‹ Les maîtres du paysageChapitre 76 sur 193 · TABLEAUX DE LA JEUNESSE DE VAN DE VELDE · texte numérisé non relu

TABLEAUX DE LA JEUNESSE DE VAN DE VELDE

lit, avec les couleurs de son frère Willem, une /,a///t'rc' que l'on conserva assez longtemps.

Son père, retiré en Angleterre et absorbé par les devoirs de la charge que lui avait confiée l'amirauté, ne pouvait pas plus s'occuper de lui qu'il ne l'avait fait de son frère et il le mit en apprentissage à Harlem, chez Jan W^nants qui jouissait alors d'une grande célébrité. Adrien avait cependant, suivant toute probabilité, profité déjà des leçons paternelles, car il était assez habile dans son art pour que, à la vue des études qu'il avait apportées avec lui, la femme de Wynants prédît à son mari « que ce disciple aurait bientôt dépassé son maître ». Loin de concevoir aucune jalousie, ce dernier se montra toujours heureux des progrès de son élève et ne cessa pas d'entretenir avec lui des relations qui devaient durer jusqu'à la mort d'Adrien, lequel devint même son collaborateur le plus fidèle. Le jeune homme était à bonne école chez Wj'nants. Il rencontrait d'ailleurs dans son atelier Philips Wouwerman, plus âgé que lui de seize ou dix-sept ans, mais avec lequel il s'était étroitement lié. Comme van de Velde, et plus encore que lui, Wouwerman devait tenir de leur maître commun cette touche moelleuse et fondue, qui, malgré tout son talent, ne laisse pas de donner quelque monotonie à l'ensemble de son œuvre. L'âge et la supériorité déjà acquise par Wouwerman lui assuraient un ascendant légitime sur son jeune compagnon, qui devint en quelque sorte aussi son élève. A son exemple, au lieu de se borner comme Wynants à la seule pratique du paysage, Adrien, curieux de s'instruire, étendit le champ de ses études. Dans les belles campagnes des environs de Harlem bien des sujets le sollicitaient et l'on serait en droit de penser qu'épris, comme il l'était, de cette nature pittoresque, sa carrière fût, dès ses débuts, nettement tracée. 11 semble cependant qu'il ait pendant quelque temps cherché sa voie. Houbraken nous apprend qu'il avait commencé par peindre des tableaux religieux : une Déposition de la Croix pour l'église romaine d'Amsterdam, un tableau du même genre pour l'église de l'Appelmarkt et plusieurs autres épisodes tirés des livres saints, entre autres une Annonciation de la Vierge. Le choix et le nombre de ces sujets indiquent chez l'artiste des préoccupations d'un ordre particulier et confirment un fait qui nous est révélé par des documents irrécusables. Nous voyons, en effet, dans les notes biographiques qui le concernent et qui se trouvent

consignées dans le répertoire de M. de Vries'. que le baptême des enfants d'Adrien van de Velde, ainsi que l'inhumation de ceux qu'il perdit et même la sienne propre, ont eu lieu dans des églises ou des cimetières consacrés au culte catholique.

Plusieurs ouvrages d'Adrien et l'aspect de certains édifices introduits par lui dans quelques-unes de ses peintures ou de ses eaux-fortes pourraient faire croire qu'il était allé en Italie. Mais aucun de ses biographes ne parle de ce voyage et il nous parait que ces motifs empruntés à la nature italienne restent toujours chez lui assez vagues pour qu'on n'y voie, en somme, qu'un tribut payé à la mode de cette époque. C'est dans ce même courant d'idées que l'on peut également constater chez lui la trace de certaines préoccupations académiques: par exemple, le goût qu'il partage avec la plupart de ses contemporains pour les ruines et pour les sujets bibliques, comme dans le grand tableau qui fait aujourd'hui partie de la collection de sir Richard Wallace, V Émigration de Jacob où l'on ne compte pas moins de vingt-cinq figures et d'innombrables animaux; ou pour les sujets mythologiques, comme dans le Mercure et Argus de la collection Dutuit que nous reproduisons ici.

Mais si prisées que fussent alors ces compositions, si cher qu'elles soient encore payées, ce n'est pas là, à notre avis, le meilleur du talent d'Adrien. Si avec la souplesse de son tempérament et la facilité de son pinceau, il s'en tire toujours à son honneur, nous leur préférons de beaucoup les sujets plus simples dans lesquels il s'inspire directement de ce qu'il voit et trouve autour de lui ses modèles. C'est alors qu'il montre le mieux tout ce qu'il vaut et si, jusque dans ces simples sujets, il lui arrive de mêler quelque idj'lle, ce n'est point par affectation, ni maniérisme. En peignant les côtés aimables de la vie pastorale, il ne fait que suivre la pente de son talent et de ses goûts. C'est avec la poésie sans effort, mais non sans grâce, d'un Théocrite hollandais qu'il nous représente, sous d'épais ombrages, des bergers et des bergères devisant au bord des sources et des ruisseaux, ou se récréant à quelque musique champêtre, pendant qu'à côté d'eux leurs troupeaux broutent ou s'abreuvent aux eaux vives.

Au surplus, dans ces pastorales, les personnages ne sont qu'acces-

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