière. On retrouve dans ces Paysages quelque trace des défauts des primitifs, la complication des plans, l'accumulation des accidents. Mais la facilité et l'entrain avec lesquels ils sont enlevés rachètent ces imperfections de détail. On y sent circuler une sève nouvelle et l'expression de certaines beautés de la nature, jusque-là méconnues, qui s'en dégage, justifie le titre ingénu de Regiunculœ amœnissimœ donné à la suite de ces naïves images. Les nombreuses éditions qui en ont été publiées attestent d'ailleurs le succès qui les avait accueillies. Malgré tout, l'existence de l'artiste était des plus précaires et, sans qu'on sache pour quel motif, en juillet 1641, il quittait Harlem pour se retirer à Enkhuyzen. où l'on a perdu sa trace.

Le dernier des fils de Jan van de Velde le Vieux. Willem, était né à Leyde, probablement d'un second mariage de son père, car un assez long intervalle sépare sa naissance, en 161 1 ou 1612, de celles de ses deux frères. Il avait eu deux fils dont l'aîné, nommé comme lui Willem, devait ainsi que lui être peintre de marines. Adrien, le plus jeune, était né à Amsterdam en i(')33 ou xCViC). Dans la maison de son père, il ne voyait autour de lui que des peintres, et il semble qu'avec les aptitudes d'une vocation héréditaire il ait réuni en lui les plus précieuses qualités de la longue lignée d'artistes que comptait sa famille. Son frère et ses oncles encouragèrent ses premiers essais et sa précocité fut extrême. A l'école, ses livres et ses cahiers étaient couverts de ses croquis et l'on rapporte que, bien jeune encore, il avait peint sur les panneaux de son

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