VARIÉTÉ DES ŒUVRES DE VAN DE VELDE
au Stœdel's Institut de Francfort, un motif d'un aspect plus solitaire et plus sauvage : un Intérieur deforêl^ avec une harde de cerfs suivant un sentier qui les conduit à une mare.
En pleine possession de ses moyens, Adrien peut désormais aborder des tableaux de plus grandes dimensions, dans lesquels, mettant à profit ses études, il saura grouper animaux et personnages au milieu de la campagne, avec une extrême facilité de composition. Parmi ces sujets purement champêtres nous signalerons comme les plus importants : les Vaches dans un bois, chez lord Overstone, le Troupeau retournant au Village de la Pinacothèque de Munich daté de i66o et la Matinée d'été du Musée de Berlin. En ce genre, le chef-d'œuvre d'Adrien et certainement une des productions les plus accomplies de l'école hollandaise est l'admirable paysage la Ferme, signé et daté de 1666 (il provient de la collection Hopc et a été récemment acheté aussi par le Musée de Berlin) dont nous sommes heureux de mettre sous les j-eux de nos lecteurs une fidèle reproduction. La franchise de l'eflet, la correction et la grâce du dessin, dans les arbres comme dans les figures et les animaux, l'harmonie délicieuse de la couleur, en un mot toutes les perfections de l'art de peindre s'ajoutent ici à la beauté du motif. On ne saurait concevoir d'image plus vraie, plus poétique que celle de ce coin agreste dans lequel l'artiste a su exprimer, avec un charme exquis et un sens tout moderne, le calme et la douceur d'une matinée d'été.
La souplesse du talent d'Adrien lui permet de traiter avec la même aisance tous les sujets; observateur pénétrant de la nature, il en traduit fidèlement tous les aspects. On rencontre bien, il est vrai, chez lui, quelques effets un peu risqués; dans le tableau du Ryksmuseum, la Chaumière, daté de lôyi, nous serions en droit de relever des intonations suspectes, qui sortent de l'harmonie générale et le Soleil levant, du Louvre, nous offre, dans une moitié du ciel, une coloration jaunâtre qui jure avec le bleu trop vif de l'autre moitié. Mais ces taches légères sont chez lui très rares et le plus souvent, au contraire, il reste vrai, plein de natui'el et d'entrain. Parfois même, il a des trouvailles, aussi heureuses qu'originales. La Chasse au cerf, signée et datée de i()()6, qui après avoir figuré à la vente de la Galerie Koucheleff. en i8(k), a reparu en i883 à celle de la collection Narishkine, en est un des meilleurs exemples. Nous y pouvons admirer une fois de plus la multi-
plicitc des aptitudes de van de Velde, le talent et le brio avec lesquels il nous représente tout ce inonde de piqueurs. de belles dames et de cavaliers qu'on entrevoit, à divers plans, à travers les arbres d'une foret, poursuivant à toute vitesse la bête qui fuit devant eux. A tous ses mérites habituels, l'artiste ajoute ici une hardiesse bien singulière à cette époque dans l'école hollandaise : la forêt peinte par lui est franchement verte! Alors que les paj'sagistes ses contemporains semblent obéir à un mot d'ordre pour éliminer le vert de leurs palettes, dans la naïve audace de son entière sincérité, Adrien rompt avec la tradition pour n'accepter que les seuls enseignements de la nature. C'est avec une véracité qui ne devait pas trouver d'imitateurs qu'il nous montre dans leur délicatesse et leur riche diversité, les verdures printanières de cette forêt éclairée par le soleil, les roseaux, les fougères, les prèles, toutes les plantes aquatiques qui se pressent autour d'une mare, et le feuillage découpé des chênes détachant sur l'azur du ciel sa capricieuse dentelure. Non content de dessiner, comme le font ses confrères, Adrien cette fois a peint d'après nature. Il a cherché le ton juste et il a su, en le trouvant, restera la fois très vrai et très harmonieux. Attentif aux incessantes transformations que le cours des saisons apporte dans les aspects de la campagne, van de Vclde s'est appliqué assez souvent à représenter l'hiver et les distractions qu'il ramène en Hollande, alors que sous la vive lumière d'un ciel clair, une foule empressée s'ébat gaiement sur les canaux glacés. Si, dans ces sortes de sujets, l'artiste avait été devancé par plusieurs de ses compatriotes — notamment par son oncle Esaïas, par A. van de Venne. par Avercamp, van Goyen et Aart van der Neer — il l'emporte de beaucoup sur eux par la justesse de l'effet et le charme de l'exécution. Ses figures ne sont pas simplement, comme les leurs, des taches plus ou moins heureuses semées çà et là, avec des indications de mouvements très sommaires. Ces personnages de tout âge et de toute condition sont, au contraire, peints par lui avec un art accompli. Soit qu'ils patinent ou qu'ils glissent sur la glace portés par de légers traineaux. soit qu'ils pèchent ou qu'ils s'amusent à une sorte de jeu de boules fort à la mode en Hollande, leurs attitudes et leurs gestes sont saisis avec une vérité étonnante. Quoique nombreux, ils n'encombrent pas le tableau et laissent bien l'idée des vastes espaces qui s'étendent autour d'eux. Ils concourent même très utilement